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Crise coréenne, entre rhétorique et enjeux régionaux

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Crise coréenne, entre rhétorique et enjeux régionaux

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Le ton est monté de façon très forte au cours des derniers jours dans la péninsule coréenne, au point de faire craindre une escalade militaire entre Pyongyang et Séoul. Les deux entités, qui sont séparées depuis le cessez-le-feu de 1953, mais n’ont jamais signé de traité de paix, oscillent depuis plusieurs années entre tentatives de rapprochement, parfois symboliques, et risques de confrontation sur fond de crise nucléaire nord-coréenne.

Cette fois, c’est l’agression contre le navire sud-coréen Cheonan en mars dernier, avec 46 victimes, qui est à l’origine d’une nouvelle tension entre les deux rivaux. Selon une enquête conduite par Séoul, avec l’appui de la communauté internationale, cette agression correspond parfaitement aux torpilles CHT-02D, que la Corée du Nord exporte. Les probabilités que Pyongyang soit à l’origine de cette agression, au départ évoquées, sont désormais quasi certaines. Un des enquêteurs a même affirmé que les agresseurs sont soit les Nord-coréens, soit des martiens… C’est pourquoi les dirigeants sud-coréens, le président Lee Myung-bak en tête, ont saisi l’occasion d’accuser directement la Corée du Nord, allant même jusqu’à faire porter l’affaire au Conseil de Sécurité de l’ONU.

Côté nord-coréen, la riposte ne s’est pas faite attendre, et n’a pas été marquée par une grande surprise non plus. Pyongyang a ainsi dénoncé l’agression sud-coréenne, et annoncé que toute escalade militaire conduirait à une guerre totale entre les deux Corées. Un message qui reprend mot pour mot toutes les menaces émanant de Corée du Nord en cas de crise avec son voisin du sud.

C’est donc sur le front de la rhétorique que cette nouvelle crise s’impose, ce qui soulève des questions sur les raisons poussant les deux acteurs à montrer les crocs. A cet égard, la visite d’Hillary Clinton dans la région n’est pas anodine, à plusieurs égards. Côté nord-coréen, on a pris l’habitude depuis maintenant plusieurs années d’élever le niveau de la menace en tenant compte du calendrier de Séoul. Essais de missiles en marge de la coupe du monde de football, provocations à la veille d’élections, annonces choc le jour de la fête nationale sont ainsi au menu des pratiques du régime nord-coréen. La visite de la Secrétaire d’Etat américaine dans la région, avec une escale à Pékin marquée par les discussions sur les sanctions à l’égard de Pyongyang, puis une visite à Séoul directement liée au problème sécuritaire de la péninsule, a ravivé les craintes en Corée du Nord d’une rupture du statu quo. Et dans un tel registre, le régime a toujours choisi la fuite en avant en élevant le niveau de la menace pour mieux marchander sa survie. Côté sud-coréen, le président Lee Myung-bak n’a jamais caché ses intentions de se montrer plus ferme à l’égard de Pyongyang, et de tourner le dos à une politique du compromis qui a toujours largement bénéficié à son turbulent voisin. Sur ce point, il doit faire la démonstration à Washington de la pertinence d’une telle approche, mais surtout à Pékin, qui hésite encore à durcir les sanctions et à se démarquer clairement de la Corée du Nord. L’agression contre le Cheonan offre ainsi à Séoul les arguments lui permettant de proposer une inévitable nouvelle donne dans le traitement du dossier nord-coréen.

Reste le cas de la position chinoise sur le dossier nucléaire et, par extension, sur la relation avec Pyongyang. Hillary Clinton a compris que toute avancée sur ce dossier difficile passe désormais par Pékin, qui s’est imposée depuis quelques années comme l’arbitre incontournable, profitant notamment de sa relation amicale avec Pyongyang. La visite récente (et prétendue secrète) de Kim Jong-il en Chine il y a quelques semaines (au cours duquel il a sans doute supplié la Chine de ne pas abandonner son soutien économique, désormais indispensable) a ainsi renforcé la nécessité de convaincre la Chine de durcir le ton, la Corée du Nord étant dans une situation d’autant plus difficile que toute volte-face de Pékin pourrait avoir des conséquences considérables. La Chine ne souhaite pas que la situation sécuritaire se dégrade, mais dans le même temps cherche à prendre ses distances avec Pyongyang. Dans ce jeu à multiples entrées, toute modification de la posture de l’un a des effets immédiats sur les positionnements des autres, et si cette situation perdure dans la péninsule depuis maintenant près de soixante ans, le poids grandissant de la Chine change la donne, et impose aux uns et aux autres de nouveaux jugements dont l’objectif est clair : convaincre Pékin d’adopter la même attitude.

Les opinions exprimées dans ce blogue sont strictement personnelles et ne reflètent pas nécessairement celles de Global Brief ou de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon.

The opinions expressed in this blog are personal and do not necessarily reflect the views of Global Brief or the Glendon School of Public and International Affairs.

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