“The century’s key language(s) will be…

article8Marie Lavoie

les langues de la Chine, si l’on rĂ©fĂšre au poids dĂ©mographique important et grandissant de leurs locuteurs. Alors que le poids du nombre revĂȘt une certaine importance, l’influence comme telle d’une langue ne se mesure pas seulement par le nombre de locuteurs. Il serait donc difficile d’imaginer que la langue anglaise perde son titre de langue universelle des affaires, particuliĂšrement dans le commerce international ainsi que dans l’industrie touristique, tout comme dans le domaine de la science et de la technologie. La langue anglaise n’a-t-elle pas survĂ©cu Ă  la chute de l’empire britannique! Elle est facile Ă  apprendre, Ă  lire et Ă  Ă©crire. Elle est Ă©galement en tĂȘte de liste des langues utilisĂ©es sur Internet. En ce qui a trait au français, son influence demeurera certainement importante dans le domaine des arts et de la culture. Cependant, son Ă©rosion ne pourra ĂȘtre Ă©vitĂ©e qu’avec l’acharnement de certaines institutions et gouvernements».

» Marie Lavoie est professeure aggrĂ©gĂ©e Ă  l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, ainsi que membre de la rĂ©daction de Global Brief.

Qiang Zhang

Chinese – not so fast! One can argue that Chinese, spoken by more than one-fifth of humanity, and designated as one of the six official languages of the UN, is already one of the most important languages in the world. With China’s growing clout in international economics and politics, interest in learning Chinese is increasing around the world, and its global importance seems set to grow much further in the 21st century. However, the use of Chinese in international political, business and academic exchanges remains rather limited, and it is said to be the least used official language at the UN. Chinese is spoken almost exclusively in the Greater China region, and is very difficult for foreigners to learn, which evidently limits its international reach and appeal.

As most learners see Chinese as a language of business, its popularity will largely depend on the business opportunities that China is able to provide and sustain. Learning Chinese may be the thing to do for now, as the Chinese economy is still powering ahead. But China’s growth is already slowing down, and there are growing concerns that the property bubble may burst in the not-too-distant future. If China stops being the ‘Holy Grail’ for international business, the importance of Chinese as a business language will also decline.

Of course, the Chinese government’s policies also matter a great deal. Beijing has been setting up Confucius Institutes to promote Chinese language teaching overseas. At the same time, its censorship of media content and Internet discussions is hampering the free flow of information in the Chinese language. While Chinese has become the second most widely used language on the web, the increasingly sophisticated Great Firewall of China is imposing more and more restrictions on Chinese-language communications, and militates against the language’s influence in the rest of the world. The rise of Chinese as a global language therefore seems well under way, but its long-term prospects depend on whether China’s development is sustainable, and on whether the Chinese people’s freedom of information and expression is respected.”

» Qiang Zhang is the Chinese Media Analyst at the British Broadcasting Corporation (BBC).

Clément Duhaime

Le français, ringard? DĂ©trompez-vous! Alors que certains rĂ©flexes anachroniques peuvent laisser penser que la langue française serait dĂ©passĂ©e et qu’elle ne constituerait plus que le vestige d’un empire dĂ©fait, force est de constater, au contraire, que la langue française n’a jamais Ă©tĂ© autant parlĂ©e, vivante et en phase avec la modernitĂ©. À ceux qui prĂ©tendent que la langue française garderait en elle les marques coloniales de la domination et de l’acculturation, il faut leur rappeler que le dĂ©roulĂ© de l’histoire n’est jamais marquĂ© du sceau indĂ©lĂ©bile d’un dĂ©terminisme tragique. Et lorsqu’une langue Ă©pouse les soubresauts de l’histoire, il n’en demeure pas moins qu’elle ne se retrouve jamais possĂ©dĂ©e par un groupe d’acteurs, ou identifiĂ©e Ă  un pan de l’histoire. L’avenir d’une langue, en gestation permanente, se renouvelle sans cesse. Il est vrai que les enjeux mĂ©moriels portent en eux des plaies douloureuses, dont l’apaisement fait parfois oublier que le dĂ©passement n’est pas synonyme de reniement. La langue française, encore plus que d’autres, empreinte des valeurs d’humanisme, invite Ă  cette dialectique de l’aliĂ©nation et de la libĂ©ration. Ce qui faisait dire Ă  Kateb Yacine que la langue française doit ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme un «butin de guerre», rendant possible l’appartenance revendiquĂ©e, et non pas subie, Ă  une communautĂ© de personnes libres, la francophonie.

