Le Québec, Ottawa et le monde
“Given the resurgence of the modern state (i.e., the state is back, so to speak), isnât it time that Quebec conceded that Ottawa is the rightful senior player in Canadian foreign affairs?”
Landry: « Lâinternationale sera le genre humain », chantaient les communistes bien avant la mondialisation. Dâune certaine maniĂšre â pas celle quâils souhaitaient â ils ont eu raison. Mais cette mondialisation nâest pas acceptable sans ĂȘtre gĂ©rĂ©e par des organisations internationales fortes. Pour quâil y ait « une table des nations », il faut des nations. Ainsi lâon pourrait dire Ă©galement que « le national sera le genre humain ». Le QuĂ©bec est lâune des seules nations capables de siĂ©ger dans les instances mondiales Ă ne pas y ĂȘtre encore prĂ©sent. Comme les autres nations, pour servir ses intĂ©rĂȘts nationaux et ceux de la planĂšte, il a le devoir dây ĂȘtre.
La taille de la population nâest pas un facteur dĂ©terminant. Le Canada siĂšge Ă lâONU aux cĂŽtĂ©s de la Chine qui a une population 40 fois plus importante. Le QuĂ©bec y siĂ©gerait avec une population Ă©gale Ă celle de lâAutriche, et deux fois plus importante que celle de lâIrlande. En quoi le Canada reprĂ©senterait-il mieux le QuĂ©bec que le QuĂ©bec lui-mĂȘme, en particulier en regard des importantes questions linguistiques et culturelles, ou nos positions trĂšs diffĂ©rentes en matiĂšres environnementales, pour nâen mentionner que deux parmi tant dâautres ? Les 27 pays membres de lâUnion europĂ©enne, qui nâest ni une fĂ©dĂ©ration ni une confĂ©dĂ©ration, sont membres Ă part entiĂšre des organisations internationales. Suivant la logique de M. Spector (en appuyant la proposition), lequel dâentre eux serait prĂȘt Ă sâen retirer et fermer ses ambassades Ă travers le monde? La nation quĂ©bĂ©coise a droit, pour les mĂȘmes raisons quâeux, de jouir dâun statut international complet et reconnu.
Spector: It is true, as Mr. Landry observes, that Canada sits with China in the UN General Assembly, as does Austria, and as would Quebec if it were an independent country. But itâs also true that Canada sits with China at G20 meetings, and that Austria does not. Nor would an independent Quebec have a seat at the G7 (and the G8), as does Canada.
In any case, for the foreseeable future, Quebec will continue to be part of Canada. As such, it benefits from Canadaâs representation in the above fora. The province also benefits from Canadaâs greater weight in international trade negotiations â be it in the case of the US FTA and NAFTA, or in the recently opened negotiations for a free trade agreement with the EU.
In this case, the Government of Quebec understands that, unless Ottawa delivers provincial agreements to open up provincial procurement to EU firms, there will be no agreement with the Europeans. As the negotiations unfold, and the difficulty of obtaining provincial consent becomes clearer, perhaps the Government of Quebec will explain these facts of life to the Québécois.
Landry: Les G20 et  G8 sont des forums de discussions utiles et fĂ©condes mais sans structures vĂ©ritables ni pouvoirs dĂ©cisionnels. Toutes proportions gardĂ©es, ils ressemblent au forum de Davos auquel jâai participĂ© souvent comme ministre du gouvernement quĂ©bĂ©cois et oĂč jâai rencontrĂ© plus de dĂ©cideurs politiques quâils sâen trouvent au G20 et au G8. Plusieurs pays trĂšs prospĂšres sont dâailleurs absents de ces derniĂšres rencontres et nâen souffrent aucunement.
Le choix de la nation quĂ©bĂ©coise est simple : ĂȘtre membre Ă part entiĂšre de lâONU, de lâOMC, du FMI, du BIT, de lâOMS, tout en renonçant Ă ĂȘtre reprĂ©sentĂ©e par le Canada aux rencontres annuelles du G6, 7 ou 20 ! Rien quâĂȘtre membre de lâOCDE comme la SuĂšde, la Suisse ou lâIrlande, est dĂ©jĂ beaucoup plus sĂ©duisant que dâentendre le premier ministre du Canada parler en notre nom oĂč que ce soit.
