La zone euro se stabilisera-t-elle en 2011?

STRATEGIC FUTURES | February 18, 2011     

Thomas Klau
«Oui, si les leaders europĂ©ens font preuve de courage politique et mettent en oeuvre leurs promesses d’avancĂ©es substantielles vers la crĂ©ation d’une vĂ©ritable union Ă©conomique europĂ©enne. L’annĂ©e 2010 a montrĂ© que l’union monĂ©taire europĂ©enne ne sera viable que si elle repose sur une intĂ©gration Ă©conomique plus poussĂ©e nĂ©cessitant Ă  son tour davantage d’intĂ©gration politique. Les pays de la zone euro doivent mettre en commun une partie de leur pouvoir budgĂ©taire, soit en faisant de Bruxelles l’autoritĂ© de contrĂŽle suprĂȘme, soit en crĂ©ant un budget europĂ©en suffisamment fort – la premiĂšre option Ă©tant actuellement celle que favorisent presque tous les États membres. Il est essentiel par ailleurs de doter l’Union europĂ©enne d’un mĂ©canisme de gestion de crise fort doublĂ© d’une gouvernance politique ambitieuse permettant d’harmoniser suffisamment les politiques budgĂ©taires, mais aussi macroĂ©conomiques, y compris certaines politiques fiscales et sociales – condition sine qua non Ă  terme pour lĂ©gitimer les transferts de ressources en cas de crise. L’annĂ©e 2011 sera celle de la stabilisation si la volontĂ© politique europĂ©enne rĂ©ussit Ă  crĂ©er ce nouveau cadre de gouvernance.

Les violents dĂ©bats qui ont agitĂ© l’Union europĂ©enne en 2010, avec une Allemagne quittant son rĂŽle de moteur europĂ©en pour devenir un pays freinant les avancĂ©es politiques, ont dĂ©montrĂ© que la crĂ©ation d’une union Ă©conomique sera tout sauf facile. C’est du reste une des ironies de l’histoire europĂ©enne rĂ©cente que la crise la plus sĂ©vĂšre frappant la construction europĂ©enne depuis des dĂ©cennies ait Ă©clatĂ© prĂ©cisĂ©ment dans un des seuls domaines politiques auxquels le TraitĂ© de Lisbonne n’apporte pratiquement aucune rĂ©forme et aucune avancĂ©e d’intĂ©gration. Quand Lisbonne est entrĂ© en vigueur, l’immense majoritĂ© des observateurs et des politiciens pensait que le nouveau cadre juridique et politique de l’Union europĂ©enne Ă©tait fixĂ© pour des annĂ©es, voire des dĂ©cennies. En trĂšs peu de mois, la crise de l’euro a dynamitĂ© cette illusion. L’Union europĂ©enne d’aujourd’hui reste un ensemble qui n’a pas encore atteint de point d’équilibre politique et constitutionnel, et qui doit renforcer la mise en commun de souverainetĂ© si elle veut survivre et prospĂ©rer dans le monde des grandes puissances compĂ©titives qui marque ce dĂ©but du 21e siĂšcle».

» Thomas Klau est chef du bureau de Paris du Conseil europĂ©en des relations Ă©trangĂšres. Il a rĂ©digĂ© avec François Godement un rapport rĂ©cent: Au-delĂ  de Maastricht – un nouveau pacte pour la zone euro.

Fabian Zuleeg
“Despite the tentative global recovery that took hold in 2010, last year turned out to be a difficult one for the Eurozone. After much pressure from the markets, in the end, not only did the Eurozone (together with the IMF) have to bail out Greece in May – followed by Ireland in November – the economic crisis clearly highlighted the deficiencies of Europe’s Economic and Monetary Union (EMU): an inability to prevent member-states from pursuing unsustainable policies and the incompleteness of the ‘economic union’ element of EMU. To address the underlying causes of the crisis, the EU has started a reform process of its economic governance, while at the same time the countries at the centre of the crisis – Greece, Ireland, but also Portugal and Spain – have introduced economic reforms and fiscal consolidation measures. While markets remained jittery, the situation seemed to have calmed somewhat at the beginning of 2011: both Spain and Portugal managed to sell a significant number of bonds at auction – albeit with increased spreads – thereby increasing the cost of financing their debt. Will this seeming calm in the markets persist in 2011? And what are the ongoing challenges for the Eurozone in 2011?

Predicting the movement of the markets is almost impossible. While there are serious concerns over the long-term economic prospects for Portugal, these apply to a much lesser extent for Spain. It seems clear that recent market developments are not necessarily driven by a realistic assessment of the underlying risks, but also that speculation and herd mentality play a role. This makes the situation very volatile, with a high risk that the Eurozone will see another attack on the sovereign debt of one of its members – most likely centred on Portugal.

