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France: un 18 juin paradoxal ?

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France: un 18 juin paradoxal ?

Les médias audiovisuels français commencent actuellement à préparer les esprits au 70 e anniversaire de l’Appel du 18 juin 1940. Depuis Londres, le général Charles de Gaulle lance alors sur les ondes de la BBC son célèbre appel à continuer la lutte, acte fondateur de la France Libre. “Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas”.Il est heureux que les Français se souviennent ce qu’ils doivent au général de Gaulle: leur honneur et leur place dans le monde d’après-guerre. Souhaitons que ce 70 e anniversaire soit aussi l’occasion de rendre hommage au Premier ministre britannique, Winston Churchill, pour avoir ouvert les micros de la BBC au général français. Sans parler du soutien apporté à de Gaulle pour que la France dispose au sortir du conflit d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies.

Paradoxe ?

Pour autant, cette commémoration peut sembler paradoxale. En quoi la France d’aujourd’hui est-elle encore gaulliste? L’héritage du général de Gaulle ne peut se réduire au 18 juin 1940. De retour au pouvoir à compter de mai 1958, il prend assez rapidement ses distances avec les Etats-Unis. Pour finalement faire sortir la France du commandement militaire intégré de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan) en 1966.

Or, depuis mars 2009, la France est revenue dans le commandement militaire intégré de l’Otan. Après une première tentative à l’époque de Jacques Chirac, en 1995, c’est Nicolas Sarkozy qui engage la finalisation de ce processus en 2007. J. Chirac comme N. Sarkozy se réclament pourtant du gaullisme…  Quelques esprits chagrins pourraient penser que la prochaine commémoration du 18 juin survient dans une configuration contradictoire avec une sensibilité  gaulliste.

Un contexte

Pour autant, gardons-nous de faire parler un homme décédé en 1970. Si la France amorce puis finalise son retour dans le commandement militaire intégré de l’Otan, c’est pour beaucoup parce que le contexte géopolitique a changé depuis la fin de la Guerre froide (1990-1991).  Alors que 21 Etats de l’Union européenne à 27 sont maintenant  également membres de l’Otan, la posture héritée du général de Gaulle pouvait pénaliser les chances de développer une “Europe de la défense” à laquelle Paris veut encore croire. Il s’agit, par ailleurs, d’optimiser les efforts humains et budgétaires consentis depuis plusieurs années déjà.

Un calcul

Autant qu’on puisse le savoir, le retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’Otan repose sur un calcul: augmenter la capacité d’influence de Paris sur la prochaine doctrine de l’Otan puis sa mise en oeuvre. On peut défendre assez logiquement qu’être pleinement à l’intérieur d’une structure permet plus aisément de s’y faire entendre. Précédemment, Paris était souvent en situation de réagir à ce qui avait été proposé par d’autres. En 2010, Paris espère contribuer à la mise au point de nouvelles idées. L’avis – souvent apprécié – de la France contribuerait davantage à la formulation de l’avis final. Dès lors, la capacité d’influence française serait en adéquation avec les moyens consacrés. Reste à savoir comment s’articulerait la relation entre l’Otan et l’Europe de la défense. Si il n’y a plus concurrence mais complémentarité, faut-il mettre passer plus ouvertement à la coopération et si oui, comment?

De Lisbonne à Lisbonne

En 3 ans, la capitale portugaise pourrait être deux fois le lieu de décisions majeures. Chacun se souvient que c’est à Lisbonne que les chefs d’Etat ont signé en 2007 le “traité de Lisbonne” pour l’Europe communautaire. Sa montée en charge progressive se réalise depuis le 1er décembre 2009. Al’automne 2010, Lisbonne devrait être le lieu d’un sommet de l’Otan. Sa nouvelle doctrine pourrait alors être rendue publique, après les derniers arbitrages politiques. Outre la question de l’influence française, il subsiste une série de questions dont celle-ci: quelles seront les incidences de la crise financière sur l’Otan?

Les opinions exprimées dans ce blogue sont strictement personnelles et ne reflètent pas nécessairement celles de Global Brief ou de l’Ecole des affaires publiques et internationales de Glendon

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