Perspectives 2013

January 8, 2013     
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La premiĂšre caractĂ©ristique de 2013 est que cette annĂ©e n’a aucune raison d’ĂȘtre trĂšs diffĂ©rente des prĂ©cĂ©dentes, mis Ă  part les Ă©vĂ©nements imprĂ©vus qui surviendront et qui
par dĂ©finition ne sont pas prĂ©visibles ! En rĂ©alitĂ©, spectaculaires ou non, les tendances de fond qui sont Ă  l’Ɠuvre depuis la fin du monde bipolaire et le dĂ©but du monde globalisĂ©, en 1992, et que la crise financiĂšre occidentale accĂ©lĂšre depuis 2008, se poursuivent.

Les occidentaux vont rester longtemps les plus puissants et les plus riches, mais ils perdent du terrain, relativement, puisque les Ă©mergents continuent d’émerger. On ne mesure pas encore complĂštement ce que cela signifie pour nous. Certains de ces pays ont dĂ©jĂ  Ă©mergĂ©s, et commencent Ă  connaĂźtre des problĂšmes de maturitĂ©. La Russie n’émerge pas, mais peut inquiĂ©ter. Sans surprise ces pays sont d’accord pour contester « l’ordre du monde de 1945 » et le poids disproportionnĂ©, Ă  leurs yeux, des occidentaux, mais sur les solutions ils divergent et Ă©conomiquement, ils sont autant en compĂ©tition entre eux qu’avec les pays de l’OCDE. Les occidentaux peinent toujours d’avoir Ă  s’adapter Ă  un monde oĂč ils n’ont plus le monopole de la puissance et de l’influence. Les amĂ©ricains souffrent dans l’idĂ©e qu’ils se font de leur puissance. Ils ont quand mĂȘme rĂ©Ă©lu Barack Obama, qui comprend ce monde, mais beaucoup d’entre eux s’inquiĂštent de ne voir arriver ni John Wayne ni la cavalerie pour mettre de l’ordre dans le dĂ©sordre gĂ©nĂ©ral.

Au contraire, façon XIX° siĂšcle ou annĂ©es 1920-1930, certains seraient tentĂ©s, Ă  la faveur de l’autonomie Ă©nergĂ©tique annoncĂ©e, par un impossible isolationnisme
 Obama va-t-il pouvoir consacrer une Ă©nergie suffisante Ă  d’autres sujets qu’à rĂ©duire la dette et le dĂ©ficit amĂ©ricain abyssal, Ă  Ă©viter la falaise fiscale, Ă  surmonter la paralysie des institutions, Ă  faire rĂ©gresser la folie des armes Ă  feu, Ă  redresser l’économie (ce pour quoi il a Ă©tĂ© Ă©lu), Ă  pousser sans trop le proclamer Ă  une sorte de transition Ă©nergĂ©tique ? La rĂ©ponse semble ĂȘtre oui si l’on en juge par les personnalitĂ©s qu’il vient de proposer de nouveau Ă  la tĂȘte du dĂ©partement d’État, de la CIA et du Pentagone : John Kerry, John Brennan et plus encore, Chuck Hagel, ce qui semble annoncer une politique Ă©trangĂšre ambitieuse. Y compris au moyen orient.

Certains acteurs du jeu mondial (Russie, Chine, IsraĂ«l, Iran) pourraient ĂȘtre tentĂ©s de profiter d’une pĂ©riode oĂč le prĂ©sident des États-Unis sera absorbĂ© par des problĂšmes intĂ©rieurs trĂšs compliquĂ©s Ă  gĂ©rer pour avancer leurs propres pions
 Comme l’a envisagĂ© Anne-Marie Slaughter, les alliĂ©s des Etats-Unis pourraient aussi s’adresser Ă  eux. Par exemple pour leur demander de mettre en ordre leurs dĂ©penses publiques. Mais aussi j’ajoute, d’ĂȘtre plus audacieux dans leur « Ă©cologisation ».

Le grand dĂ©fi chinois, lui, et la rĂ©ponse qu’il appelle, s’étendra sur des annĂ©es, pour ne pas dire des dĂ©cennies
 d’autant que, mĂȘme plus sĂ»rs d’eux, les chinois n’ont sans doute pas arrĂȘtĂ© l’usage exact qu’ils feront de leur puissance croissante. Sans doute pas puissance idĂ©ologiquement prosĂ©lyte, mais vraie puissance gĂ©opolitique quand mĂȘme.

