Les dix choses Ă  surveiller mardi soir

November 7, 2016     
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Ça y est, nous y sommes
 Nous connaĂźtrons bientĂŽt l’identitĂ© du 45e prĂ©sident des États-Unis (ou de la premiĂšre prĂ©sidente de l’histoire). Voici les dix choses Ă  surveiller mardi soir.

1- La Floride (Ă  partir de 19:00)

Encore???!??!?!?!, me direz-vous? Eh bien oui. Les bureaux de vote fermeront Ă  19 :00 dans le Sunshine State et les rĂ©sultats commenceront Ă  entrer tĂŽt. Les rĂ©cents sondages illustrent que Trump et Clinton y sont au coude Ă  coude. Or, une victoire de Clinton en Floride scellerait pratiquement l’issue de l’élection, Ă  moins que Trump cause la surprise en soutirant Ă  Clinton un ou quelques-uns des 18 États qui, en plus du District de Columbia, ont votĂ© dĂ©mocrate Ă  toutes les Ă©lections prĂ©sidentielles depuis 1992 (Californie, Connecticut, Delaware, HawaĂŻ, Illinois, Maine, Maryland, Massachusetts, Michigan, Minnesota, New Jersey, New York, Oregon, Pennsylvanie, Rhode Island, Vermont, Washington et Wisconsin). Ensemble, ces États comptent pour 242 votes au CollĂšge Ă©lectoral. En ajoutant la Floride Ă  ses gains (29 votes au CollĂšge Ă©lectoral), Clinton passerait tout juste la barre des 270 votes nĂ©cessaires pour gagner.

2- La Pennsylvanie (Ă  partir de 20:00)

Des 18 États Ă  tendance dĂ©mocrate listĂ©s plus haut, la Pennsylvanie a Ă©tĂ© dans la mire de Trump depuis le dĂ©but. Si Trump parvient Ă  la faire basculer dans le camp rĂ©publicain, ses chances de l’emporter seront nettement plus grandes. Pour ĂȘtre Ă©lue, Clinton ne pourrait alors se contenter de gagner la Floride (il lui faudrait gagner, en plus, quelques autres États clĂ©s; par exemple : la Virginie et la Caroline du Nord (ou) la Virginie et le Colorado (ou) la Caroline du Nord et le Nouveau-Mexique, etc.). Alors que les bureaux de vote en Pennsylvanie ferment Ă  20:00 mardi, le pire scĂ©nario pour Clinton serait de perdre cet État en plus de la Floride. La candidate serait alors peut-ĂȘtre obligĂ©e de combiner des victoires en Virginie, Caroline du Nord et au Colorado, Nouveau-Mexique et Nevada pour l’emporter. Elle aurait Ă©galement besoin du New Hampshire si Trump mettait la main sur le vote au CollĂšge Ă©lectoral en jeu dans la 2e circonscription du Maine.

3- Le vote latino-américain

Les dĂ©mocrates souhaitent continuer Ă  faire le plein de votes auprĂšs de cet Ă©lectorat, qui pourrait assurer une victoire de Clinton en se mobilisant fortement dans des États clĂ©s de l’élection, la Floride, la Caroline du Nord et le Nevada par exemple. Les Latino-AmĂ©ricains avaient comptĂ© pour 10% du vote national en 2012, et penchĂ© pour Obama dans une proportion de 71% (27% avaient votĂ© Romney). Alors qu’un rĂ©cent sondage Washington Post-ABC illustre que Clinton est en voie de gagner 71% du vote latino (contre 19% pour Trump), un accroissement du taux de participation de cet Ă©lectorat par rapport Ă  2012 reprĂ©senterait l’une des clĂ©s de la victoire de Clinton (voir le sondage en question ici: https://www.washingtonpost.com/graphics/politics/2016-election/who-is-winning-the-presidential-election-so-far/?tid=a_inl-amp).

4- Le vote des femmes

On pourrait en dire autant du vote des femmes. Lorsque les mĂ©dias amĂ©ricains ont rendu publique une vidĂ©o de Donald Trump tenant des propos machistes Ă  l’égard des femmes, les dĂ©mocrates ont estimĂ© qu’il serait plus difficile que jamais pour les rĂ©publicains de miser sur cet Ă©lectorat pour gagner la prĂ©sidentielle. Les propos de Trump ne semblent cependant pas avoir eu l’effet que plusieurs escomptaient : le rĂ©cent sondage Washington Post-ABC citĂ© plus haut indique que 51% des femmes souhaitent voter Clinton, et 41% Trump. Cet Ă©cart de 10 points dans les intentions de vote n’est pas plus considĂ©rable que celui observĂ© en 2012 : 55% des femmes avaient votĂ© Obama, et 44% Romney. Encore une fois, la clĂ© ici sera le taux de participation : les femmes avaient comptĂ© pour 53% de l’électorat total en 2012. Clinton connaĂźtrait une excellente soirĂ©e si 54%, 55% ou 56% des Ă©lecteurs de mardi Ă©taient des femmes. Cela permettrait de rĂ©duire le poids relatif du vote des hommes, qui penchent encore davantage pour les rĂ©publicains cette annĂ©e (45% Trump et 43% Clinton).

