2014: Élection de la dernière chance pour Barack Obama

November 25, 2013     
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Note: Christophe Cloutier et Vincent Boucher sont les premiers auteurs de ce billet.  Ils sont chercheurs à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM.

La poussière est à peine retombée sur Washington, au lendemain de la crise du shutdown et du relèvement du plafond de la dette, qu’une nouvelle crise vient frapper le paysage politique américain : le lancement raté de la réforme de l’assurance-santé (Obamacare). Déjà, les deux grands partis politiques fourbissent leurs armes et tentent de tirer profit des faux pas du camp adverse en vue du prochain cycle électoral, qui se conclura le 4 novembre 2014 par l’élection de mi-mandat, au cours de laquelle les 435 sièges de la Chambre des représentants, de même que 35 sièges du Sénat seront en jeu. Pour l’administration Obama, qui entrera alors dans son dernier droit, cette élection revêt une importance capitale. En effet, une reconquête démocrate de la Chambre des représentants, jumelée au maintien d’une majorité démocrate au Sénat, pourrait s’avérer la dernière chance pour le président de mener à bien un ambitieux programme législatif (notamment la réforme de l’immigration) qui lui permettra d’assurer un héritage durable à sa présidence.

Or, pour les démocrates, il y a loin de la coupe aux lèvres. Malgré l’impopularité du Parti républicain, désigné comme le principal (sinon l’unique) responsable de la dernière crise budgétaire, le parti de Barack Obama doit enregistrer un gain net de 17 sièges pour remporter la majorité des sièges à la Chambre (218 sièges). Cet objectif est rendu d’autant plus compliqué que les courses réellement compétitives sont rares, conséquences de plusieurs décennies de redécoupage partisan (gerrymandering) des districts. À cela s’ajoute le désavantage historique dont pâtit le parti qui contrôle la Maison-Blanche lors des élections de mi-mandat : en effet, depuis 1865, le parti du président a perdu des sièges lors de 35 des 38 élections de mi-mandat! En 2010 par exemple, le parti de Barack Obama avait perdu 63 sièges à la Chambre et 6 au Sénat.

tableau

Il s’agissait de l’une des plus grandes victoires électorales de l’histoire du parti républicain. Il serait exagéré d’affirmer que le Grand Old Party a autant le vent en poupe cette fois-ci, mais les chances de voir une vague démocrate déferler sur Capitol Hill en novembre prochain, sans être inexistantes, demeurent minces. Qui plus est, les démocrates doivent défendre leur mince majorité au Sénat. La tâche s’annonce d’autant plus ardue que 21 des 35 sièges en jeu sont détenus par les démocrates, dont certains dans des « États rouges » (notamment l’Alaska, l’Arkansas, la Caroline du Nord et la Louisiane) et sont donc susceptibles de basculer dans le camp républicain. Cette situation périlleuse dans laquelle se trouvent les démocrates explique sans doute en partie leur décision, il y a quelques jours, de changer les règles du Sénat de telle manière à empêcher la minorité républicaine de recourir aux manœuvres dilatoires pour bloquer les nominations proposées par Barack Obama pour pourvoir les postes de juges fédéraux ou de membres de l’Exécutif.

Les démocrates ont donc de bonnes raisons d’être préoccupés par les élections de mi-mandat, alors que le Parti républicain semble partir favori pour conserver le contrôle de la Chambre et pour enregistrer des gains au Sénat (et peut-être même y ravir la majorité de justesse). Or, le Grand Old Party doit se méfier de deux écueils. D’une part, il doit surmonter son impopularité auprès de la population et montrer qu’il peut faire autre chose que paralyser le Congrès. D’autre part, il doit se méfier de la présence de challengers ultraconservateurs proches du Tea Party qui cherchent à ravir l’investiture à certains parlementaires sortants (particulièrement au Sénat). L’exemple de Richard Lugar (Indiana) battu dans sa primaire en 2012, est encore suffisamment frais en mémoire pour donner des sueurs froides à l’establishment du Parti républicain, qui connait le danger potentiel représenté par des candidats trop extrémistes auprès de l’électorat.

À un an des midterms, il est encore trop tôt pour y aller de prédictions précises. Chose certaine, l’enjeu est grand pour la Maison-Blanche. Si Barack Obama peut encore entretenir le mince espoir de voir les démocrates prendre le contrôle de la Chambre des représentants, une majorité républicaine au Sénat, voire le maintien du statu quo pourrait s’avérer catastrophique pour le président et lui conférer le statut peu enviable de canard boiteux (lame duck) deux ans avant sa sortie, deux années qui pourraient prendre l’allure d’un long purgatoire.

Les opinions exprimées dans ce blogue sont strictement personnelles et ne reflètent pas nécessairement celles de Global Brief ou de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon.

The opinions expressed in this blog are personal and do not necessarily reflect the views of Global Brief or the Glendon School of Public and International Affairs.

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