Pendant ce temps, la re-rĂ©gulation (pour une Ă©conomie « post-bulles») avance trop lentement. Elle est dĂ©jĂ  contournĂ©e par avance par des comportements financiers toujours Ă  haut risque. (Pour les autres) Le rythme de l’indispensable « Ă©cologisation » reste trĂšs infĂ©rieur Ă  la dĂ©gradation accĂ©lĂ©rĂ©e du patrimoine terrestre vert, mĂȘme s’il y a des avancĂ©es scientifiques et techniques et une Ă©volution des comportements. Le jury Nobel pour l’économie, qui avait rĂ©compensĂ© en 1971 l’invention du PIB serait d’ailleurs bien inspirĂ© de consacrer un jour celui qui aura dĂ©fini un PIB vert si incontestable que le marchĂ© sera obligĂ© de l’intĂ©grer dans ses calculs de rentabilité  (Quant aux europĂ©ens, ils sont dĂ©semparĂ©s par le contraste entre leurs chimĂšres idĂ©alistes et la rudesse de la compĂ©tition dans laquelle ils sont jetĂ©s, bon grĂ© mal grĂ©. Cependant, au bout de trois ans de crise grecque et de l’euro, les 17 gouvernements de la zone euro sont en train d’accoucher du fameux gouvernement Ă©conomique de la zone euro, sur le principe duquel l’accord n’avait pas pu se faire en 1990/1991 entre les allemands, les français et les autres. On va donc en Europe vers une confĂ©dĂ©ration d’États-nations Ă  27 (ou plus), dont encore la Grande Bretagne (Cameron peut gagner son rĂ©fĂ©rendum s’il a lieu aprĂšs les prochaines Ă©lections britanniques), avec une zone euro dĂ©jĂ  trĂšs large (plus de 17 pays), plus intĂ©grĂ©e. Cette zone euro devait absolument assainir ses finances publiques (seule leur impunitĂ© monĂ©taire permet aux États-Unis de ne pas ĂȘtre obligĂ©s d’en faire autant) mais le rythme et les modalitĂ©s trop brutales que l’Allemagne de Mme Merkel a fait prĂ©valoir pour cela devront ĂȘtre assouplies en 2013 pour Ă©viter une rĂ©cession en Europe, ce qui rĂ©pondra – un peu- aux demandes du prĂ©sident Hollande d’une politique de croissance en Europe. Sauf si le contribuable allemand passe toujours avant tout autre considĂ©ration. Le gouvernement de la zone euro devra se prĂ©occuper de rĂ©duire la dette, mais aussi de croissance, de compĂ©titivitĂ©, et mĂȘme des taux de change. Les fĂ©dĂ©ralistes vont essayer d’aller plus loin, Ă  l’occasion des Ă©lections europĂ©ennes de 2014, mais ils n’entraĂźneront que peu d’électeurs, et auront du mal.

A propos du monde arabe, on ne parlera plus de saisons (printemps, hiver) mais d’un long processus instable de dĂ©mocratisation plus ou moins chaotique, parfois tragique, et Ă©tudier au cas par cas. Les faiseurs de pronostics devront se montrer plus prudents. Il faudra observer si la mouvance des FrĂšres musulmans – au pouvoir- restera homogĂšne en se radicalisant face aux difficultĂ©s et aux frustrations ou, au contraire, en devenant plus pragmatique, plus « gouvernementale ». Le plus perturbant pour les occidentaux sera d’avoir aussi peu de prise sur un phĂ©nomĂšne Ă  rebondissements qui a une certaine importance pour eux et qui Ă©chappe Ă  ses protagonistes eux-mĂȘmes.

Dans ce contexte gĂ©nĂ©ral, l’idĂ©al pour les occidentaux, pour dĂ©fendre lĂ©gitimement dans la durĂ©e leurs intĂ©rĂȘts tout en accueillant avec rĂ©alisme la redistribution des forces en cours, et en surveillant la montĂ©e des tensions en Asie – ce n’est pas incompatible- serait de coordonner leurs politiques autour de quelques grands objectifs et de se mettre systĂ©matiquement d’accord sur chacun des sujets « globaux » (rĂ©forme des institutions multilatĂ©rales, rĂ©gulation financiĂšre, croissance, Ă©cologisation) avec deux ou trois Ă©mergents. S’ils y parviennent leur influence ne dĂ©clinera pas.

Hubert VĂ©drine

Janvier 2013

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