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La démocratie n’excuse pas tout

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La démocratie n’excuse pas tout

Curieux article paru dans l’édition du 25 septembre du pourtant très sérieux The Economist, dans la chronique Banyan, consacrée à l’Asie. Dans un texte intitulé « The Games People Play (or Not) », l’auteur revient sur l’épisode des Jeux du Commonwealth de Dehli, et les multiples critiques qui se sont abattus sur les organisateurs depuis quelques semaines (voir mon précédent texte sur ce même blog à ce sujet).

Pour décrire les multiples déboires qui ont marqué l’organisation de ces Jeux, et animé les débats au cours des dernières semaines, l’auteur n’hésite pas à parler de coup du sort. Epidémies, attentat contre un bus de touristes, météo capricieuse… Mais plus amusant, la corruption figure également au menu de ces déboires. On peut effectivement (et toujours) trouver des excuses au fiasco des Jeux, mais de là à considérer que la corruption, qui s’impose évidemment comme le principal problème dans l’organisation de l’évènement (la météo n’a pas été capricieuse de manière continue depuis cinq ans, les épidémies se sont multipliées en raison du retard des travaux et la présence de véritables bassins d’eaux stagnantes au cœur du chantier, et les fusillades, trop nombreuses en Inde, ne sont pas franchement un coup du sort, ne serait-ce que par respect pour les victimes…), comme une péripétie, il y a un pas aussi hasardeux que déplacé que l’auteur a franchi à pieds joints. La corruption est une triste réalité en Inde. L’excuser est coupable, le nier est dangereux. Le plus étonnant est que les lignes qui suivent dans l’article ne nient pas la corruption en Inde, et la comparent même à un « cancer ». Il faudrait donc savoir de quoi on parle exactement, entre coup du sort et cancer ! Des paradoxes, incohérences même, qu’on retrouve dans tout le texte, et qui témoignent de la difficulté pour l’auteur à prendre clairement position pour excuser les organisateurs indiens, ou au contraire pour les accabler.

Mais c’est surtout le dernier paragraphe de l’article qui pose problème. En justifiant les incompétences indiennes par la démocratie, l’auteur s’engage dans des eaux troubles, et sans instrument de navigation. Que ce soit dans l’incapacité à organiser un évènement sportif comme les Jeux du Commonwealth comme dans n’importe quelle autre situation, la démocratie ne peut tout expliquer, et ne doit en aucun cas servir d’excuse. Tomber dans cet excès reviendrait à penser que les régimes démocratiques se réserveraient le droit d’être incompétents et englués dans leurs déboires. Cela signifierait de la même manière, et c’est plus grave, qu’un pays capable d’organiser convenablement un évènement sportif de grande ampleur pourrait être suspecté de ne pas être suffisamment démocratique ! On croit rêver.

La chronique de Banyan n’a pas laissé insensible les internautes, qui se sont pressés d’apporter leurs critiques sur le site de l’hebdomadaire, ne manquant pas au passage de rappeler que si la démocratie indienne est louable, elle est également en grande partie responsable de la situation d’indigence dans laquelle vit encore une grande partie de la population. Ce qui est montré du doigt n’est pas la démocratie en tant que telle, mais la manière dont elle est pratiquée dans ce pays. Une distinction que l’auteur n’a pas été capable de faire.

Il serait en tout cas intéressant de poser la question, abordée très maladroitement dans Banyan, autrement. Et de se demander si les succès planétaires remportés par des régimes non-démocratiques (comme les Jeux de Pékin en 2008 ou l’Exposition universelle de Shanghai en 2010) ne font pas de l’ombre aux démocraties (plus que l’Inde, il est intéressant de faire ici référence aux démocraties occidentales, dans lesquelles les « coups du sort » sont à priori moins nombreux). En bref, les dictatures sont-elles aujourd’hui les seules capables d’organiser convenablement de grands évènements ? Je me permettrai de revenir en détail sur cette question dans plusieurs textes à venir sur ce blog, notamment en me penchant sur l’Expo de Shanghai, que je viens de visiter.

En se montrant un peu cynique, on pourrait rappeler que, dans moins de deux ans, Londres va organiser les Jeux Olympiques. Un évènement qui s’annonce difficile dans un contexte d’austérité économique, mais également si on tient compte du fait que la capitale britannique sera dans l’incapacité (ce n’est pas une crainte, mais un fait) d’honorer les promesses fantaisistes en matière de grands travaux qui lui permirent d’être désignée comme ville hôte. Soyons sérieux. Si les dirigeants britanniques s’appuyent sur la démocratie pour expliquer leur incapacité à ouvrir de nouvelles lignes de métro, moderniser des infrastructures ou tout simplement honorer leurs promesses, non seulement ils seront la risée du monde entier, mais ils feront en plus du tort à la démocratie elle-même, que certains ne manqueront pas de rallier comme incompétente (on entend déjà les fous-rires en provenance de Pékin). Mais rassurons-nous, les dirigeants britanniques se garderont bien de telles excuses plus que déplacées, à moins qu’ils n’aient trouvé dans la chronique de Banyan une idée navrante à creuser.

Pour lire l’intégralité de l’article paru dans The Economist : http://www.economist.com/node/17101066?story_id=17101066

Les opinions exprimées dans ce blogue sont strictement personnelles et ne reflètent pas nécessairement celles de Global Brief ou de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon.

The opinions expressed in this blog are personal and do not necessarily reflect the views of Global Brief or the Glendon School of Public and International Affairs.

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