Le Temps de la guerre douce

FEATURES | November 7, 2014     

Le temps de la guerre douceEntre Washington et PĂ©kin, PĂ©kin et Tokyo, et Washington et Moscou, tous les coups sont permis, Ă  l’exception de ceux utilisant les arsenaux militaires

Contrairement aux apparences que nous offre l’actualitĂ© et aux idĂ©es reçues qu’elle vĂ©hicule, la notion de guerre entre les grandes puissances serait-elle en train de changer de nature? Pourrait-elle surtout marginaliser le choix des armes, et se porter sur d’autres champs de bataille, propres aux stratĂ©gies de soft power? L’annĂ©e 2014 est marquĂ©e par une recrudescence des conflits et de la violence armĂ©e impliquant Ă  la fois États et acteurs non-Ă©tatiques. De l’est ukrainien Ă  la Libye, en passant par les frappes consĂ©cutives Ă  la crĂ©ation de l’État islamique sur les territoires irakien et syrien, et la reprise de la violence dans la bande de Gaza, l’actualitĂ© internationale est actuellement monopolisĂ©e par cet arc du chaos vers lequel tous les regards se tournent.

Les tensions en Asie orientale, de la CorĂ©e du Nord et ses tirs de missiles aux troubles dans la mer de Chine mĂ©ridionale, en passant par une nouvelle interprĂ©tation de la Constitution pacifiste japonaise et la montĂ©e en puissance militaire chinoise, font craindre le pire et s’ajoutent Ă  cette liste des inquiĂ©tudes. À l’heure des commĂ©morations du centenaire de la PremiĂšre guerre mondiale, nombreux sont ceux qui n’hĂ©sitent plus Ă  mettre en garde contre la possibilitĂ© d’une TroisiĂšme guerre mondiale avec tous les excĂšs que cela suppose, comparant volontiers l’Ukraine aux SudĂštes, tirant la sonnette d’alarme sur un inquiĂ©tant retour de l’antisĂ©mitisme sur fond de choc des cultures, et jugeant inĂ©luctable un conflit entre la Chine et le Japon, et tout aussi inĂ©luctable un engagement des États-Unis en soutien de son principal alliĂ© asiatique. Bref, l’histoire serait en train de se rĂ©pĂ©ter.

Certes, les conflits actuels nous rappellent, une fois de plus, que l’angĂ©lisme qui a suivi la fin de la Guerre froide et les thĂšses sur la fin de l’histoire et un nouvel ordre mondial Ă©taient dĂ©placĂ©s. De la mĂȘme maniĂšre, les chantres de la mondialisation et d’un libĂ©ralisme Ă©conomique comme ultime rĂ©ponse aux conflits se sont visiblement trompĂ©s sur toute la ligne, tant la mondialisation semble, justement, ĂȘtre Ă  l’origine de nouvelles lignes de fracture et de conflits armĂ©s. Enfin, ceux qui voyaient dans la retraite de l’État la possibilitĂ© d’une diminution des risques de guerre devraient revoir leur copie, car non seulement l’État comme acteur central des relations stratĂ©giques n’a pas disparu, mais aussi et surtout parce que son absence se caractĂ©rise par des manifestations de violence, les consĂ©quences du printemps arabe en Ă©tant sans doute l’exemple le plus manifeste. En clair, la guerre n’a pas disparu, ou plus exactement les guerres font encore et toujours partie de notre actualitĂ©.

Cette rĂ©sistance des conflits armĂ©s en ce dĂ©but du 21e siĂšcle est cependant l’arbre qui cache la forĂȘt, et ne saurait masquer une Ă©volution profonde de la dĂ©finition de la guerre. En parallĂšle Ă  des conflits de basse intensitĂ© et des guerres asymĂ©triques qui subsistent et se sont peut-ĂȘtre mĂȘme dans une certaine mesure renforcĂ©s depuis deux dĂ©cennies, les oppositions entre grandes puissances ont progressivement mais irrĂ©sistiblement glissĂ© vers de nouveaux terrains. De fait, n’en dĂ©plaise Ă  ceux qui voient dans la rivalitĂ© Russie-Occident et, plus encore dans le bras-de-fer Washington-PĂ©kin ou les tensions Chine-Japon, les signes avant-coureurs d’une nouvelle guerre froide et pourquoi pas d’un troisiĂšme conflit mondial, ces confrontations entre grandes puissances marginalisent dĂ©sormais de plus en plus le langage des armes, au dĂ©triment de l’économie, de la diplomatie, et plus encore de la capacitĂ© d’influence.

