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Pourquoi les journalistes ont raison

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Pourquoi les journalistes ont raison

L’histoire de la crise financière est écrite par les journalistes. Elle ne nous parvient pas des gouvernements ou des universitaires. Certains rapports gouvernementaux, comme le rapport Turner en Angleterre, sont utiles. Ils sont, cependant, peu accessibles pour le grand public. Les universitaires aussi se sont attardés à la crise, livres, articles dans des revues spécialisées et autres contributions. Comme trop souvent, les universitaires opèrent en vase clos. Ils se parlent entre eux.

Pour comprendre la crise, il faut donc se fier aux journalistes, à la presse populaire. Au cours des derniers mois, trois livres méritent tout particulièrement notre attention. En premier lieu, il faut lire The Big Short de Micheal Lewis, l’auteur de Liar’s Poker (un classique de la finance américaine). Il faut aussi lire Too Big To Fail d’Andrew Sorkin. Par l’entremise de descriptions détaillées, d’entrevues et de recherches minutieuses, ces livres offrent une vue de l’intérieur. L’une des conclusions de Lewis, entre autre, est à noter, quoi qu’elle ne surprenne pas : tous les grands acteurs du monde de la finance, nous parlons des individus, peu importe leur rôle dans la crise, en sont sortis indemnes. Ils sont encore riches, très riches. Les dirigeants, les joueurs, ceux qui ont provoqué la crise, n’en ont pas souffert. Ils n’ont pas plus eu vraiment à répondre de leurs gestes. Un autre livre à lire, c’est I.O.U. de John Lancaster. Le livre explique de façon brillante les grandes tendances, les décisions importantes, qui ont mené au grand brouhaha. Le livre porte sur les enjeux de la crise, en s’attardant peu aux acteurs. Lancaster réussit l’exploit de nous expliquer le tout en terme simple, en anglais de tous les jours.

Pourquoi est-ce les journalistes qui font ce travail? Que font les gouvernements, les universitaires? Le journalisme a comme objectif d’informer, bien entendu, mais cela il me semble n’est pas la seule explication. Les gouvernements ont leurs part de responsabilité dans cette crise, ce qu’ils n’admettent qu’à reculons. Ils ne veulent pas vraiment regarder en arrière. Les universitaires devraient parler haut et fort, mais ils n’ont pas tendance à le faire. Il est possible d’arguer que le rôle d’un universitaire est de prendre du recul, d’être observateur, de parler après coup. Pourquoi est-il si difficile pour les universitaires d’être à date, de prendre position? Les journalistes sont plus fonceurs; ils prennent l’initiative; ils fouillent; ils parlent aux acteurs; ils veulent le scoop! Certains universitaires vont sur le terrain, mais pour toutes sortes de raisons c’est plus rare. Les rôles diffèrent, ce qui comme explication, il faut bien l’admettre, n’est pas satisfaisant.

Ces observations ne s’appliquent pas seulement à la crise financière. Elles s’appliquent aussi, par exemple, aux guerres en Irak et en Afghanistan. Pour bien comprendre ce qui se passe dans ces pays, ce sont les bouquins des journalistes qu’il faut lire. Pour comprendre ce qui s’est passé en Irak au début de la guerre en 2003, il faut absolument lire ‘The Green Zone’ de Rajiv Chandrasekaran. L’Irak s’est stabilisé, en dépit de l’aide américaine!

Comme professeur, je veux que ce que j’enseigne soit actuel. Pour cela, je suis souvent mieux de prendre l’information à la source, plutôt que dans des revues spécialisées. Lorsque j’écris comme politologue pour mes propres articles, je fais de même. Il est facile de critiquer la presse. C’est souvent mérité. Ce sont les journalistes, toutefois, qui ont le courage et la capacité de faire le travail de fond. Du point de vue de la société, c’est du boulot essentiel. Personnellement, pour mon propre job, et je ne suis certainement pas le seul, je leur suis aussi redevable.

Caveat lector : Les opinions exprimées dans ce blogue sont strictement personnelles et ne reflètent pas nécessairement celles de Global Brief ou de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon.

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