5- Le vote républicain

Lorsque les premiers rĂ©sultats seront dĂ©voilĂ©s mardi soir, on devra Ă©galement porter une attention particuliĂšre au vote des Ă©lecteurs s’identifiant comme rĂ©publicains. Depuis le dĂ©but de la campagne, Trump a eu maille Ă  partir avec de nombreux membres de l’establishment du Grand Old Party (le prĂ©sident de la Chambre des reprĂ©sentants Paul Ryan, le gouverneur de l’Ohio John Kasich, etc.). Les sondages dĂ©montrent depuis des semaines que Trump a eu plus de difficultĂ© Ă  unifier son parti que Clinton. Celui du Washington Post-ABC citĂ© plus haut illustre que plusieurs rĂ©publicains sont rentrĂ©s au bercail au cours des derniers jours : 84% prĂ©voient de voter Trump. Un tel rĂ©sultat serait toutefois nettement infĂ©rieur Ă  celui de Romney en 2012, qui avait gagnĂ© 93% du vote rĂ©publicain. Clinton a Ă©galement plus de mal Ă  convaincre les Ă©lecteurs dĂ©mocrates Ă  voter pour elle : 87% penchent de son cĂŽtĂ© alors que 92% avaient appuyĂ© Obama en 2012. Comme on le voit, les Ă©lecteurs rĂ©publicains et dĂ©mocrates ne sont pas aussi enthousiastes Ă  l’égard des candidats de leurs partis qu’à l’habitude, mais Clinton dispose d’un lĂ©ger avantage qui pourrait encore une fois ĂȘtre dĂ©terminant dans les courses serrĂ©es en Floride, Pennsylvanie, Caroline du Nord, etc.

6- Victoire républicaine à la Chambre des représentants?

Si Clinton gagne, les dĂ©mocrates auront besoin d’élire des majoritĂ©s dans les deux chambres du CongrĂšs des États-Unis pour permettre Ă  la nouvelle prĂ©sidente de rĂ©aliser la plupart de ses promesses Ă©lectorales. Les dĂ©mocrates ont besoin d’un gain de 30 siĂšges Ă  la Chambre des reprĂ©sentants pour y ĂȘtre majoritaires. La plupart des experts estiment que les dĂ©mocrates mettront la main sur une quinzaine de siĂšges, sans plus, et que Paul Ryan et le Grand Old Party garderont la Chambre. Sur les 435 Ă©lections pour des siĂšges de reprĂ©sentants prĂ©vues mardi soir, certaines courses Ă  surveiller se dĂ©roulent Ă  la frontiĂšre que le QuĂ©bec partage avec ses États voisins. Il sera, par exemple, intĂ©ressant de voir si la rĂ©publicaine Elise Stefanik rĂ©ussira Ă  conserver son siĂšge dans la 21e circonscription de l’État de New York (elle s’oppose au protectionnisme de Trump et louange la relation commerciale QuĂ©bec-New York). La course dans la 2e circonscription du Maine sera Ă©galement palpitante : le rĂ©publicain Bruce Poliquin (qui a souvent militĂ© pour un renforcement de la sĂ©curitĂ© Ă  la frontiĂšre QuĂ©bec-Maine) pourrait perdre contre la dĂ©mocrate Emily Cain.

7- Victoire démocrate au Sénat?

Les dĂ©mocrates ont de meilleures chances de remettre la main sur le SĂ©nat, chambre haute du CongrĂšs. Les rĂ©publicains y dĂ©tiennent 54 siĂšges, contre 46 pour les dĂ©mocrates (ceci inclut deux indĂ©pendants faisant caucus avec eux). Au SĂ©nat, le vice-prĂ©sident des États-Unis peut exercer son droit de vote en assemblĂ©e plĂ©niĂšre en cas d’égalitĂ© de 50-50 entre les sĂ©nateurs dĂ©mocrates et rĂ©publicains. Advenant une victoire de Clinton mardi soir, les dĂ©mocrates auraient ainsi besoin de gagner au moins quatre siĂšges au SĂ©nat pour ĂȘtre majoritaires. S’ils se limitaient Ă  un gain de quatre siĂšges, il y aurait 50 dĂ©mocrates et 50 rĂ©publicains au SĂ©nat, mais le vice-prĂ©sident Tim Kaine pourrait dĂ©nouer les impasses lĂ©gislatives en exerçant son droit de vote en assemblĂ©e plĂ©niĂšre. Si Donald Trump gagnait la prĂ©sidence, les dĂ©mocrates auraient alors besoin de soutirer au moins cinq siĂšges aux rĂ©publicains pour ĂȘtre majoritaires au SĂ©nat.