Au fond, l’humanitĂ© profonde dont jouit la langue française se rĂ©sume bien dans l’interrogation que porte LĂ©opold SĂ©dar Senghor: «Dans les dĂ©combres du colonialisme, nous avons trouvĂ© cet outil merveilleux – la langue française. La colonisation a Ă©tĂ© une aventure humaine. Comme toute aventure humaine, elle a charriĂ© de la boue et de l’or. Pourquoi ne faudrait-il prendre que la boue et ne pas retenir les pĂ©pites?». Au-delĂ  de ce triomphe sur le passĂ©, il convient Ă©galement d’observer que les nouvelles pages de l’histoire ont laissĂ© place Ă  un monde fragmentĂ© pour les nouvelles gĂ©nĂ©rations. Un monde oĂč les tensions deviennent de plus en plus palpables, entre des logiques gĂ©opolitiques antagonistes qui voient se confronter les rĂȘves d’unilatĂ©ralisme et les mouvements de fragmentation, voire parfois, de repli identitaire. Alors qu’on cĂ©lĂ©brait l’annĂ©e derniĂšre le cinquantenaire des indĂ©pendances africaines, lesquelles s’étaient exprimĂ©es en français, l’actualitĂ© rĂ©cente nous a montrĂ© que c’est aussi dans cette langue que les peuples du Sud de la MĂ©diterranĂ©e ont portĂ© leur revendication d’une sociĂ©tĂ© plus libre, plus juste et plus dĂ©mocratique. C’est le signe que la langue française continue de vĂ©hiculer des valeurs universelles. Elle incarne rĂ©solument l’avenir, en invitant au dialogue des cultures, Ă  l’ouverture sur l’autre, et Ă  l’enrichissement rĂ©ciproque».

» ClĂ©ment Duhaime est Administrateur de l’Organisation internationale de la Francophonie.

Fadi El Abdallah

La langue arabe – mais la langue arabe n’est pas une lingua franca; cette derniĂšre (Ă  l’origine dĂ©signant la langue des francs croisĂ©s) dĂ©signait une pure langue d’usage, d’échanges commerciaux et maritimes, mais aussi militaires et guerriers, nĂ©e de la proximitĂ© crĂ©Ă©e par les croisades et par les voies maritimes mĂ©diterranĂ©ennes. La langue arabe, en revanche, est la langue maternelle et identitaire de 350 millions de personnes habitant des contrĂ©es vastes (14 millions de kilomĂštres carrĂ©s) et extrĂȘmement riches mais, hĂ©las, souvent opprimĂ©es par les dictatures. La modernisation de la langue arabe, Ă  partir du 19e siĂšcle, Ă©tait avant tout littĂ©raire et journalistique. Il a fallu libĂ©rer cette langue des dogmes et lourdeurs de l’usage pour la rendre apte Ă  exprimer un rapport nouveau avec la modernitĂ©. À partir de ce moment, la langue arabe est devenue le lieu d’une revendication identitaire Ă  double face: rejet des dominations turque et europĂ©enne et affirmation de l’idĂ©al de l’existence d’«une» nation arabe. L’appartenance Ă  cette derniĂšre Ă©tant, en rĂ©alitĂ©, dĂ©terminĂ©e par la maĂźtrise de la langue: «est arabe celui qui parle l’arabe», disait dĂ©jĂ  le prophĂšte. À travers les journaux, les radios, les chansons, les films et les feuilletons tĂ©lĂ© (qu’ils soient en arabe «classique» ou en dialectal), une identitĂ© culturelle sous- jacente a Ă©tĂ© rĂ©affirmĂ©e comme espace Ă©conomique et culturel unifiĂ© d’échanges, oĂč les richesses millĂ©naires des populations de la rĂ©gion peuvent Ă  nouveau s’exprimer et circuler. Les nouvelles technologies (chaĂźnes satellites et Internet) n’ont fait que rendre cet espace commun plus accessible Ă  ses habitants. La force de contagion de la rĂ©volution tunisienne dans la rĂ©gion arabe n’est que l’affirmation, dans la sphĂšre politique, de l’existence de cet espace arabe commun oĂč les populations partagent une langue et des espoirs. Par cela, la vague des rĂ©volutions pour la libertĂ© et la dignitĂ© affirme le bien-fondĂ© des organisations rĂ©gionales (la Ligue des États arabes et le Conseil de coopĂ©ration du Golfe) et pourrait les lĂ©gitimer s’ils se mettent Ă  l’écoute des rĂ©clamations des jeunes populations.

