De BRIC Ă  BRICS

June 21, 2011     
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En avril dernier, la Chine accueillait les Etats membres du groupe BRIC Ă  l’occasion d’un sommet dans la ville de Sanya. Ce sommet, la troisiĂšme du groupe, rĂ©unissait les grandes Ă©conomies de marchĂ© Ă©mergentes (BrĂ©sil, Russie, Inde et Chine), ainsi que l’Afrique du Sud en tant que tout nouveau membre. Depuis 2009, le groupe BRIC sert de cadre informel pour instaurer un dialogue entre les pays membres. Cependant, d’importantes asymĂ©tries Ă©conomiques et divergences d’intĂ©rĂȘts entre les membres limitent l’influence du groupe et sa pertinence. NĂ©anmoins, ces sommets sont devenus des leviers politiques utiles pour ces pays Ă©mergents qui cherchent Ă  lĂ©gitimer leurs statuts d’acteurs mondiaux puissants et Ă  renforcer leurs positions dans leurs nĂ©gociations avec les pays les plus dĂ©veloppĂ©s.

L’acronyme BRIC fut inventĂ© en 2001 par Jim O’Neill, chercheur Ă  la banque d’affaires Goldman Sachs, dans le but d’attirer l’attention des clients de la banque sur les marchĂ©s Ă©mergents Ă  croissance rapide. Le concept a rapidement commencĂ© Ă  vivre sa propre vie dans l’opinion publique et au sein des dĂ©cideurs, en particulier dans les pays auxquels s’applique l’acronyme. Les dirigeants des quatre Ă©conomies de marchĂ© Ă©mergentes ont organisĂ© un sommet du BRIC en Russie en 2009 et au BrĂ©sil l’annĂ©e suivante. Ces dĂ©marches furent perçues comme une tentative de faire contrepoids Ă  la domination des pays dĂ©veloppĂ©s dans l’économie mondiale, en particulier au soi-disant unilatĂ©ralisme des Etats-Unis. Elles Ă©taient conçues aussi Ă  l’origine comme un vĂ©hicule capable d’appuyer les Ă©conomies de marchĂ© Ă©mergentes dans leur quĂȘte d’influence dans les processus de dĂ©cision Ă  l’échelle mondiale.

Les dĂ©clarations finales des sommets tenus en Russie et au BrĂ©sil ont portĂ© sur un vaste Ă©ventail de questions, telles que la crise financiĂšre mondiale, la reprise Ă©conomique, la rĂ©forme de l’ONU et du Fonds monĂ©taire international (FMI), la coopĂ©ration sur les questions liĂ©es Ă  l’énergie, au changement climatique, au terrorisme et Ă  la sĂ©curitĂ© alimentaire. Le sommet d’avril 2011 en Chine a principalement Ă©tĂ© marquĂ© par l’ajout de l’Afrique du Sud et le changement du nom BRIC pour celui de BRICS. Comme lors des sommets prĂ©cĂ©dents, les questions abordĂ©es ont Ă©tĂ© Ă  nouveau de nature gĂ©nĂ©rale.

Dans leur dĂ©claration commune rendue publique le 14 avril, les participants ont mis en Ă©vidence la multipolaritĂ© du systĂšme international, la mondialisation et l’interdĂ©pendance des Etats dans les relations internationales. Ils ont soulignĂ© leur appui Ă  l’ONU qu’ils considĂšrent comme une institution essentielle pour traiter des questions mondiales. Ils ont Ă©galement plaidĂ©, en termes gĂ©nĂ©raux, pour une rĂ©forme de l’ONU (y compris le Conseil de sĂ©curitĂ©) et pour davantage de pouvoir dĂ©volu aux Ă©conomies de marchĂ© Ă©mergentes suite Ă  une rĂ©forme des institutions internationales.

