LOADING

Type to search

Quand la Chine investit en Corée du Nord

GB Geo-Blog

Quand la Chine investit en Corée du Nord

Sur un plan politique, il est souvent reproché à la Chine de ne pas suffisamment s’investir en Corée du Nord. Le seul allié existant de Pyongyang présente en effet une attitude ambivalente à l’égard de son voisin, alternant des phases de complaisance et de fermeté. Sur un plan économique en revanche, la Chine semble nettement plus investie dans le développement de son voisin.

Selon des informations récemment relevées par le quotidien sud-coréen JoongAng Ilbo, la Chine a fortement investi dans deux zones économiques spéciales en Corée du Nord, la première à Rason, à la frontière russe (extrême nord-est du pays) et la seconde sur la petite île de Hwanggumpyong, dans l’embouchure de la rivière Yalu, qui sépare la Chine de la Corée du Nord, au nord-ouest de Pyongyang. L’objectif de ces zones est de développer l’activité économique d’un pays totalement exsangue, et de répondre aux problèmes rencontrés dans la relation inter-coréenne, qui plombent depuis 2008 l’activité dans la zone de Kaesong, près de la zone démilitarisée, où des entreprises sud-coréennes investissent depuis une décennie, consécutivement aux accords passés entre les deux entités rivales dans le cadre de la sunshine policy. La Chine profite donc des différends actuels entre Pyongyang et Séoul pour proposer ses propres zones économiques, et à terme se poser comme un concurrent direct pour Séoul.

Détail pour le moins troublant, les conditions relatives à l’ouverture de ces deux zones sont beaucoup plus libérales que dans le cas de Kaesong. Par exemple, les échanges dans la zone « inter-coréenne » de Kaesong doivent se faire en dollars américains (un des multiples paradoxes de Pyongyang), tandis qu’ils peuvent s’effectuer en yuans à Rason et Hwanggumpyong. Utilisation de téléphones portables ou encore accès à Internet sont d’autres privilèges totalement interdits à Kaeson qui sont mis à disposition des investisseurs chinois, en vertu d’accords entre les deux pays.

Les concessions majeures faites par les autorités nord-coréennes sont révélatrices de la situation dans laquelle se trouve ce pays. La Chine est le seul pays avec lequel le dialogue reste amical, mais Pékin a compris la position de force dans laquelle elle se trouve, et profite ainsi de la détresse de Pyongyang pour investir en Corée du Nord, là où aucun autre pays n’a été en mesure de le faire depuis la fin de la Guerre froide. Cela signifie également que la Chine, qui ne pose généralement aucune condition politique au préalable de ses investissements extérieurs, pourrait potentiellement assurer la survie du régime nord-coréen, ce qui est dans son intérêt. Elle renforce ainsi considérablement sa place dans l’économie de son voisin, et prend une place désormais incontournable dans tous les pourparlers sur l’avenir de la péninsule. Compte-tenu de la force de frappe de l’économie chinoise aujourd’hui, on peut estimer que le retour sur investissement est exceptionnel.

Côté sud-coréen, on s’inquiète de voir non seulement la Chine se faire plus présente, mais aussi d’une concurrence pour le site de Kaesong, dont la mise en place a coûté une fortune aux grosses entreprises du pays, qui a été soumis à de multiples conditions de la part de Pyongyang, et qui n’assure qu’un rendement très limité. Le problème majeur est que les installations de Kaesong resteront peu productives tant que le dialogue inter-coréen ne sera pas entré dans une phase plus positive. Avec les élections présidentielles en Corée du Sud en 2012, la situation pourrait évoluer. Mais dans le contexte actuel, et en raison des multiples provocations (et attaques) de la Corée du Nord, il est difficile pour un gouvernement sud-coréen, quel que soit son positionnement politique, de plaider pour un renouveau de la sunshine policy et une attitude plus conciliante à l’égard du régime de Pyongyang, au risque de se mettre à dos une partie non négligeable de l’opinion publique. Le dialogue reste la clef de la relation inter-coréenne, et les dirigeants politiques sud-coréens de tous bords en ont conscience. Mais on imagine difficilement un nouveau gouvernement tirer un trait sur les récentes agressions, au risque de faire une fois encore le jeu de Pyongyang.

Les opinions exprimées dans ce blogue sont strictement personnelles et ne reflètent pas nécessairement celles de Global Brief ou de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon.

The opinions expressed in this blog are personal and do not necessarily reflect the views of Global Brief or the Glendon School of Public and International Affairs.

Categories:
Tags:

You Might Also Enjoy This in GB

Leave a Comment

Next Up