M. Spector, vous qui avez Ă©tĂ© diplomate. Demandez donc Ă vos contacts en IsraĂ«l, en Irlande, en Suisse ou en SuĂšde ce quâils feraient Ă Â la place du QuĂ©bec devant une telle option.
En tout respect pour le Canada, il est clair que les intĂ©rĂȘts de la nation quĂ©bĂ©coise seraient mieux dĂ©fendus par ses propres Ă©lus que par ceux dâune autre nation qui, prĂ©cisĂ©ment parce que dĂ©mocratique, dĂ©fend dâabord les intĂ©rĂȘts de la majoritĂ©. Lâenvironnement en donne un exemple impressionnant. Comment un des premiers de la classe en ce domaine, le QuĂ©bec, pourrait-il ĂȘtre mieux reprĂ©sentĂ© Ă Kyoto par le Canada, un des premiers pollueurs du monde, que par lui-mĂȘme ? Quand Ă lâaccord avec lâEurope, si le QuĂ©bec Ă©tait indĂ©pendant il serait dĂ©jĂ signĂ© depuis longtemps, comme lâa dĂ©jĂ fait le Mexique. Le Canada nous a retardĂ©s de ce point de vue comme dans beaucoup dâautres dossiers internationaux. Il sert dâabord, ce qui est normal, ses propres intĂ©rĂȘts.
Spector: To date, youâve been unable to persuade your fellow Quebeckers that theyâd be better off in an independent country; indeed, current polls suggest that support for your option has declined. Moreover, you and your colleagues recently suffered an international setback when French President Nicolas Sarkozy observed that the last thing the world needs is greater division.
For the foreseeable future, therefore, Quebec will continue to be part of Canada â one of the most peaceful and prosperous countries in the world â as it has been for 142 years.
As such, Quebeckers will continue to have a voice at the G8 and G20, institutions that most countries in the UN would give their eyeteeth to be at. Quebeckers will have a chance of securing free trade with the EU, which wants access to the Alberta and Ontario markets as much, if not more, than it wants access to the Quebec market. As for the environment, the world has few lessons to take from Quebec, as Nobel Prize winner Jean-Marie Gustave Le ClĂ©zio recently observed in Le Monde in relation to the provinceâs hydroelectric projects.
Landry: De la marginalitĂ© en 1970, les indĂ©pendantistes sont passĂ©s Ă 40 pour cent en 1980 et Ă presque 50 pour cent en 1995, malgrĂ© les fautes dâĂ©thique fĂ©dĂ©rales avouĂ©es par Chuck GuitĂ© et Jean Pelletier. Aujourdâhui les sondages leur donnent 47 pour cent (contre 40 pour cent en 1994) et la campagne nâest pas commencĂ©e. Cela sâappelle une progression dĂ©mocratique.
Quant Ă Sarkozy, son premier ministre, son ministre de la Francophonie et lâancien premier minisre Raffarin ont tous dĂ©clarĂ© quâil avait Ă©tĂ© mal interprĂ©tĂ©. Lui-mĂȘme a rectifiĂ© le tir dans une lettre Ă Pauline Marois et Gilles Duceppe. Il a parlĂ© des « amis canadiens » et des « frĂšres quĂ©bĂ©cois ». IntĂ©ressant aussi de noter que lâimmense majoritĂ© des AmĂ©ricains souhaite que leur gouvernement reste Ă lâĂ©cart de notre dĂ©bat.
Pour le libre Ă©change, je ne vois pas le rapport. Le monde entier ou presque veut la fluiditĂ©. Le Canada la recherche mĂȘme avec la Colombie. Ne pas oublier dâailleurs que câest le QuĂ©bec, par son appui massif, qui a entraĂźnĂ© le Canada dans le premier traitĂ© avec les Ătats-Unis.
Pourquoi dĂ©fendre encore cette thĂšse indĂ©fendable quâune nation, pour ĂȘtre reprĂ©sentĂ©e par une autre au G20, renoncerait Ă ĂȘtre membre du G192, comme Ban Ki-moon appelle lâAssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations Unies ?
Enfin, Jean-Marie Le ClĂ©zio dĂ©nonçant un projet hydraulique, approuvĂ© par referendum par les Innus, a dĂ©crit Hydro-QuĂ©bec comme une « mutinationale capitaliste »!!! Il est facile dâimaginer ce que ce grand littĂ©raire pourrait Ă©crire au sujet des sables bitumineux…
Spector: You and I may be right about the future of Quebec â and you and I may be wrong: after all, there are no facts in the future. Insofar as the negotiation of free trade with the EU and a successor treaty to Kyoto are concerned, Canada will be negotiating on behalf of all Canadians, including Quebeckers.