Dans le cas de la compĂ©tition amĂ©ricano-chinoise, la vision dĂ©veloppĂ©e par Robert Gilpin dans son cĂ©lĂšbre ouvrage War and Change in World Politics, selon laquelle la solution la plus courante de tous temps pour inverser les dĂ©sĂ©quilibres entre puissances serait la guerre, et mĂȘme ce qu’il qualifie de guerre hĂ©gĂ©monique, domine encore les perceptions trois dĂ©cennies aprĂšs sa publication. Or, comme tous les indicateurs annoncent que la Chine deviendra premiĂšre puissance mondiale – et donc par la mĂȘme occasion en position d’exercer son hĂ©gĂ©monie – d’ici quelques dĂ©cennies, la guerre serait de fait inĂ©vitable. C’est d’ailleurs une hypothĂšse Ă  laquelle souscrivent Ă  la fois des experts amĂ©ricains et chinois, gĂ©nĂ©ralement associĂ©s aux thĂšses rĂ©alistes, en vertu du principe dĂ©fini par Hans Morgenthau selon lequel «la politique internationale, comme toute politique, est un combat pour la puissance». Les rĂ©alistes chinois n’en pensent pas moins: Ye Zicheng dans son ouvrage Inside China’s Grand Strategy estime ainsi sur cette question que «les États-Unis n’autoriseront pas la Chine Ă  accĂ©der au rang de superpuissance. En consĂ©quence, la puissance Ă©mergente de la Chine conduira inĂ©vitablement Ă  une confrontation Ă  grande Ă©chelle avec les États-Unis». Quelle charmante perspective!

On peut cependant ne pas souscrire Ă  cette approche et au dĂ©terminisme d’une guerre non seulement inĂ©luctable, mais Ă©galement proche, si on tient compte de la rapiditĂ© avec laquelle la Chine monte en puissance. Dans son cĂ©lĂšbre Paix et guerre entre les nations, tout en critiquant au passage l’approche Ă  son sens trop limitĂ©e des relations internationales offerte par les auteurs rĂ©alistes (en particulier amĂ©ricains), Raymond Aron distingue des systĂšmes dits homogĂšnes et hĂ©tĂ©rogĂšnes, expliquant que les «systĂšmes homogĂšnes [sont] ceux dans lesquels les États appartiennent au mĂȘme type, obĂ©issent Ă  la mĂȘme conception du politique. [Il] appelle hĂ©tĂ©rogĂšnes, au contraire, les systĂšmes dans lesquels les États sont organisĂ©s selon des principes autres et se rĂ©clament de valeurs contradictoires». VoilĂ  une parfaite dĂ©finition d’une multipolaritĂ© dans laquelle la Chine aurait une place centrale, et voilĂ  une dĂ©finition encore plus exacte d’un systĂšme dans lequel les États-Unis et la Chine rivaliseraient, mais en cohabitant malgrĂ© tout. Les diffĂ©rences entre les deux pays sont en effet innombrables, et portent sur tous les sujets, ce qui impose une grande prudence dans la maniĂšre avec laquelle nous devons apprĂ©hender et tenter de dĂ©crypter la relation amĂ©ricano-chinoise.

De fait, parce qu’elle est plus complexe que toutes les relations qui ont concernĂ© les grandes puissances par le passĂ©, parce qu’elle est Ă  la fois d’une grande proximitĂ© et emprunte d’une mĂ©fiance rĂ©ciproque qui invite nĂ©cessairement Ă  la prudence, Ă  PĂ©kin comme Ă  Washington, parce que les deux pays sont Ă  la fois si diffĂ©rents et si interdĂ©pendants, parce qu’elle pourrait potentiellement ĂȘtre d’une grande violence mais Ă©vitera tant que possible de basculer en conflit armĂ©, la relation entre les États-Unis et la Chine est une guerre pacifique qui impose de nouvelles grilles de rĂ©flexion. Elle impose aussi et surtout de nouveaux comportements qui cohabitent avec les anciens modes de pensĂ©e issus pour la plupart de la Guerre froide, mais qui seront amenĂ©s Ă  les remplacer. Les signes de cette nouvelle forme de confrontation ne manquent pas, et montrent Ă  quel point la rivalitĂ© entre les deux pays est Ă  la fois plus large que la compĂ©tition stratĂ©gique, et indique en mĂȘme temps que les risques de confrontation armĂ©e relĂšvent jusqu’ici en bonne partie de la rhĂ©torique.

