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Le Québec, Ottawa et le monde

Fall 2009 Nez À Nez

Le Québec, Ottawa et le monde

Proposition: Given the resurgence of the modern state (i.e., the state is back, so to speak), isn’t it time that Quebec conceded that Ottawa is the rightful senior player in Canadian foreign affairs?

Bernard Landry a éte ministre dans tous les gouvernements du Parti Québécois, puis premier ministre du Québec: « L’internationale sera le genre humain », chantaient les communistes bien avant la mondialisation. D’une certaine manière – pas celle qu’ils souhaitaient – ils ont eu raison. Mais cette mondialisation n’est pas acceptable sans être gérée par des organisations internationales fortes. Pour qu’il y ait « une table des nations », il faut des nations. Ainsi l’on pourrait dire également que « le national sera le genre humain ». Le Québec est l’une des seules nations capables de siéger dans les instances mondiales à ne pas y être encore présent. Comme les autres nations, pour servir ses intérêts nationaux et ceux de la planète, il a le devoir d’y être.

La taille de la population n’est pas un facteur déterminant. Le Canada siège à l’ONU aux côtés de la Chine qui a une population 40 fois plus importante. Le Québec y siégerait avec une population égale à celle de l’Autriche, et deux fois plus importante que celle de l’Irlande. En quoi le Canada représenterait-il mieux le Québec que le Québec lui-même, en particulier en regard des importantes questions linguistiques et culturelles, ou nos positions très différentes en matières environnementales, pour n’en mentionner que deux parmi tant d’autres ? Les 27 pays membres de l’Union européenne, qui n’est ni une fédération ni une confédération, sont membres à part entière des organisations internationales. Suivant la logique de M. Spector (en appuyant la proposition), lequel d’entre eux serait prêt à s’en retirer et fermer ses ambassades à travers le monde? La nation québécoise a droit, pour les mêmes raisons qu’eux, de jouir d’un statut international complet et reconnu.

Norman Spector is a former chief of staff to Canadian Prime Minister Brian Mulroney, as well as a former academic, federal and provincial deputy minister, ambassador and newspaper publisher: It is true, as Mr. Landry observes, that Canada sits with China in the UN General Assembly, as does Austria, and as would Quebec if it were an independent country. But it’s also true that Canada sits with China at G20 meetings, and that Austria does not. Nor would an independent Quebec have a seat at the G7 (and the G8), as does Canada.

In any case, for the foreseeable future, Quebec will continue to be part of Canada. As such, it benefits from Canada’s representation in the above fora. The province also benefits from Canada’s greater weight in international trade negotiations – be it in the case of the US FTA and NAFTA, or in the recently opened negotiations for a free trade agreement with the EU.

In this case, the Government of Quebec understands that, unless Ottawa delivers provincial agreements to open up provincial procurement to EU firms, there will be no agreement with the Europeans. As the negotiations unfold, and the difficulty of obtaining provincial consent becomes clearer, perhaps the Government of Quebec will explain these facts of life to the Québécois.

BL: Les G20 et  G8 sont des forums de discussions utiles et fécondes mais sans structures véritables ni pouvoirs décisionnels. Toutes proportions gardées, ils ressemblent au forum de Davos auquel j’ai participé souvent comme ministre du gouvernement québécois et où j’ai rencontré plus de décideurs politiques qu’ils s’en trouvent au G20 et au G8. Plusieurs pays très prospères sont d’ailleurs absents de ces dernières rencontres et n’en souffrent aucunement.

Le choix de la nation québécoise est simple : être membre à part entière de l’ONU, de l’OMC, du FMI, du BIT, de l’OMS, tout en renonçant à être représentée par le Canada aux rencontres annuelles du G6, 7 ou 20 !  Rien qu’être membre de l’OCDE comme la Suède, la Suisse ou l’Irlande, est déjà beaucoup plus séduisant que d’entendre le premier ministre du Canada parler en notre nom où que ce soit.

M. Spector, vous qui avez été diplomate. Demandez donc à vos contacts en Israël, en Irlande, en Suisse ou en Suède ce qu’ils feraient à la place du Québec devant une telle option.

En tout respect pour le Canada, il est clair que les intérêts de la nation québécoise seraient mieux défendus par ses propres élus que par ceux d’une autre nation qui, précisément parce que démocratique, défend d’abord  les intérêts de la majorité. L’environnement en donne un exemple impressionnant. Comment un des premiers de la classe en ce domaine, le Québec, pourrait-il être mieux représenté à Kyoto par le Canada, un des premiers pollueurs du monde, que par lui-même ? Quand à l’accord avec l’Europe, si le Québec était indépendant il serait déjà signé depuis longtemps, comme l’a déjà fait le Mexique. Le Canada nous a retardés de ce point de vue comme dans beaucoup d’autres dossiers internationaux. Il sert d’abord, ce qui est normal, ses propres intérêts.

NS: To date, you’ve been unable to persuade your fellow Quebeckers that they’d be better off in an independent country; indeed, current polls suggest that support for your option has declined. Moreover, you and your colleagues recently suffered an international setback when French President Nicolas Sarkozy observed that the last thing the world needs is greater division.

For the foreseeable future, therefore, Quebec will continue to be part of Canada – one of the most peaceful and prosperous countries in the world – as it has been for 142 years.

As such, Quebeckers will continue to have a voice at the G8 and G20, institutions that most countries in the UN would give their eyeteeth to be at. Quebeckers will have a chance of securing free trade with the EU, which wants access to the Alberta and Ontario markets as much, if not more, than it wants access to the Quebec market. As for the environment, the world has few lessons to take from Quebec, as Nobel Prize winner Jean-Marie Gustave Le Clézio recently observed in Le Monde in relation to the province’s hydroelectric projects.