In the context of these two negotiations, Quebec will play the same role as Ontario and British Columbia, which means that it will have greater influence than American states. In both cases, however, it will be Canada and the US that sign any agreements that may be concluded.
Quebec has recognized this fact of life by repeatedly criticizing and seeking to influence Ottawaâs negotiating position on climate change â which is the only position that matters on the northern half of the continent â and by urging Ottawa to open free trade negotiations with the EU. One can expect this internal Canadian dynamic to continue, particularly since the EU has made it clear that provinces must open up their procurement in any free trade agreement. Quebec may wish that it were otherwise, but only Ottawa has the means to persuade reluctant provinces such as Alberta and British Columbia, if it comes to that.
Landry: En reconnaissant que ni lâun ni lâautre ne sommes des prophĂštes nous sommes enfin en parfaite harmonie ! Nous pourrions lâĂȘtre sur beaucoup dâautres sujets si vous examiniez les avantages que le Canada pourrait tirer de lâindĂ©pendance du QuĂ©bec. Mon ami et ancien collĂšgue Reed Scowen a fait cette intĂ©ressante dĂ©marche dans un livre intitulĂ© Time to Say Goodbye.
Beaucoup de politiques qui pourraient ĂȘtre salutaires pour le Canada sont rendues impossibles par lâopposition constitutionnelle perpĂ©tuelle et justifiĂ©e du QuĂ©bec gouvernĂ© par les libĂ©raux comme par les pĂ©quistes : politiques nationales de lâĂ©ducation, de la santĂ©, des jeunes dĂ©linquants, des valeurs mobiliĂšres et jâen passe. Si vous nâĂ©tiez pas entravĂ© par cette constitution, dont Trudeau a dit « quâelle durerait mille ans », la gestion de votre pays serait plus efficace et plus facile. Et avec des gouvernements majoritaires en plusâŠ
Enfin, quand vous parlez de lâOntario, de la Colombie-Britannique et des Ătats amĂ©ricains, en rĂ©fĂ©rence au QuĂ©bec, vous oubliez un facteur vital : aucune de ces entitĂ©s nâest une nation.
Jâai apprĂ©ciĂ© notre discussion et jâaimerais la continuer « face Ă face » autour dâune bonne table, chez moi Ă VerchĂšres, le long du Saint-Laurent, oĂč jâaimerais beaucoup vous accueillir.
Spector: First of all, recalling our very enjoyable dinner in Montreal a few years ago, I will gladly accept your invitation to partake of another chez vous. As I hope you will accept mine, on the Pacific Coast, where weâve been enjoying one of the most beautiful summers in my lifetime. And lest I be accused of rubbing it in, let me add that this is the way it goes in Canada: some years weâre up â be it the weather or the economy â some years you are, but together we have one of the most peaceful and prosperous and beautiful countries on the face of the Earth.
In the meantime, Canada will be negotiating two important international agreements: the successor to Kyoto and free trade with the EU. These will be difficult negotiations with countries that will be seeking to maximize their national interests.
In these negotiations, Western provinces will have to sacrifice some of their interests to help realize Quebecâs objective of free trade, and Quebec will have to respect the interests of Western provinces in the climate change negotiations. No province will get everything it wants, which will make Ottawaâs job difficult, but not impossible, if we all get behind our national government â and if we all understand that solidarity among Canadians calls for no less. As to your claim that Quebec is a nation â thatâs not quite right. The Parliament of Canada has recognized that the QuĂ©bĂ©cois form a nation within a united Canada â just as we recognize that indigenous peoples in Canada form nations: First Nations, as it were. But we no more believe that First Nations â including those in Quebec â should become independent countries, than we do in the case of Quebec, one of Canadaâs 10 provinces â distinct from the others in many respects, just as Newfoundland is distinct from British Columbia, but a province that is unique in our hearts because of its language and culture.
Bernard Landry a éte ministre dans tous les gouvernements du Parti Québécois, puis premier ministre du Québec.
Norman Spector is a former chief of staff to Canadian Prime Minister Brian Mulroney, as well as a former academic, federal and provincial deputy minister, ambassador and newspaper publisher. He writes for The Globe and Mail and Le Devoir.










