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La zone euro se stabilisera-t-elle en 2011?

Winter 2011 Strategic Futures

La zone euro se stabilisera-t-elle en 2011?

Thomas Klau

«Oui, si les leaders européens font preuve de courage politique et mettent en oeuvre leurs promesses d’avancées substantielles vers la création d’une véritable union économique européenne. L’année 2010 a montré que l’union monétaire européenne ne sera viable que si elle repose sur une intégration économique plus poussée nécessitant à son tour davantage d’intégration politique. Les pays de la zone euro doivent mettre en commun une partie de leur pouvoir budgétaire, soit en faisant de Bruxelles l’autorité de contrôle suprême, soit en créant un budget européen suffisamment fort – la première option étant actuellement celle que favorisent presque tous les États membres. Il est essentiel par ailleurs de doter l’Union européenne d’un mécanisme de gestion de crise fort doublé d’une gouvernance politique ambitieuse permettant d’harmoniser suffisamment les politiques budgétaires, mais aussi macroéconomiques, y compris certaines politiques fiscales et sociales – condition sine qua non à terme pour légitimer les transferts de ressources en cas de crise. L’année 2011 sera celle de la stabilisation si la volonté politique européenne réussit à créer ce nouveau cadre de gouvernance.

Les violents débats qui ont agité l’Union européenne en 2010, avec une Allemagne quittant son rôle de moteur européen pour devenir un pays freinant les avancées politiques, ont démontré que la création d’une union économique sera tout sauf facile. C’est du reste une des ironies de l’histoire européenne récente que la crise la plus sévère frappant la construction européenne depuis des décennies ait éclaté précisément dans un des seuls domaines politiques auxquels le Traité de Lisbonne n’apporte pratiquement aucune réforme et aucune avancée d’intégration. Quand Lisbonne est entré en vigueur, l’immense majorité des observateurs et des politiciens pensait que le nouveau cadre juridique et politique de l’Union européenne était fixé pour des années, voire des décennies. En très peu de mois, la crise de l’euro a dynamité cette illusion. L’Union européenne d’aujourd’hui reste un ensemble qui n’a pas encore atteint de point d’équilibre politique et constitutionnel, et qui doit renforcer la mise en commun de souveraineté si elle veut survivre et prospérer dans le monde des grandes puissances compétitives qui marque ce début du 21e siècle».

» Thomas Klau est chef du bureau de Paris du Conseil européen des relations étrangères. Il a rédigé avec François Godement un rapport récent: Au-delà de Maastricht – un nouveau pacte pour la zone euro.

Fabian Zuleeg

“Despite the tentative global recovery that took hold in 2010, last year turned out to be a difficult one for the Eurozone. After much pressure from the markets, in the end, not only did the Eurozone (together with the IMF) have to bail out Greece in May – followed by Ireland in November – the economic crisis clearly highlighted the deficiencies of Europe’s Economic and Monetary Union (EMU): an inability to prevent member-states from pursuing unsustainable policies and the incompleteness of the ‘economic union’ element of EMU. To address the underlying causes of the crisis, the EU has started a reform process of its economic governance, while at the same time the countries at the centre of the crisis – Greece, Ireland, but also Portugal and Spain – have introduced economic reforms and fiscal consolidation measures. While markets remained jittery, the situation seemed to have calmed somewhat at the beginning of 2011: both Spain and Portugal managed to sell a significant number of bonds at auction – albeit with increased spreads – thereby increasing the cost of financing their debt. Will this seeming calm in the markets persist in 2011? And what are the ongoing challenges for the Eurozone in 2011?

Predicting the movement of the markets is almost impossible. While there are serious concerns over the long-term economic prospects for Portugal, these apply to a much lesser extent for Spain. It seems clear that recent market developments are not necessarily driven by a realistic assessment of the underlying risks, but also that speculation and herd mentality play a role. This makes the situation very volatile, with a high risk that the Eurozone will see another attack on the sovereign debt of one of its members – most likely centred on Portugal.