Les rĂ©centes critiques de l’Association amĂ©ricaine des professeurs d’universitĂ© Ă  l’égard des Instituts Confucius, vĂ©ritables fers de la lance de la stratĂ©gie de soft power de la Chine depuis une dizaine d’annĂ©es, et actuellement prĂ©sents dans plus de 120 pays, sont assez inhabituelles et Ă  la fois symptomatiques d’une nouvelle forme de confrontation. Pour comparaison, c’est un peu comme si les universitaires amĂ©ricains appelaient au boycott des Alliances françaises ou des Instituts Goethe. Ces critiques sont Ă©galement et surtout rĂ©vĂ©latrices de ce que sont devenus les rapports de force entre grandes puissances. Les universitaires amĂ©ricains reprochent Ă  leurs homologues chinois une promotion tous azimuts de la culture chinoise, et cherchent de maniĂšre assez explicite Ă  en limiter la portĂ©e, en invitant les structures d’accueil Ă  cesser toute coopĂ©ration. C’est une position qui semble faire Ă©cho aux critiques de l’occidentalisation de la Chine formulĂ©es de maniĂšre rĂ©pĂ©tĂ©e et tout aussi explicite par les dirigeants chinois – une position qui rappelle Ă©galement Ă  quel point les deux pays sont engagĂ©s dans une rivalitĂ© qu’on retrouve sur les questions du commerce extĂ©rieur, de la finance, de la dĂ©localisation, de la dette, de l’emploi 
 et donc de maniĂšre presque naturelle sur les questions culturelles.

Prenons deux exemples qui illustrent l’importance de ces nouveaux facteurs au niveau politique dans les deux pays. Lors de la campagne prĂ©sidentielle amĂ©ricaine de 2012, qui opposa Barack Obama Ă  Mitt Romney, la Chine fut omniprĂ©sente, et d’une certaine maniĂšre accusĂ©e de tous les maux dont souffrent les États-Unis, par les RĂ©publicains comme par les DĂ©mocrates. Les deux adversaires ne dĂ©signĂšrent jamais PĂ©kin comme un adversaire stratĂ©gique – Mitt Romney citant ouvertement la Russie comme principal rival de Washington est l’exemple le plus significatif – mais sur les questions Ă©conomiques en particulier, les rĂ©fĂ©rences Ă  la Chine furent incessantes. CĂŽtĂ© chinois, on relĂšve la mĂȘme obsession quand le Parti communiste attend le rĂ©sultat des Ă©lections amĂ©ricaines pour lancer son CongrĂšs en novembre 2012, ou quand les dirigeants se lancent dans les critiques acerbes de ce qu’ils qualifient d’occidentalisation – pour ne pas dire amĂ©ricanisation – de la Chine. Ajoutons Ă  cela les accusations de part et d’autres sur les manipulations monĂ©taires, les diffĂ©rends Ă  l’OMC, et une rivalitĂ© qui se traduit par de multiples luttes d’influence en Asie du Sud-est, en Afrique ou en AmĂ©rique latine, au point que le risque de voir deux modĂšles de dĂ©veloppement et de gouvernance semble nettement plus Ă©levĂ© qu’une confrontation armĂ©e qui reste trĂšs hypothĂ©tique.