BL: De la marginalité en 1970, les indépendantistes sont passés à 40 pour cent en 1980 et à presque 50 pour cent en 1995, malgré les fautes d’éthique fédérales avouées par Chuck Guité et Jean Pelletier. Aujourd’hui les sondages leur donnent 47 pour cent (contre 40 pour cent en 1994) et la campagne n’est pas commencée. Cela s’appelle une progression démocratique.

Quant à Sarkozy, son premier ministre, son ministre de la Francophonie et l’ancien premier minisre Raffarin ont tous déclaré qu’il avait été mal interprété. Lui-même a rectifié le tir dans une lettre à Pauline Marois et Gilles Duceppe. Il a parlé des « amis canadiens » et des « frères québécois ». Intéressant aussi de noter que l’immense majorité des Américains souhaite que leur gouvernement reste à l’écart de notre débat.

Pour le libre échange, je ne vois pas le rapport. Le monde entier ou presque veut la fluidité. Le Canada la recherche même avec la Colombie. Ne pas oublier d’ailleurs que c’est le Québec, par son appui massif, qui a entraîné le Canada dans le premier traité avec les États-Unis.

Pourquoi défendre encore cette thèse indéfendable qu’une nation, pour être représentée par une autre au G20, renoncerait à être membre du G192, comme Ban Ki-moon appelle l’Assemblée générale des Nations Unies ?

Enfin, Jean-Marie Le Clézio dénonçant un projet hydraulique, approuvé par referendum par les Innus, a décrit Hydro-Québec comme une « mutinationale capitaliste »!!! Il est facile d’imaginer ce que ce grand littéraire pourrait écrire au sujet des sables bitumineux…

NS: You and I may be right about the future of Quebec – and you and I may be wrong: after all, there are no facts in the future. Insofar as the negotiation of free trade with the EU and a successor treaty to Kyoto are concerned, Canada will be negotiating on behalf of all Canadians, including Quebeckers.

In the context of these two negotiations, Quebec will play the same role as Ontario and British Columbia, which means that it will have greater influence than American states. In both cases, however, it will be Canada and the US that sign any agreements that may be concluded.

Quebec has recognized this fact of life by repeatedly criticizing and seeking to influence Ottawa’s negotiating position on climate change – which is the only position that matters on the northern half of the continent – and by urging Ottawa to open free trade negotiations with the EU. One can expect this internal Canadian dynamic to continue, particularly since the EU has made it clear that provinces must open up their procurement in any free trade agreement. Quebec may wish that it were otherwise, but only Ottawa has the means to persuade reluctant provinces such as Alberta and British Columbia, if it comes to that.

BL: En reconnaissant que ni l’un ni l’autre ne sommes des prophètes nous sommes enfin en parfaite harmonie ! Nous pourrions l’être sur beaucoup d’autres sujets si vous examiniez les avantages que le Canada pourrait tirer de l’indépendance du Québec. Mon ami et ancien collègue Reed Scowen a fait cette intéressante démarche dans un livre intitulé Time to Say Goodbye.

Beaucoup de politiques qui pourraient être salutaires pour le Canada sont rendues impossibles par l’opposition constitutionnelle perpétuelle et justifiée du Québec gouverné par les libéraux comme par les péquistes : politiques nationales de l’éducation, de la santé, des jeunes délinquants, des valeurs mobilières et j’en passe. Si vous n’étiez pas entravé par cette constitution, dont Trudeau a dit « qu’elle durerait mille ans », la gestion de votre pays serait plus efficace et plus facile. Et avec des gouvernements majoritaires en plus…

Enfin, quand vous parlez de l’Ontario, de la Colombie-Britannique et des États américains, en référence au Québec, vous oubliez un facteur vital : aucune de ces entités n’est une nation.

J’ai apprécié notre discussion et j’aimerais la continuer  « face à face »  autour d’une bonne table, chez moi à Verchères, le long du Saint-Laurent, où j’aimerais beaucoup vous accueillir.

NS: First of all, recalling our very enjoyable dinner in Montreal a few years ago, I will gladly accept your invitation to partake of another chez vous. As I hope you will accept mine, on the Pacific Coast, where we’ve been enjoying one of the most beautiful summers in my lifetime. And lest I be accused of rubbing it in, let me add that this is the way it goes in Canada: some years we’re up – be it the weather or the economy – some years you are, but together we have one of the most peaceful and prosperous and beautiful countries on the face of the Earth.

In the meantime, Canada will be negotiating two important international agreements: the successor to Kyoto and free trade with the EU. These will be difficult negotiations with countries that will be seeking to maximize their national interests.

In these negotiations, Western provinces will have to sacrifice some of their interests to help realize Quebec’s objective of free trade, and Quebec will have to respect the interests of Western provinces in the climate change negotiations. No province will get everything it wants, which will make Ottawa’s job difficult, but not impossible, if we all get behind our national government – and if we all understand that solidarity among Canadians calls for no less. As to your claim that Quebec is a nation – that’s not quite right. The Parliament of Canada has recognized that the Québécois form a nation within a united Canada – just as we recognize that indigenous peoples in Canada form nations: First Nations, as it were. But we no more believe that First Nations – including those in Quebec – should become independent countries, than we do in the case of Quebec, one of Canada’s 10 provinces – distinct from the others in many respects, just as Newfoundland is distinct from British Columbia, but a province that is unique in our hearts because of its language and culture.

bioline

Bernard Landry a éte ministre dans tous les gouvernements du Parti Québécois, puis premier ministre du Québec.

Norman Spector is a former chief of staff to Canadian Prime Minister Brian Mulroney, as well as a former academic, federal and provincial deputy minister, ambassador and newspaper publisher. He writes for The Globe and Mail and Le Devoir.

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