But even if the markets remain calm in 2011, the Eurozone has not yet done enough to deal with the long-term causes of the crisis. The reform programmes and fiscal consolidation measures in the individual member states are necessary, and should produce some long-term results. The proposals for improved economic governance and a crisis mechanism at the European level should also help if they are implemented in a timely way. However, more needs to be done to deal with the increasing divergence between Eurozone members. This divergence was at the heart of the Euro crisis, with the weaker economies falling behind in terms of competitiveness, productivity and growth, and with significant current account imbalances. The situation is being aggravated by the crisis: while some countries are having a strong recovery – for example, Germany, which grew by 3.6 percent in 2010 – the weaker economies are falling further behind.

If there is no decisive move to address these fundamental imbalances – for instance, through an acceleration of European support for investments into future growth – it is likely that these imbalances will continue to grow. While the markets might stabilize in the short-run, the long-term outlook of the Eurozone would be worrying.”

» Fabian Zuleeg is the Chief Economist at the European Policy Centre in Brussels.

Farhad Ameli

«Sous le titre évocateur, «2011: les incertitudes d’un monde en convalescence», Adrien de Tricornot écrit dans le Monde Economie du 17 janvier, que «l’année 2011 se présente sous de délicats auspices. La reprise reste incertaine et molle dans les pays développés, et soumise à de forts risques».

L’organisme d’assurance-crédit français, la COFACE, distribue comme chaque année ses bons et mauvais points. Elle reste prudemment optimiste en ce qui concerne la zone euro: si les bons élèves de la classe comme le Luxembourg, la Suède, la Suisse et la Norvège obtiennent la note très prisée de A1 (l’échelle décroissante de notation risques-pays de la COFACE est la suivante: A1, A2, A3, A4, B, C, D), l’Allemagne et la France ne sont plus qu’à un niveau A2 avec une surveillance positive, le Royaume-Uni et l’Italie, quant à eux, se trouvant en plus mauvaise posture avec une appréciation A3. D’autres pays de la zone euro s’enfoncent dans un état beaucoup plus préoccupant (le Portugal et l’Espagne avec A3 et surveillance négative, la Grèce et l’Irlande avec A4).

La zone de turbulences n’étant pas derrière nous, les pays confrontés à une crise de liquidités sont en quête de soutien. Soutien interne à l’Europe d’abord: ce n’est pas un hasard si les ministres des finances de la zone euro réunis à Bruxelles étudient les moyens de renforcement du fonds de sauvetage des pays en crise. Willem Buiter, économiste en chef de Citigroup, vient même de déclarer aux Echos qu’il fallait porter le Fonds de sauvetage européen à 2 000 milliards d’euros. Les pays de la zone euro pourront-ils réunir une telle somme? Compte tenu du peu de latitude des chefs d’État et de gouvernement et les échéances électorales, rien n’est moins sûr. La solidarité financière entre pays européens sera ainsi mise à rude épreuve. Il faudra pourtant trouver les fonds nécessaires. L’Europe ne peut se payer le luxe d’une faillite d’État.

Il faudra ainsi fatalement se tourner vers les soutiens externes, mais lesquels? Les États-Unis englués dans les méandres de leur propre crise, dont l’issue est aussi incertaine que celle de la zone euro, est incapable d’une quelconque intervention à ce titre. Il reste alors la Chine et l’Inde, mais à quel prix? L’Europe devra-t-elle hypothéquer son avenir déjà bien incertain en livrant de plus en plus ses «secrets de fabrication» – sa technologie – à la Chine pour espérer obtenir une aide précieuse de l’empire du Milieu? Sur la base de ces faits, les perspectives pour l’année 2011 ne semblent guère encourageantes pour la stabilité de la zone euro et ne seront en tout cas pas un long fleuve tranquille».

» Farhad Ameli est professeur de droit à la Sorbonne et Sciences Po, Paris. Il est également associé principal d’un cabinet d’avocats (BEA) basé à Paris.

bioline(Photographie: Barbara Lindberg / Rex Features)
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