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Bono fait encore des siennes

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Bono fait encore des siennes

J’ai été agréablement surpris ce matin, lundi 10 mai, en jetant un coup d’œil au Globe and Mail – une édition spéciale sur l’Afrique. L’effort du journal est certainement, ici, louable et mérite d’être reconnu. Ce qu’on remarque à la lecture c’est que la couverture se veut relativement positive. En gros, l’Afrique est vouée à un grand avenir, et cela ne devrait plus tarder, cela est même déjà en train de se matérialiser.

Notre perception du continent africain, il me semble, a grandement changé en quelques mois à peine. Traditionnellement, l’Afrique est le continent perdu. L’Afrique c’est le potentiel inachevé. L’Afrique, c’est l’exploitation. C’est la mauvaise gouvernance, la corruption, trop souvent la dictature. C’est la guerre, la famine, la misère, la pauvreté extrême, le sida. L’Afrique, c’est le Soudan et la Somalie, c’est le génocide rwandais. L’Afrique souffre encore du colonialisme, du néo-colonialisme. Il y a quelques temps à peine, avec la crise environnementale, la crise alimentaire, la crise financière et économique, la situation en Afrique ne pouvait, vu de l’extérieur, que se détériorer. Pour croire à l’Afrique, il fallait un optimisme sans borne! Il était possible d’admirer les peuples d’Afrique! Vitalité et espoir! Vive Nelson Mandela! Sans plus… Ces clichés simplistes, aujourd’hui, cachent clairement une réalité tout autre. Nos impressions évoluent, se doivent d’évoluer, rapidement. Justement, nous avons tendance à parler de l’Afrique, alors qu’il y a des Afriques. C’est un vaste continent aux expériences multiples.

Petite question, un à côté, l’industrie de l’aide au développement avait-elle besoin de perpétuer cette image catastrophe pour que les pays riches continuent à donner? Pour assurer sa propre survie? Pourquoi donner si les choses vont bien? Bonne volonté et condescendance s’entremêlent trop souvent.

L’Afrique rayonne, pourtant, autrement. Nous n’y portons pas suffisamment attention, mais l’Afrique croît, se transforme et se modernise. L’édition du Globe de ce matin, la couverture médiatique en général au cours des derniers mois, les magazines, les rapports de recherche, les documents gouvernementaux, le démontrent clairement. Croissance économique, stabilité politique, innovation, sont tous maintenant des descriptifs qui s’appliquent à ce continent. L’Afrique est-elle l’héritière de la Chine? Est-elle capable de faire le grand saut, sans mauvais jeu de mot, du jour au lendemain? L’Afrique se transforme-t-elle en tigre? Bien entendu, le progrès est inégal. Les défis sont loin d’avoir tous été relevés. N’empêche, les changements apparaissent tangibles.

Comment expliquer que finalement l’Afrique décolle? Comment expliquer le déblocage? Succès finalement de l’aide au développement? Investissement majeur de nouveaux acteurs, dont la Chine? Arrivé tant attendu des capitaux privés? Réveil et renouveau des populations? Circonstancielle, les pays riches font face à la crise, ce qui laisse de la place aux autres? Quels sont les facteurs qui expliquent le miracle africain en devenir?

Cette montée en force de l’Afrique, quels en seront les impacts? Quel rôle pour l’Afrique dans une nouvelle économie mondiale, sortant de crise et en mutation? Quel rôle pour l’Afrique sur l’échiquier politique mondial, dont les gouvernements et peuples trop souvent n’ont pas été entendus? Quelles contributions sociales et culturelles à venir de ce continent à l’héritage si riche?

Beaucoup de questions… Beaucoup de nouveau à étudier…

Plus on lit sur l’Afrique de ces temps-ci, plus ça donne le goût d’aller y faire un tour, de découvrir et de voir pour soi-même!

Caveat lector : Les opinions exprimées dans ce blogue sont strictement personnelles et ne reflètent pas nécessairement celles de Global Brief ou de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon.

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2 Comments

  1. Pierre Roberge May 10, 2010

    Bravo, un excellent commentaire sur l’Afrique. Je suis d’accord à l’effet que l’on généralise trop rapidement des événements circonstanciés dans ce vaste continent et qu’on porte des jugements hâtifs et souvent sans connaître vraiment la réalité de ces peuples. On juge souvent à partir d’anecdotes, sans regarder les grands ensembles. Et, il ne faut pas oublier le rôle important que joue les préjugés. Ils rendent souvent les observateurs aveugles devant les réalités positives.

  2. G. Tindemans May 13, 2010

    Simple question de placement de la focale à mon avis.
    Oui, les taux de croissance d’une majorité de pays du continent feraient pâlir d’envie les pays occidentaux. Les secteurs financiers, de la téléphonie, des formes innovantes d’industrie s’y développent à grande vitesse.
    Sauf que… “Afrique” est un terme beaucoup trop générique ! Son utilisation hors des contextes géographiques est déjà une généralisation. Il faut distinguer les différents ensembles régionaux du continent (l’Afrique des Grands Lacs n’a pas beaucoup à voir avec l’Afrique australe), les structures économiques (plus ou moins diversifiées et tertiarisées) etc.
    Plutôt que de dire que “l’Afrique décolle”, distinguons les secteurs et les zones spécifiées. Il faut à mon sens se méfier des modèles et des analogies trop rapides. Celles-ci servent des causes souvent douteuses (business, politiques, médiatiques). La réussite politique incontestable du Ghana ne peut être comparée avec la situation nigérienne. L’exploitation du pétrole nigérian ne soulève pas les mêmes problématiques géopolitiques que la production malawite de tabac.
    Pour éviter de répéter les erreurs passées, écoutons surtout la parole des Africains (dans leur diversité) eux-mêmes. Cela permettra de consolider les voies d’un développement original et maîtrisé.

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