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La Russie renforce sa présence militaire en Asie centrale

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La Russie renforce sa présence militaire en Asie centrale

La Russie maintiendra jusqu’en 2042 ses bases militaires au Tadjikistan, conformément à l’accord signé le 5 octobre à Douchanbé, la capitale de ce pays d’Asie centrale, par les ministres de la défense des deux pays en présence de leurs présidents, Vladimir Poutine et Emomali Rahmon.

Déployée au Tadjikistan en 1989 après le retrait d’Afghanistan, où elle a combattu au sein de la 40ème armée, la 201ème division motorisée est passée sous juridiction russe en 1993 et fut refondée en base militaire où servent aujourd’hui 7 000 soldats dans trois garnisons – Douchanbé, Qurghonteppa et Kulob. L’accord Russie-Tadjikistan actuel date de 1999 et devait se terminer en 2014. Selon le nouvel accord, la durée du stationnement est de 30 ans et se prolongera au moins jusqu’en 2042.

Lors d’une visite au contingent militaire russe, Poutine a déclaré que la présence de la base est un «facteur important de stabilité» au Tadjikistan, une république qui sert d’avant-poste pour tous les membres de la Communauté des États indépendants (CEI) dans une région très complexe et importante pour ce qui est de leurs relations avec l’Afghanistan. Le président Poutine a aussi signalé que la base aérienne de Kant au Kirghizstan et les bases au Tadjikistan ont pour « mission de défendre les intérêts de la Russie » et ceux de l’Asie centrale. Les présidents russe et Tadjik ont convenu de la nécessité de « participer activement » aux événements en Afghanistan afin de lancer un processus de coopération régionale.

Moscou voit avec appréhension la présence des Etats-Unis et ses alliés en Asie centrale, une région qu’elle considère toujours comme faisant partie de sa sphère d’influence. Dans les cercles militaires russes, on ne croit pas que les États-Unis quitteront complètement la zone en 2014, année du départ prévu des forces de l’OTAN en Afghanistan. En prévision de ce probable scénario, la Russie renforce ses positions militaires dans la région. Au Kirghizistan, la base américaine de Manas pourrait rester et coexister avec la présence russe sur la base de Kant au-delà de 2014.

Pendant ce temps, l’Ouzbékistan, un pays dont la politique de sécurité a oscillé entre la Russie et les Etats-Unis, a annoncé le 2 juillet dernier sa sortie de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC, une alliance militaire dont fait partie la Russie et la plupart des ex-républiques soviétiques) et exprimé le vœu d’être un pays neutre et sans bases militaires étrangères sur son territoire.

La reconstitution de l’espace post-soviétique est l’un des principaux objectifs du troisième mandat de Poutine qui a débuté en mai 2012. Dans une autre zone sensible de l’«étranger proche», la Mer Noire, la Russie a déjà assuré sa présence militaire jusqu’au milieu du siècle présent. En effet, la Russie a signé en 2010 un accord avec l’Ukraine qui prévoit le maintien jusqu’en 2042 de la flotte russe dans la Mer Noire.

En outre, la Russie a signé en 2010 des accords avec l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, territoires auto-proclamés indépendants de la Géorgie, sur l’établissement de bases militaires pour période de 49 ans, renouvelable pour 15 années supplémentaires. Les éléments déclencheurs du conflit armé entre la Géorgie et la Russie d’août 2008 peuvent inclure un vaste éventail de facteurs, mais le plus déterminant fut sans doute le désir de la Géorgie d’adhérer à l’OTAN. Ce conflit a abouti à la reconnaissance par Moscou des deux territoires sécessionnistes. A la base militaire près de Douchanbé, Poutine a répété ce qu’il avait dit devant les députés de la Douma (parlement russe) en avril dernier, à savoir que l’«OTAN est un atavisme hérité de l’époque de la Guerre froide». Le président russe a affirmé une nouvelle fois que la Russie s’oppose fermement à l’élargissement de la sphère d’influence de l’OTAN et à son objectif de devenir une organisation structurée à l’échelle mondiale. Bidzina Ivanishvili, le chef du parti de la coalition en Géorgie, le Rêve géorgien, et vainqueur des élections parlementaires du 2 octobre ne Géorgie, a rapidement annoncé après sa victoire qu’il allait accélérer l’intégration du petit État du Caucase du Sud à l’OTAN, c’est-à-dire la même orientation politique que le président Mikhaïl Saakachvili a donnée à la Géorgie depuis la Révolution des roses en 2003.

La Russie a négocié dur pour maintenir son contingent militaire au Tadjikistan, et à en juger par l’information diffusée depuis début octobre, elle a atteint son objectif. Le ministère de la Défense russe a indiqué que le Tadjikistan n’a pas exigé le paiement d’un loyer pour le site de l’armée russe. Il semble aussi que les militaires russes bénéficieront de l’immunité diplomatique et qu’ils ne pourront être ni arrêtés, ni détenus par les autorités policières Tadjiks, comme c’est le cas avec les forces russes sur les territoires de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud. Quelques semaines avant la conclusion de l’accord, des sources militaires russes avaient déclaré que le Tadjikistan avait mis sur la table de négociation une offre jugée très onéreuse par la Russie. Pour rappel, le Tadjikistan avait ordonné en 2005 le départ des gardes-frontières russes qui protégeaient la frontière entre le Tadjikistan et l’Afghanistan. Douchanbé s’est jusqu’à aujourd’hui opposé au retour du contingent russe. La frontière afghane est considérée comme l’une des principales voies de pénétration de la drogue afghane dans l’espace post-soviétique. Poutine a aussi annoncé que 5 millions de dollars seront alloués par le Kremlin au Tadjikistan afin de lutter contre le trafic de drogues. Les tadjiks pourront avec les fonds faire l’achat d’équipements spéciaux ou encore former des agents d’infiltration.

Parmi les autres accords signés à Douchanbé, il y a celui qui facilitera l’enregistrement en Russie des travailleurs immigrés Tadjiks. Ces derniers auront dorénavant 15 jours pour s’enregistrer et ils obtiendront des permis de travail de 3 ans directement. La migration des populations centro-asiatiques vers la Russie est essentielle à la survie des pays de la région. On estime que plus d’un million de Tadjiks travaillent en Russie, transférant environ 3 milliards de dollars par année à des membres de leurs famille ou des proches, une sommes qui, selon Poutine, représente près de 50% du PIB du Tadjikistan.

Les opinions exprimées dans ce blogue sont strictement personnelles et ne reflètent pas nécessairement celles de Global Brief ou de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon.

The opinions expressed in this blog are personal and do not necessarily reflect the views of Global Brief or the Glendon School of Public and International Affairs.

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