La Russie renforce sa présence militaire en Asie centrale

October 28, 2012     
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La Russie maintiendra jusqu’en 2042 ses bases militaires au Tadjikistan, conformĂ©ment Ă  l’accord signĂ© le 5 octobre Ă  DouchanbĂ©, la capitale de ce pays d’Asie centrale, par les ministres de la dĂ©fense des deux pays en prĂ©sence de leurs prĂ©sidents, Vladimir Poutine et Emomali Rahmon.

DĂ©ployĂ©e au Tadjikistan en 1989 aprĂšs le retrait d’Afghanistan, oĂč elle a combattu au sein de la 40Ăšme armĂ©e, la 201Ăšme division motorisĂ©e est passĂ©e sous juridiction russe en 1993 et fut refondĂ©e en base militaire oĂč servent aujourd’hui 7 000 soldats dans trois garnisons – DouchanbĂ©, Qurghonteppa et Kulob. L’accord Russie-Tadjikistan actuel date de 1999 et devait se terminer en 2014. Selon le nouvel accord, la durĂ©e du stationnement est de 30 ans et se prolongera au moins jusqu’en 2042.

Lors d’une visite au contingent militaire russe, Poutine a dĂ©clarĂ© que la prĂ©sence de la base est un «facteur important de stabilité» au Tadjikistan, une rĂ©publique qui sert d’avant-poste pour tous les membres de la CommunautĂ© des États indĂ©pendants (CEI) dans une rĂ©gion trĂšs complexe et importante pour ce qui est de leurs relations avec l’Afghanistan. Le prĂ©sident Poutine a aussi signalĂ© que la base aĂ©rienne de Kant au Kirghizstan et les bases au Tadjikistan ont pour « mission de dĂ©fendre les intĂ©rĂȘts de la Russie » et ceux de l’Asie centrale. Les prĂ©sidents russe et Tadjik ont convenu de la nĂ©cessitĂ© de « participer activement » aux Ă©vĂ©nements en Afghanistan afin de lancer un processus de coopĂ©ration rĂ©gionale.

Moscou voit avec apprĂ©hension la prĂ©sence des Etats-Unis et ses alliĂ©s en Asie centrale, une rĂ©gion qu’elle considĂšre toujours comme faisant partie de sa sphĂšre d’influence. Dans les cercles militaires russes, on ne croit pas que les États-Unis quitteront complĂštement la zone en 2014, annĂ©e du dĂ©part prĂ©vu des forces de l’OTAN en Afghanistan. En prĂ©vision de ce probable scĂ©nario, la Russie renforce ses positions militaires dans la rĂ©gion. Au Kirghizistan, la base amĂ©ricaine de Manas pourrait rester et coexister avec la prĂ©sence russe sur la base de Kant au-delĂ  de 2014.

Pendant ce temps, l’OuzbĂ©kistan, un pays dont la politique de sĂ©curitĂ© a oscillĂ© entre la Russie et les Etats-Unis, a annoncĂ© le 2 juillet dernier sa sortie de l’Organisation du traitĂ© de sĂ©curitĂ© collective (OTSC, une alliance militaire dont fait partie la Russie et la plupart des ex-rĂ©publiques soviĂ©tiques) et exprimĂ© le vƓu d’ĂȘtre un pays neutre et sans bases militaires Ă©trangĂšres sur son territoire.

La reconstitution de l’espace post-soviĂ©tique est l’un des principaux objectifs du troisiĂšme mandat de Poutine qui a dĂ©butĂ© en mai 2012. Dans une autre zone sensible de l’«étranger proche», la Mer Noire, la Russie a dĂ©jĂ  assurĂ© sa prĂ©sence militaire jusqu’au milieu du siĂšcle prĂ©sent. En effet, la Russie a signĂ© en 2010 un accord avec l’Ukraine qui prĂ©voit le maintien jusqu’en 2042 de la flotte russe dans la Mer Noire.