Ces confrontations dans lesquelles le poids des Ă©conomies, la diplomatie publique et les stratĂ©gies d’influence sont plus importantes que les effectifs militaires peuvent ĂȘtre qualifiĂ©es de guerres douces (soft wars) en rĂ©fĂ©rence Ă  la puissance douce (soft power) conceptualisĂ©e par le politologue amĂ©ricain Joseph Nye, et qui a fait depuis deux dĂ©cennies des Ă©mules dans le monde entier. Washington et PĂ©kin en sont les principaux acteurs, et leurs diffĂ©rends Ă©clatent au grand jour sur quasiment tous les sujets, Ă  l’exception notable des stratĂ©gies militaires oĂč les deux pays n’ont ni l’intĂ©rĂȘt, ni la volontĂ©, de pousser trop loin leurs positions. La Chine fut mĂȘme en juillet 2014 invitĂ©e par les États-Unis, pour la premiĂšre fois en plus de 40 ans, Ă  participer aux gigantesques manƓuvres militaires dans l’ocĂ©an Pacifique connues sous le nom de RIMPAC, Ă©vĂ©nement certes moins mĂ©diatisĂ© que le petit accrochage (ou presque) entre deux avions militaires amĂ©ricain et chinois au large de Hainan en aoĂ»t, mais dont la portĂ©e est nettement plus grande.

Le bras de fer entre les deux pays n’est ainsi en rien comparable Ă  ce que fut, par exemple, la Guerre froide. Il est Ă  la fois moins frontal (pas de plans stratĂ©giques publics officiellement dirigĂ©s l’un contre l’autre) et considĂ©rablement Ă©largi, en intĂ©grant comme nous l’avons notĂ© une multitude de terrains d’affrontement. D’une certaine maniĂšre, comme la guerre au sens classique aurait des consĂ©quences dĂ©vastatrices pour les deux pays, ils choisissent d’autres champs de bataille. Si la guerre douce marginalise l’importance des forces armĂ©es, elle n’en perd pas nĂ©cessairement en intensitĂ©. C’est mĂȘme tout le contraire. À PĂ©kin, les critiques du consensus de Washington sont, comme cette critique des Instituts Confucius, d’une rare violence, ce qui incite de nombreux observateurs Ă  prĂ©dire l’avĂšnement d’un «consensus de PĂ©kin». Nous dirons, Ă  la Clausewitz, qu’il s’agit d’une «continuation de la guerre par d’autres moyens», la guerre au sens propre du terme devenant de plus en plus improbable. Cette nouvelle maniĂšre de concevoir les rivalitĂ©s entre grandes puissances n’élimine enfin pas totalement les risques de confrontation armĂ©e, et il suffit Ă  cet Ă©gard de relever les innombrables rapports du Pentagone sur la montĂ©e en puissance militaire de la Chine, ainsi que la rĂ©alitĂ© d’un budget de dĂ©fense en forte hausse depuis une quinzaine d’annĂ©es.

Le temps de la guerre douce doit Ă©galement s’accommoder aux comportements et postures des dirigeants qui s’adaptent parfois difficilement aux nouvelles rĂ©alitĂ©s, et continuent de miser sur la force militaire en pensant qu’elle reste l’ultime attribut de la puissance, ou le meilleur garant de la sĂ©curitĂ©. Et il ne faut pas oublier que si la possibilitĂ© d’une guerre entre les deux pays semble excessive compte tenu de ses consĂ©quences et de son caractĂšre contre-productif, les escalades portent toujours en elles des facteurs irrationnels qui Ă©clipsent et parfois Ă©cartent la raison, au point de dĂ©gĂ©nĂ©rer bien au-delĂ  de toutes les prĂ©visions. En clair, pour que la «guerre» entre les États-Unis et la Chine reste «pacifique», la vigilance reste de mise et chacun des deux acteurs doit faire preuve de bon sens et de retenue en toute circonstance. Et ce qui vaut Ă  Washington et Ă  PĂ©kin le vaut Ă©galement pour les autres pays et grands acteurs.

En attendant on ne changera pas les vieilles perceptions du jour au lendemain, et les forces armĂ©es restent un outil indispensable, notamment pour faire face aux acteurs moins puissants. Si la guerre entre grandes puissances pourrait appartenir au passĂ©, les guerres asymĂ©triques ont un bel avenir devant elles! Mais si le cas de la relation Washington-PĂ©kin est Ă  la fois le plus dĂ©terminant et la meilleure illustration des prĂ©ceptes de cette guerre douce, elle ne saurait en revendiquer l’exclusivitĂ©. La guerre n’est pas une fatalitĂ©, et encore moins une situation qui s’imposerait aux diffĂ©rents acteurs concernĂ©s sans que ces derniers n’aient le moindre contrĂŽle sur sa conduite autant que sur les conditions prĂ©alables Ă  son dĂ©clenchement. En d’autres termes, ce sont des acteurs – le plus souvent Ă©tatiques, mais on peut Ă©galement imaginer des scĂ©narios dans lesquels des groupes non-Ă©tatiques prennent le relais – qui provoquent la guerre, et dĂ©cident de briser un statu quo qu’ils jugent inappropriĂ© ou inadaptĂ© aux rĂ©alitĂ©s du moment, ou plus simplement encore qu’ils perçoivent comme allant Ă  l’encontre de leur intĂ©rĂȘt.