Pour les dirigeants du BRICS, la crise Ă©conomique actuelle est une preuve Ă©vidente de la vulnĂ©rabilitĂ© du systĂšme financier international. Ils font valoir qu’il faut remodeler la gouvernance mondiale dans le secteur Ă©conomique en y intĂ©grant davantage les Ă©conomies de marchĂ© Ă©mergentes. MĂȘme s’il insiste sur une rĂ©forme du FMI, le groupe BRICS parle du G20 comme d’un forum indispensable qui doit renforcer la gouvernance Ă©conomique mondiale. Les participants pensent que la volatilitĂ© accrue des prix des matiĂšres premiĂšres et le flux Ă©levĂ© de capitaux vers les pays Ă©mergents reprĂ©sentent un risque majeur pour la reprise Ă©conomique mondiale. Parmi les autres sujets abordĂ©s dans la dĂ©claration finale, soulignons que les BRICS soutiennent le dĂ©veloppement de sources d’énergie renouvelable et de l’énergie nuclĂ©aire. Finalement, les participants ont appelĂ© Ă  une plus grande coopĂ©ration dans la lutte contre le changement climatique et rĂ©itĂ©rĂ© leur opposition unanime Ă  l’utilisation de la force pour rĂ©gler des conflits interĂ©tatiques ou autres.

Les pays du BRICS reprĂ©sentent 40% de la population mondiale et, selon les donnĂ©es de la Banque mondiale, ont gĂ©nĂ©rĂ© en 2009 environ 16% du PIB mondial (25% en termes de paritĂ© de pouvoir d’achat (PPA)). Leur part dans les exportations mondiales s’élevait Ă  15,5% et ils importaient 13% des marchandises. La Chine, on s’en doute, occupe une position nettement dominante au sein du groupe. Elle pĂšse prĂšs de la moitiĂ© du PIB du groupe et pour environ les deux tiers des exportations et importations du BRICS. La Chine est le principal partenaire commercial des autres pays du BRICS : la part du commerce extĂ©rieur de l’Inde avec la Chine s’élevait Ă  9%, celle de la Russie avec la Chine Ă©galement Ă  9%, le BrĂ©sil Ă  13%, l’Afrique du Sud Ă  14%. L’Inde, le BrĂ©sil et la Russie occupaient la 9iĂšme, 10iĂšme et 11iĂšme place, respectivement, dans la liste des plus importants partenaires commerciaux de la Chine, alors que l’Afrique du Sud prenait la 23iĂšme place. Le BrĂ©sil et la Russie sont devenus les principaux pourvoyeurs de matiĂšres primaires pour l’économie Chinoise, pendant que la Chine et l’Inde consolide leur fonction de fournisseurs de produits Ă  forte valeur ajoutĂ©e et de services.

Les principales sources de dĂ©saccord au sein du groupe sont les dĂ©sĂ©quilibres commerciaux et l’ouverture des marchĂ©s des pays membres. Les principales plaintes concernent la Chine, qui importe des matiĂšres premiĂšres pour alimenter son industrie secondaire et tertiaire, mais de diverses maniĂšres bloque l’accĂšs aux produits finis sur son marchĂ©. Les partenaires du BRICS recherchent un plus grand Ă©quilibre dans leurs Ă©changes commerciaux avec la Chine. Entre autres choses, l’Inde et le BrĂ©sil demandent que la Chine ouvre davantage son marchĂ© Ă  leurs produits manufacturĂ©s.

L’Inde souhaiterait vendre plus de produits liĂ©s aux technologies de l’information et des produits pharmaceutiques, tandis que le BrĂ©sil s’est trouvĂ© confrontĂ© rĂ©cemment Ă  des problĂšmes inattendus pour la vente de ses avions Embraer. La sous-Ă©valuation du yuan est la plus grande source de mĂ©sentente entre les pays du BRICS puisqu’elle diminue fortement la compĂ©titivitĂ© de pays comme le BrĂ©sil et la Russie. Par exemple, l’apprĂ©ciation du real, monnaie nationale du BrĂ©sil, et l’anxiĂ©tĂ© croissante de certains manufacturiers brĂ©siliens ont convaincu le gouvernement brĂ©silien d’instaurer plus de 30 mesures antidumping contre les produits chinois bon marchĂ©.