La langue arabe est une langue d’ouverture Ă  un monde plus large. Étant la langue du Coran, elle a Ă©tĂ© le «lieu» de la civilisation dite arabo-musulmane (nommĂ©e ainsi car cette langue Ă©tait un vĂ©ritable «melting pot», oĂč se rencontraient des intelligences et des pensĂ©es distanciĂ©es parfois par plusieurs siĂšcles et des milliers de kilomĂštres, allant de l’Inde Ă  l’Al-Andalus, en passant par l’Asie centrale, l’Iran et la Turquie, entre autres). La langue dans laquelle chaque musulman doit prier et procĂ©der aux rites rythmant la vie et la mort constitue une frontiĂšre entre la rĂ©gion arabe et le monde musulman avoisinant. Or, nombreux sont ses mots et formules dĂ©jĂ  intĂ©grĂ©s depuis longtemps dans les autres langues (persane et turque notamment); elle saura recouvrir l’ancienne fonction d’une frontiĂšre: ĂȘtre un port et un pore, lieu de repos et de respiration, donc d’échanges vitaux avec l’entourage. DĂ©sormais, non une lingua franca, mais une langue franche, c’est-Ă -dire libre; qui chante la libertĂ©, la diversitĂ© intrinsĂšque (riche des apports des anciennes langues sĂ©mitiques, berbĂšres et autres) et l’ouverture confiante au monde nouveau».

» Fadi El Abdallah est poĂšte et Ă©crivain libanais. Il occupe actuellement, par intĂ©rim, la position de porte-parole et chef de l’unitĂ© des affaires publiques au sein de la Cour pĂ©nale internationale.

Sam Sasan Shoamanesh

Persian. (‘Persian’ is the correct reference to the language in English, according to the Academy of Persian Language and Literature [ÙŰ±Ù‡Ù†ÚŻŰłŰȘŰ§Ù† ŰČŰšŰ§Ù† و ۧۯۚ ÙŰ§Ű±ŰłÛŒ]). Could it be? Could the tongue of Mowlana (Rumi), Omar Khayyam, Rudaki, Ferdowsi, Sa’adi, Hafez, Jabir ibn Haiyan (Geber), Ibrahim Fazari, Musa Khwarizmi, Razi, Biruni, Ibn Sina (Avicenna), Ibn Haytham (Alhazen), Tusi and, among many others, Abu Nasr Mansur once again rise to prominence on the world stage?

Persian is widely recognized as the language through which a rich body of literature, music, scientific and philosophical thought have entered the annals of intellectual achievements and civilized heritage. The language of the Persian people – belonging to the Indo-European branch of languages – apart from having a considerable influence on neighbouring languages and beyond, was once the lingua franca (lingua persica) of the central part of the Islamic world in the East, as well as in South Asia. After Arabic – the language of the founding Prophet of Islam – Persian was the most important language in the Islamic empire; in particular, during the Abbasid Caliphate and throughout the period referred to as the Islamic Golden Age (ca. 750 CE to 1258 CE) – an era recognized for its opulence and, more importantly, for its great artistic, technological, scientific and intellectual innovations.

While countless dynasties came and went with the winds of time, constant remained the Persian language, which continued to serve as the official and cultural language of state and empire. From the royal courts of the Moghuls – even Marco Polo, during the course of his famous travels, learned and spoke Persian – to the Seljuks and the Ottomans, to name a few, Persian served as the language of the elite, of high culture, and as the official language of the royal court. It was not until the 1840s that English started diminishing the role of Persian – through the vector of British imperialism no less – as an influential language in the region.

Today, Persian (with slight variations of the language) is spoken by approximately 125 million people in Iran, Afghanistan and Tajikistan. This is a conservative estimate, as it does not take into account the diasporic communities spread across the globe, as well as other pockets of Persian speakers in Iraq, Bahrain, Uzbekistan, Azerbaijan, Pakistan, Armenia, Turkmenistan and Israel.

In many ways, Persian has seldom been simply a vernacular language. From the engravings on the walls of Topkapi Palace – the official residence of the Ottoman Sultans – to the pages of the Torah, to pioneering works of science and philosophy, which made their way to medieval Europe, sowing the seeds of European Renaissance (Huntington do tell, what clash of civilizations?), to countless loan-words found in the English language and others, the Persian language and the by-products of Persian thinking have pulsated, and continue to pulsate, in places and in the (sub)consciousness far beyond the territorial boundaries of Persian-speaking lands. One wonders why Persian is not yet an official language of the UN? It should be.

What of the sway of Persian, or for that matter, any other language in today’s world? In an epoch in which soft-power and technology have combined to gradually reshape and repackage international human discourses, it is language capable of ‘selling’ to an increasingly aware world-population that will be triumphant in the 21st century. The age of unilingualism and the dominance of one language over another is spent. What is important in this new global village is that ‘we talk to one another’ – empathetically and with respect.

In the 21st century, the language that will secure a receptive audience is one that offers words capable of transcending cultural, religious and ethnic divides; a language of moderation and rationality; one that advocates peace, tolerance and respect for the dignity of self and the unfamiliar ‘other’; a language through which the arts and free thinking flow and flourish (the conditio sine qua non for high culture, progress and civilization). It will be a language that allows others to speak, have a voice and determine their own destiny — that is a true international language, appealing in its humanity and universal in its reach. Those who embrace this language in this new century will be its winners.”

» Sam Sasan Shoamanesh is Co-Founder and Managing Editor of Global Brief. bioline

(Image: Wikimedia Commons)

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