MĂȘme si le SĂ©nat compte cent Ă©lus, seulement un tiers des siĂšges est Ă  pourvoir Ă  chaque cycle Ă©lectoral de deux ans. Sur les 34 siĂšges en Ă©lection cette annĂ©e, 24 appartiennent aux rĂ©publicains et 10 aux dĂ©mocrates. Les dĂ©mocrates croient en leurs chances de battre les rĂ©publicains Mark Kirk (Illinois), Ron Johnson (Wisconsin), Pat Toomey (Pennsylvanie), Kelly Ayotte (New Hampshire), Richard Burr (Caroline du Nord) et Roy Blunt (Missouri). Ils souhaitent en outre gagner le siĂšge laissĂ© vacant par Dan Coats en Indiana. Le succĂšs des dĂ©mocrates – qui pourraient perdre le siĂšge laissĂ© vacant par leur chef Harry Reid au Nevada – dĂ©pendra toutefois de la performance de Clinton au scrutin prĂ©sidentiel. En effet, si Clinton convainc suffisamment d’électeurs que Trump reprĂ©sente un risque pour le pays, elle incitera peut-ĂȘtre du mĂȘme coup les Ă©lecteurs Ă  faire subir un camouflet Ă  d’autres Ă©lus rĂ©publicains, surtout ceux appuyant ouvertement « Le Donald ».

8- Pour le Québec, les courses aux postes de gouverneurs du Vermont et du Maine

Le QuĂ©bec partage sa frontiĂšre terrestre avec quatre États : New York, New Hampshire, Vermont et Maine. Deux de ces États (le Vermont et le New Hampshire) auront de nouveaux gouverneurs aprĂšs le scrutin de mardi soir (homologues des premiers ministres provinciaux au Canada). Au Vermont, la dĂ©mocrate Sue Minter, ancienne secrĂ©taire au transport du Vermont et amie et alliĂ©e de Bernie Sanders, affronte le rĂ©publicain Phil Scott, actuel lieutenant-gouverneur du Vermont. On a peu parlĂ© du QuĂ©bec et des enjeux Vermont-QuĂ©bec dans cette course, mais le gouvernement du QuĂ©bec devra nĂ©cessairement Ă©tablir des liens avec une nouvelle administration Ă  Montpelier Ă  partir de janvier 2017. Au New Hampshire, deux membres du Executif Council de l’État s’affrontent : le dĂ©mocrate Colin Van Ostern et le rĂ©publicain Chris Sununu. Cette course est cruciale pour l’avenir du Northern Pass, un projet d’Hydro-QuĂ©bec qui vise Ă  construire une ligne de transmission Ă©lectrique permettant d’accroĂźtre les exportations d’hydroĂ©lectricitĂ© quĂ©bĂ©coise en Nouvelle-Angleterre. Sununu y est plus favorable que Van Ostern.

9- Si Clinton gagne, le discours de défaite de Trump

Trump affirme depuis des semaines que l’élection est truquĂ©e, que les mĂ©dias sont du cĂŽtĂ© de Clinton et qu’il ne reconnaitra peut-ĂȘtre pas le rĂ©sultat de l’élection. Il ne s’agirait pas d’une premiĂšre dans l’histoire des Ă©lections amĂ©ricaines. Par exemple, Al Gore avait concĂ©dĂ© la victoire en 2000, mais Ă©tait revenu sur sa dĂ©cision par la suite, acceptant uniquement son sort aprĂšs la fameuse dĂ©cision de la Cour SuprĂȘme de mettre un terme au recomptage des votes en Floride. Si Trump perd et refuse de rendre officiellement les armes, il alimentera encore davantage la rancƓur de ses Ă©lecteurs Ă  l’égard de Clinton et du parti dĂ©mocrate, soufflant sur les braises de la polarisation partisane qui existe dĂ©jĂ  au pays. Il sera difficile pour Clinton de gouverner si elle est Ă©lue, mais il le sera davantage si Trump incite dĂšs le dĂ©part les rĂ©publicains Ă  voir en elle une candidate accidentelle qui a volĂ© l’élection.

10- Si Trump gagne, son discours de victoire

Je ne disserterai pas longuement sur ce dernier point. Asseyez-vous, fermez les yeux et imaginez.

Les opinions exprimĂ©es dans ce blogue sont strictement personnelles et ne reflĂštent pas nĂ©cessairement celles de Global Brief ou de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon.

The opinions expressed in this blog are personal and do not necessarily reflect the views of Global Brief or the Glendon School of Public and International Affairs.

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