Un petit deux sur Obama

September 11, 2012     
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Un peu plus de cinquante jours. VoilĂ  ce qu’il reste Ă  la campagne Ă©lectorale amĂ©ricaine. On vient Ă  peine de clore les conventions rĂ©publicaine et dĂ©mocrate et voilĂ  que les experts se laissent dĂ©jĂ  tenter par le jeu des prĂ©dictions. Comme le rapporte par exemple Richard HĂ©tu dans un article publiĂ© hier dans La Presse, deux politologues de l’UniversitĂ© du Colorado s’appuient sur des modĂšles d’analyse politique pour affirmer qu’Obama n’a pratiquement aucune chance de l’emporter le 6 novembre, et qu’il perdra presque tous les États clĂ©s de l’élection (Floride, Ohio, Pennsylvanie, etc.).

Depuis quelques jours, on me demande donc souvent quelles sont les chances d’Obama de l’emporter. Et je donne presque toujours la mĂȘme rĂ©ponse : « tu sais, au dĂ©but des primaires dĂ©mocrates en 2008, j’avais invitĂ© des experts amĂ©ricains Ă  une confĂ©rence sur les Ă©lections amĂ©ricaines. Deux d’entre eux, s’appuyant sur des modĂšles d’analyse politique, avaient prĂ©dit qu’on aurait droit Ă  un duel Clinton/Giuliani. On connaĂźt la suite
 ». Je reste donc sceptique quand deux politologues comme ceux citĂ©s par Richard HĂ©tu se disent absolument convaincus de savoir de quoi est fait l’avenir… Mais quand on insiste vraiment pour connaĂźtre mes prĂ©dictions – ou pour savoir « sur je qui je miserais un petit deux » – je finis par dire Obama.

Bien entendu, plusieurs Ă©vĂ©nements pourraient bouleverser la course d’ici novembre (pensons Ă  la possibilitĂ© qu’une escalade des tensions entre IsraĂ«l et l’Iran plonge les États-Unis dans une autre crise au Moyen-Orient). Cela dit, si le scrutin se tenait ce soir, Obama aurait les meilleures chances de gagner, et ce, pour au moins trois raisons :

- Intentions de vote. Comme l’illustrent les donnĂ©es recueillies par l’équipe de Real Clear Politics, Romney parvient rarement Ă  se hisser devant Obama dans les intentions de vote. Depuis un an, il aurait ainsi menĂ© la course Ă  une seule reprise, pendant quelques jours en octobre 2011. Qui plus est, Romney n’a pratiquement profitĂ© d’aucun rebond dans les sondages au lendemain de la convention rĂ©publicaine, contrairement Ă  Obama, qui mĂšne dĂ©sormais par trois points et qui pourrait creuser l’écart au cours des prochains jours, grĂące Ă  une convention dĂ©mocrate qui, comme le dĂ©montre un sondage Gallup, a davantage plu aux AmĂ©ricains que la convention rĂ©publicaine.

- Sondages dans les États clĂ©s. Comme l’illustrent encore une fois les donnĂ©es recueillies par Real Clear Politics, Obama est actuellement favori dans la plupart des États clĂ©s de la prĂ©sidentielle. Pour mĂ©moire, les États clĂ©s sont, comme le souligne mon collĂšgue Julien Tourreille, ces « États dans lesquels l’écart entre les candidats Ă  la prĂ©sidence est [gĂ©nĂ©ralement] infĂ©rieur Ă  6% ». Obama mĂšne ainsi en Ohio, en Virginie, en Floride, en Iowa, au Wisconsin, au Michigan, en Pennsylvanie, au New Hampshire, au Colorado et au Nevada. De son cĂŽtĂ©, Romney est favori dans seulement trois États clĂ©s : la Caroline du Nord, le Missouri et l’Arizona. Bien entendu, l’écart entre les candidats est parfois trĂšs mince dans des États aussi importants que la Floride. Cela dit, la situation actuelle ne correspond pas du tout Ă  l’analyse prĂ©dictive des professeurs citĂ©s par Richard HĂ©tu, qui estiment qu’Obama perdra pratiquement tous les États clĂ©s.

- Le facteur biĂšre. Avec quel candidat aimeriez-vous le plus boire une biĂšre ou regarder un match de football ce soir ? Cette question, qui peut paraĂźtre banale, est fort utile pour comprendre en partie le comportement des Ă©lecteurs amĂ©ricains. En 2004 par exemple, plusieurs affirmaient qu’ils prĂ©fĂ©reraient de loin la compagnie de George W. Bush Ă  celle de John Kerry, et ce, mĂȘme s’ils n’étaient pas toujours d’accord avec les politiques rĂ©publicaines. Bush avait un certain sens de l’humour disait-on, alors que Kerry avait l’air coincĂ©, Ă©trange (il parlait français !!!) et Ă©loignĂ© des prĂ©occupations de « l’AmĂ©ricain moyen ». Cette annĂ©e, c’est au tour d’Obama de mener sur son rival en ce qui a trait au « beer factor ». On a bien tentĂ©, lors de la convention rĂ©publicaine, de convaincre que Romney est une personne aimable, mais seulement 48% des AmĂ©ricains ont une opinion favorable de lui (contre 57% pour Obama).

D’autres donnĂ©es illustrent bien sĂ»r que la course est loin d’ĂȘtre terminĂ©e et qu’on aura vraisemblablement droit Ă  une autre Ă©lection serrĂ©e le 6 novembre. Par exemple, alors que l’économie est le facteur le plus important de cette Ă©lection, on rappelle souvent qu’aucun prĂ©sident depuis Franklin Delano Roosevelt n’a Ă©tĂ© rĂ©Ă©lu quand le taux de chĂŽmage dĂ©passe 7,2%. Ce taux atteint actuellement 8,1%… Obama devra donc pouvoir compter sur de meilleurs chiffres sur l’emploi d’ici novembre s’il veut maximiser ses chances d’ĂȘtre rĂ©Ă©lu. Mais s’il faut en croire les AmĂ©ricains, qui, eux, prĂ©disent majoritairement une victoire dĂ©mocrate cette annĂ©e, il reste tentant, pour l’instant, de parier sur une victoire d’Obama malgrĂ© tout. Pas 10 000$, car nous ne possĂ©dons pas la fortune de Romney, qui n’avait pas hĂ©sitĂ©, il y a quelques mois, Ă  dĂ©fier Rick Perry de parier cette somme avec lui lors d’un dĂ©bat rĂ©publicain. Mais un « petit deux » bien timide? Pourquoi pas.

Les opinions exprimĂ©es dans ce blogue sont strictement personnelles et ne reflĂštent pas nĂ©cessairement celles de Global Brief ou de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon.

The opinions expressed in this blog are personal and do not necessarily reflect the views of Global Brief or the Glendon School of Public and International Affairs.

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