Bien que seulement un forum informel, le BRICS se transforme petit Ă  petit en une plate-forme de discussion qui permet aux participants d’obtenir une certaine forme de reconnaissance de leur rĂ©putation et statut grandissants sur la scĂšne internationale et de renforcer leur pouvoir de nĂ©gociation avec les pays industrialisĂ©s. Pour la Chine, le groupe BRICS est un outil au service de sa croissance Ă©conomique et de sa participation de plus en plus frĂ©quente dans la rĂ©solution des questions internationales. La Russie y trouve Ă©galement son compte puisque le groupe BRICS est vu comme un moyen permettant de retrouver son statut de grande puissance internationale. Le BrĂ©sil, de son cĂŽtĂ©, voit le groupe BRICS comme un moyen pour renforcer son leadership sur le plan rĂ©gional.

Tout compte fait, il est peu probable, cependant, que le poids Ă©conomique croissant des pays du BRICS se traduise Ă  court terme en un plus grand poids politique dans la gouvernance mondiale. Sur presque tous les plans, la Chine est nettement beaucoup plus importante que d’autres membres du forum et, consĂ©quemment, disproportionnĂ©e est sa capacitĂ© d’établir les objectifs du groupe. Divergences Ă©conomiques, dissimilitude des systĂšmes politiques, intĂ©rĂȘts diffĂ©rents, parfois mĂȘme irrĂ©conciliables, tous ces facteurs conspirent contre l’ambition du BRICS de construire un bloc viable et unifiĂ© des Ă©conomies de marchĂ© Ă©mergentes. Par exemple, il n’est pas sĂ»r que la Chine, qui est un des cinq membres permanents du Conseil de sĂ©curitĂ© de l’ONU, soutienne le BrĂ©sil et l’Inde dans leur dĂ©sir d’obtenir aussi un siĂšge au Conseil de sĂ©curitĂ©. On peut Ă©galement se demander si les partenaires du BRICS sont en mesure d’aider la Russie Ă  adhĂ©rer Ă  l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Ces contraintes se sont exprimĂ©es dans les formules vagues et gĂ©nĂ©rales des dĂ©clarations communes adoptĂ©es lors des sommets. Les membres du BRICS pourraient en venir Ă  la conclusion qu’il serait plus facile et efficace de procĂ©der Ă  des initiatives ad hoc visant Ă  façonner des positions de force sur des problĂšmes mondiaux spĂ©cifiques. Le groupe BASIC (BrĂ©sil, Afrique du Sud, Inde et Chine), formĂ© Ă  la confĂ©rence de Copenhague en 2009 pour nĂ©gocier un projet d’accord Ă©laborĂ© par les pays industrialisĂ©s, est un exemple de regroupement de pays ayant jouĂ© un rĂŽle de leader sur la question du changement climatique.

En outre, la crĂ©ation de regroupements d’Etats plus Ă©quilibrĂ©s pourrait ĂȘtre mutuellement plus avantageuse et opĂ©rationnelle. Le forum de l’IBSA, commencĂ© en 2003 en vue d’Ă©tablir une coopĂ©ration entre l’Inde, le BrĂ©sil et l’Afrique du Sud, vient ici Ă  l’esprit. Les Ă©conomies de marchĂ© Ă©mergentes devraient diversifier les formes et structures de leurs engagements mutuels (forums, groupes informels, associations, etc.) et davantage les adapter Ă  leurs intĂ©rĂȘts nationaux et leurs besoins. Ces diffĂ©rents types de regroupement devraient ĂȘtre mis Ă  profit en tant qu’instrument de communication, de dialogue et d’interaction entre les pays Ă©mergents. Le BRICS serait un de ces outils parmi d’autres, mais peut-ĂȘtre le plus puissant en raison de son Ă©norme ascendant sur la scĂšne internationale.

Les opinions exprimĂ©es dans ce blogue sont strictement personnelles et ne reflĂštent pas nĂ©cessairement celles de Global Brief ou de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon.

The opinions expressed in this blog are personal and do not necessarily reflect the views of Global Brief or the Glendon School of Public and International Affairs.

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