But even if the markets remain calm in 2011, the Eurozone has not yet done enough to deal with the long-term causes of the crisis. The reform programmes and fiscal consolidation measures in the individual member states are necessary, and should produce some long-term results. The proposals for improved economic governance and a crisis mechanism at the European level should also help if they are implemented in a timely way. However, more needs to be done to deal with the increasing divergence between Eurozone members. This divergence was at the heart of the Euro crisis, with the weaker economies falling behind in terms of competitiveness, productivity and growth, and with significant current account imbalances. The situation is being aggravated by the crisis: while some countries are having a strong recovery – for example, Germany, which grew by 3.6 percent in 2010 – the weaker economies are falling further behind.

If there is no decisive move to address these fundamental imbalances – for instance, through an acceleration of European support for investments into future growth – it is likely that these imbalances will continue to grow. While the markets might stabilize in the short-run, the long-term outlook of the Eurozone would be worrying.”

» Fabian Zuleeg is the Chief Economist at the European Policy Centre in Brussels.

Farhad Ameli
«Sous le titre Ă©vocateur, «2011: les incertitudes d’un monde en convalescence», Adrien de Tricornot Ă©crit dans le Monde Economie du 17 janvier, que «l’annĂ©e 2011 se prĂ©sente sous de dĂ©licats auspices. La reprise reste incertaine et molle dans les pays dĂ©veloppĂ©s, et soumise Ă  de forts risques».

L’organisme d’assurance-crĂ©dit français, la COFACE, distribue comme chaque annĂ©e ses bons et mauvais points. Elle reste prudemment optimiste en ce qui concerne la zone euro: si les bons Ă©lĂšves de la classe comme le Luxembourg, la SuĂšde, la Suisse et la NorvĂšge obtiennent la note trĂšs prisĂ©e de A1 (l’échelle dĂ©croissante de notation risques-pays de la COFACE est la suivante: A1, A2, A3, A4, B, C, D), l’Allemagne et la France ne sont plus qu’à un niveau A2 avec une surveillance positive, le Royaume-Uni et l’Italie, quant Ă  eux, se trouvant en plus mauvaise posture avec une apprĂ©ciation A3. D’autres pays de la zone euro s’enfoncent dans un Ă©tat beaucoup plus prĂ©occupant (le Portugal et l’Espagne avec A3 et surveillance nĂ©gative, la GrĂšce et l’Irlande avec A4).

La zone de turbulences n’étant pas derriĂšre nous, les pays confrontĂ©s Ă  une crise de liquiditĂ©s sont en quĂȘte de soutien. Soutien interne Ă  l’Europe d’abord: ce n’est pas un hasard si les ministres des finances de la zone euro rĂ©unis Ă  Bruxelles Ă©tudient les moyens de renforcement du fonds de sauvetage des pays en crise. Willem Buiter, Ă©conomiste en chef de Citigroup, vient mĂȘme de dĂ©clarer aux Echos qu’il fallait porter le Fonds de sauvetage europĂ©en Ă  2 000 milliards d’euros. Les pays de la zone euro pourront-ils rĂ©unir une telle somme? Compte tenu du peu de latitude des chefs d’État et de gouvernement et les Ă©chĂ©ances Ă©lectorales, rien n’est moins sĂ»r. La solidaritĂ© financiĂšre entre pays europĂ©ens sera ainsi mise Ă  rude Ă©preuve. Il faudra pourtant trouver les fonds nĂ©cessaires. L’Europe ne peut se payer le luxe d’une faillite d’État.

Il faudra ainsi fatalement se tourner vers les soutiens externes, mais lesquels? Les États-Unis engluĂ©s dans les mĂ©andres de leur propre crise, dont l’issue est aussi incertaine que celle de la zone euro, est incapable d’une quelconque intervention Ă  ce titre. Il reste alors la Chine et l’Inde, mais Ă  quel prix? L’Europe devra-t-elle hypothĂ©quer son avenir dĂ©jĂ  bien incertain en livrant de plus en plus ses «secrets de fabrication» – sa technologie – Ă  la Chine pour espĂ©rer obtenir une aide prĂ©cieuse de l’empire du Milieu? Sur la base de ces faits, les perspectives pour l’annĂ©e 2011 ne semblent guĂšre encourageantes pour la stabilitĂ© de la zone euro et ne seront en tout cas pas un long fleuve tranquille».

» Farhad Ameli est professeur de droit Ă  la Sorbonne et Sciences Po, Paris. Il est Ă©galement associĂ© principal d’un cabinet d’avocats (BEA) basĂ© Ă  Paris.

bioline(Photographie: Barbara Lindberg / Rex Features)

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