La guerre devient ainsi une rĂ©alitĂ© quand au moins un acteur la provoque, manifestant ainsi son souhait d’en dĂ©coudre militairement. Dans ce registre, les postures continuent de s’appuyer sur un discours de fermetĂ©, voire d’intransigeance, mais les conditions justifiant que des grandes puissances aient recours aux forces armĂ©es pour s’affronter sont de plus en plus difficiles Ă  remplir. Ajoutons Ă  cela ladite interdĂ©pendance, trĂšs souvent Ă©voquĂ©e dans le cas de la relation Washington-PĂ©kin, mais non moins Ă©vidente si on regarde de prĂšs les relations entre d’autres grandes puissances pourtant frĂ©quemment qualifiĂ©es de rivales et supposĂ©ment au seuil de la guerre, comme la Chine et le Japon. De plus en plus montrĂ©s du doigt pour leur posture guerriĂšre, ces deux pays n’en demeurent pas moins Ă©troitement associĂ©s sur le plan Ă©conomique, notamment dans le cadre de nĂ©gociations sur la mise en place d’un accord de libre-Ă©change. PĂ©kin et Tokyo se livrent une lutte d’influence et de leadership en Asie, dans laquelle l’importance accordĂ©e aux forces armĂ©es semble relever plutĂŽt de la rhĂ©torique nationaliste que d’une vĂ©ritable ambition stratĂ©gique. Sans doute est-il normal que ces deux puissances se montrent mĂ©fiantes l’une de l’autre, le poids du passĂ© Ă©tant toujours trĂšs prĂ©sent dans cette relation. Mais sans doute aussi est-il trĂšs excessif, voire dĂ©placĂ©, de considĂ©rer qu’elles sont au seuil de la guerre, surtout si on considĂšre que cette derniĂšre serait dĂ©clenchĂ©e par un diffĂ©rend de longue date sur les Ăźles Senkaku/Diaoyu qui, Ă  dĂ©faut d’agiter les milieux nationalistes chinois et japonais, ne justifie rationnellement pas un conflit Ă  grande Ă©chelle.

La rationalitĂ©, voilĂ  la piqure de rappel que doivent constamment s’administrer les dirigeants des grandes puissances afin d’éviter des escalades inconsidĂ©rĂ©es ou des incidents qui dĂ©gĂ©nĂšrent en accidents. Dans les perceptions et les comportements entre grandes puissances, les mĂ©canismes d’un autre Ăąge et les vieux fantasmes ne disparaissent pas, et sans doute ne disparaĂźtront-ils jamais complĂštement. Et certains seront toujours tentĂ©s, pour des raisons de politique intĂ©rieure ou de prestige, de les agiter. Mais ils ne suffisent plus Ă  eux seuls pour caractĂ©riser les relations entre grandes puissances rivales, qui associent dĂ©sormais interdĂ©pendance et extension du domaine de leurs luttes. Des puissances structurelles pourrait-on conclure, dont la force de frappe ne se compte pas en nombre de blindĂ©s et d’avions de chasse, mais en capacitĂ© d’influence et de persuasion. Bienvenue au temps de la guerre douce, oĂč tous les coups sont permis, Ă  l’exception notable de ceux utilisant les arsenaux militaires.

bioline

BarthĂ©lĂ©my Courmont est chercheur-associĂ© Ă  l’Institut de relations internationales et stratĂ©giques (Paris), directeur-associĂ© Ă  la Chaire Raoul-Dandurand en Ă©tudes stratĂ©giques et diplomatiques (UniversitĂ© du QuĂ©bec Ă  MontrĂ©al), et rĂ©dacteur en chef de Monde chinois, nouvelle Asie. Il a rĂ©cemment publiĂ© Une guerre pacifique: La confrontation PĂ©kin-Washington.

(Illustration: Russell Cobb)

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