Europe : quand Gazprom fait du lobbying

April 13, 2010     
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Voici le courriel que je viens de recevoir dans ma boĂźte de l’Institut des relations internationales et stratĂ©giques (IRIS).

« Cher Monsieur,

ChargĂ©s des relations gouvernementales et de la communication en France de la branche externe de la sociĂ©tĂ© de gaz russe Gazprom, mon cabinet et moi-mĂȘme serions trĂšs heureux de nous entretenir avec vous des derniers thĂšmes de l’actualitĂ© Ă©nergĂ©tique, de vous prĂ©senter nos activitĂ©s et de rĂ©pondre Ă  vos Ă©ventuelles demandes.

Nous pourrions notamment vous prĂ©senter les projets en cours de Gazprom (projets de gazoducs Nord Stream et South Stream, investissements, relations gaziĂšres avec l’Ukraine…) et discuter d’autres sujets liĂ©s Ă  notre client qui seraient susceptibles de vous intĂ©resser. Seriez vous disponible pour une rencontre les 11 ou 12 avril prochains ?

Dans l’attente d’une rĂ©ponse de votre part sur vos disponibilitĂ©s, je reste bien entendu Ă  votre disposition pour tout renseignement complĂ©mentaire. Cordialement », L. Donceel, Senior Account Executive, GPlus Europe.

Des collaborateurs expérimentés

GPlus Europe est un cabinet de lobbying actif Ă  Bruxelles. Il se prĂ©sente ainsi : « GPlus a une Ă©quipe qui compte plus de 50 spĂ©cialistes des politiques, des institutions, et des mĂ©dias europĂ©ens. La plupart de nos collaborateurs les plus expĂ©rimentĂ©s ont occupĂ© des postes de premier ordre au sein de la Commission europĂ©enne, du Parlement europĂ©en ou de gouvernements nationaux. Certains d’entre nous ont Ă©tĂ© des journalistes internationaux, tandis que d’autres sont issus du monde de l’entreprise. [
] OpĂ©rant depuis Bruxelles, Londres et Paris, notre expertise couvre les principaux domaines de l’action europĂ©enne et inclut la politique de la concurrence, la politique commerciale, les services financiers, les secteurs de l’énergie, des tĂ©lĂ©coms et de la santĂ©, ainsi que les politiques environnementales, alimentaires ou de protection des consommateurs. Membre du groupe Omnicom, nous formons part d’un rĂ©seau de portĂ©e mondiale et menons des campagnes paneuropĂ©ennes s’appuyant sur notre solide rĂ©seau de partenaires prĂ©sents dans toutes les grandes capitales europĂ©ennes.

Nos clients sont des entreprises internationales de premier plan, des fĂ©dĂ©rations professionnelles, des ONG et des gouvernements, tant en Europe et en AmĂ©rique qu’en Asie. Les services que nous leur offrons sont uniques car nous comprenons Ă  la fois les procĂ©dures, les politiques et les acteurs de l’Union europĂ©enne. C’est notre valeur ajoutĂ©e. »

Tout laisse Ă  penser que bien d’autres chercheurs ont reçu de GPlus Europe la mĂȘme invitation Ă  recevoir la « bonne parole » de la sociĂ©tĂ© russe Gazprom.

Perspectives

De quoi s’agit ?

La Russie est depuis plusieurs annĂ©es le premier fournisseur de l’Union europĂ©enne (UE) en matiĂšre d’hydrocarbures. Les uns prĂ©sentent cette situation comme mutuellement bĂ©nĂ©fique, une forme d’interdĂ©pendance vertueuse. Les autres y voient une dĂ©pendance excessive de l’Europe communautaire. Quoi qu’il en soit l’UE remplit gĂ©nĂ©reusement les caisses du Kremlin puisqu’elle achĂšte bien plus Ă  la Russie que la Russie n’achĂšte Ă  l’UE.

La Russie a dĂ©montrĂ© plus d’une fois qu’elle entendait faire du gaz un outil de puissance, notamment vis-Ă -vis de l’Ukraine, en 2006 et 2009. Lors de la derniĂšre crise plus d’une vingtaine de pays membres de l’UE n’ont pas obtenu au plus froid de l’hiver les livraisons promises Ă  cause d’une sombre affaire entre Moscou et Kiev.

C’est pourquoi Bruxelles tente depuis le dĂ©but des annĂ©es 2000 de desserrer l’étau russe en portant le projet d’un gazoduc – appelĂ© Nabbuco. Celui-ci aurait pour principale qualitĂ© de ne pas passer par la Russie pour accĂ©der aux ressources d’Asie centrale, voire d’Iran.

Cependant, l’Allemagne et la Russie lui ont dĂ©jĂ  largement coupĂ© les ailes en lançant le projet Nord Stream, qui mettra d’ici peu l’Allemagne directement sous perfusion du gaz russe, en passant par la mer baltique. Ce qui permet d’éviter les pays intermĂ©diaires. Par ailleurs, l’Italie et la Russie donnent Ă  Nabucco un deuxiĂšme coup en projetant le gazoduc South Stream.

Tout laisse Ă  penser que l’objectif de Gazprom Ă  travers cette nouvelle campagne de lobbying est de dĂ©montrer combien les gazoducs Nord Stream et South Stream sont prĂ©fĂ©rables au projet communautaire Nabucco. Afin que les experts, puis les opinions europĂ©ennes, approuvent le passage par pertes et profits de Nabucco, voire se rĂ©jouissent de la finalisation de Nord Stream et du lancement de South Stream
 qui remettent la Russie en position de force.

Quand l’Europe communautaire se retrouvera avec une double clĂ© de bras Ă©nergĂ©tique, ses citoyens auront tout de mĂȘme une satisfaction. Savoir Ă  qui ils le devront.

Les opinions exprimĂ©es dans ce blogue sont strictement personnelles et ne reflĂštent pas nĂ©cessairement celles de Global Brief ou de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon.

The opinions expressed in this blog are personal and do not necessarily reflect the views of Global Brief or the Glendon School of Public and International Affairs.

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One Response to “Europe : quand Gazprom fait du lobbying”

  1. Swita Sabine on April 14th, 2010 9:13 am

    Les ressources Ă©nergĂ©tiques en gaz de la Russie sont-elles illimitĂ©es ou connaĂźtront-elles le mĂȘme sort que le pĂ©trole, Ă  savoir une diminution inĂ©luctable et une possible disparition? Egalement, oĂč en est la volontĂ© Russe d’intĂ©grer l’UE ? Les ressources en gaz seraient-elles un moyen de grignoter peu Ă  peu du terrain pour avoir un argumentaire bĂ©ton au moment de poser une candidature Ă  l’UE ?

    —-
    Les ressources Ă©nergĂ©tiques de la Russie ne sont pas illimitĂ©es mais elles restent considĂ©rables. Un des enjeux de la relation consiste justement Ă  communiquer des chiffres sur-estimĂ©s ou sous-estimĂ©s, selon les intentions stratĂ©giques des acteurs. Seule certitude: le gĂąchis Ă©nergĂ©tique reste considĂ©rable en Russie. Concernant la volontĂ© russe d’intĂ©grer l’UE, il s’agit davantage d’un discours subliminal, portĂ© par des vecteurs complaisants pour tester l’idĂ©e auprĂšs des responsables politiques et des opinions.





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