En outre, la Russie a signĂ© en 2010 des accords avec l’Abkhazie et l’OssĂ©tie du Sud, territoires auto-proclamĂ©s indĂ©pendants de la GĂ©orgie, sur l’établissement de bases militaires pour pĂ©riode de 49 ans, renouvelable pour 15 annĂ©es supplĂ©mentaires. Les Ă©lĂ©ments dĂ©clencheurs du conflit armĂ© entre la GĂ©orgie et la Russie d’aoĂ»t 2008 peuvent inclure un vaste Ă©ventail de facteurs, mais le plus dĂ©terminant fut sans doute le dĂ©sir de la GĂ©orgie d’adhĂ©rer Ă  l’OTAN. Ce conflit a abouti Ă  la reconnaissance par Moscou des deux territoires sĂ©cessionnistes. A la base militaire prĂšs de DouchanbĂ©, Poutine a rĂ©pĂ©tĂ© ce qu’il avait dit devant les dĂ©putĂ©s de la Douma (parlement russe) en avril dernier, Ă  savoir que l’«OTAN est un atavisme hĂ©ritĂ© de l’Ă©poque de la Guerre froide». Le prĂ©sident russe a affirmĂ© une nouvelle fois que la Russie s’oppose fermement Ă  l’élargissement de la sphĂšre d’influence de l’OTAN et Ă  son objectif de devenir une organisation structurĂ©e Ă  l’échelle mondiale. Bidzina Ivanishvili, le chef du parti de la coalition en GĂ©orgie, le RĂȘve gĂ©orgien, et vainqueur des Ă©lections parlementaires du 2 octobre ne GĂ©orgie, a rapidement annoncĂ© aprĂšs sa victoire qu’il allait accĂ©lĂ©rer l’intĂ©gration du petit État du Caucase du Sud Ă  l’OTAN, c’est-Ă -dire la mĂȘme orientation politique que le prĂ©sident MikhaĂŻl Saakachvili a donnĂ©e Ă  la GĂ©orgie depuis la RĂ©volution des roses en 2003.

La Russie a nĂ©gociĂ© dur pour maintenir son contingent militaire au Tadjikistan, et Ă  en juger par l’information diffusĂ©e depuis dĂ©but octobre, elle a atteint son objectif. Le ministĂšre de la DĂ©fense russe a indiquĂ© que le Tadjikistan n’a pas exigĂ© le paiement d’un loyer pour le site de l’armĂ©e russe. Il semble aussi que les militaires russes bĂ©nĂ©ficieront de l’immunitĂ© diplomatique et qu’ils ne pourront ĂȘtre ni arrĂȘtĂ©s, ni dĂ©tenus par les autoritĂ©s policiĂšres Tadjiks, comme c’est le cas avec les forces russes sur les territoires de l’Abkhazie et de l’OssĂ©tie du Sud. Quelques semaines avant la conclusion de l’accord, des sources militaires russes avaient dĂ©clarĂ© que le Tadjikistan avait mis sur la table de nĂ©gociation une offre jugĂ©e trĂšs onĂ©reuse par la Russie. Pour rappel, le Tadjikistan avait ordonnĂ© en 2005 le dĂ©part des gardes-frontiĂšres russes qui protĂ©geaient la frontiĂšre entre le Tadjikistan et l’Afghanistan. DouchanbĂ© s’est jusqu’à aujourd’hui opposĂ© au retour du contingent russe. La frontiĂšre afghane est considĂ©rĂ©e comme l’une des principales voies de pĂ©nĂ©tration de la drogue afghane dans l’espace post-soviĂ©tique. Poutine a aussi annoncĂ© que 5 millions de dollars seront allouĂ©s par le Kremlin au Tadjikistan afin de lutter contre le trafic de drogues. Les tadjiks pourront avec les fonds faire l’achat d’équipements spĂ©ciaux ou encore former des agents d’infiltration.

Parmi les autres accords signĂ©s Ă  DouchanbĂ©, il y a celui qui facilitera l’enregistrement en Russie des travailleurs immigrĂ©s Tadjiks. Ces derniers auront dorĂ©navant 15 jours pour s’enregistrer et ils obtiendront des permis de travail de 3 ans directement. La migration des populations centro-asiatiques vers la Russie est essentielle Ă  la survie des pays de la rĂ©gion. On estime que plus d’un million de Tadjiks travaillent en Russie, transfĂ©rant environ 3 milliards de dollars par annĂ©e Ă  des membres de leurs famille ou des proches, une sommes qui, selon Poutine, reprĂ©sente prĂšs de 50% du PIB du Tadjikistan.

Les opinions exprimĂ©es dans ce blogue sont strictement personnelles et ne reflĂštent pas nĂ©cessairement celles de Global Brief ou de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon.

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