Rick Santorum et le retour des guerres culturelles
(Note: ce billet a Ă©tĂ© co-Ă©crit avec VĂ©ronique Pronovost, chercheure Ă l’Observatoire sur les Ătats-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UniversitĂ© du QuĂ©bec Ă MontrĂ©al. PremiĂšre auteure de ce billet, Madame Pronovost rĂ©dige actuellement un mĂ©moire de maĂźtrise sur lâinfluence locale de la droite chrĂ©tienne amĂ©ricaine)
Le 7 fĂ©vrier dernier, lâancien sĂ©nateur de lâĂtat de la Pennsylvanie, Rick Santorum, a remportĂ© de maniĂšre convaincante la primaire du Missouri et les caucus du Minnesota et du Colorado. Les rĂ©sultats obtenus dans ces trois Ătats â ainsi quâen Iowa â par le candidat favori des conservateurs moraux dĂ©montrent que le discours de la droite chrĂ©tienne trouve toujours Ă©cho chez une part importante de la population amĂ©ricaine.
Depuis le dĂ©part du prĂ©sident W. Bush et « lâObamanie » de 2008, les conservateurs moraux ont paru plus discrets quâĂ lâhabitude sur la scĂšne politique amĂ©ricaine, mĂȘme sâils nâont pas hĂ©sitĂ©, pendant le dĂ©bat sur la rĂ©forme de lâassurance maladie proposĂ©e par Obama, Ă affirmer quâil fallait cesser de « gaspiller » lâargent du fĂ©dĂ©ral pour financer lâavortement. Les Ă©lections de mi-mandat de 2010 ont Ă©tĂ© lâoccasion pour quelques un-e-s de faire les manchettes (dont Sharron Angle et Christine OâDonnell) et dâaccĂ©der au CongrĂšs (notamment Ron Johnson, sĂ©nateur rĂ©publicain du Wisconsin opposĂ© Ă lâavortement et au mariage gai). NĂ©anmoins, tiraillĂ©e entre les rĂ©publicains modĂ©rĂ©s et le mouvement de contestation du Tea Party, la droite chrĂ©tienne a semblĂ© perdre en importance sur la scĂšne politique amĂ©ricaine, Ă un point tel quâE.J. Dionne nâavait pas hĂ©sitĂ©, en dĂ©cembre 2009, Ă annoncer un « cessez-le-feu dans les guerres culturelles amĂ©ricaines », ces batailles entre progressistes et conservateurs moraux sur des enjeux comme lâavortement et le mariage gai. Pour certains, les controverses et scandales impliquant des figures importantes associĂ©es Ă la droite chrĂ©tienne auraient nui Ă sa popularitĂ©. Il nây a quâĂ penser Ă Par Robertson qui, en janvier 2010, au lendemain du tremblement de terre ayant tuĂ© des dizaines de milliers dâHaĂŻtien-ne-s, avait affirmĂ© que cette catastrophe Ă©tait une vengeance de Dieu en rĂ©action au pacte que les HaĂŻtien-ne-s auraient signĂ© avec le Diable pour les dĂ©barrasser de lâimpĂ©rialisme français au dĂ©but du 19e siĂšcle. Le pasteur Ă©vangĂ©lique Ted Haggard a lui aussi fait les manchettes en 2011 lorsquâil a admis sa bisexualitĂ© aprĂšs sâĂȘtre fait prendre Ă acheter de la drogue Ă un travailleur du sexe.
MalgrĂ© de tels Ă©pisodes, nĂ©fastes pour la crĂ©dibilitĂ© du conservatisme moral, il est intĂ©ressant de constater que mĂȘme en lâabsence de leaders charismatiques nationaux de la trempe dâun Jerry Falwell (dĂ©cĂ©dĂ© en 2007) et dâune campagne de mobilisation dâenvergure, le discours conservateur chrĂ©tien a continuĂ© Ă faire l’objet d’un appui considĂ©rable. En effet, les rĂ©centes victoires de Rick Santorum lors des primaires rĂ©publicaines en vue de la prĂ©sidentielle de 2012 tĂ©moignent dâune rĂ©ussite, Ă tout le moins partielle, des conservateurs moraux. Ces victoires Ă©lectorales mettent Ă©galement en exergue la lĂ©gitimitĂ© accordĂ©e au discours conservateur chrĂ©tien au sein dâĂtats se trouvant Ă lâextĂ©rieur de la Bible Belt. Courtisant les conservateurs moraux, Rick Santorum, qui mĂšne dĂ©sormais la course Ă lâinvestiture rĂ©publicaine si lâon se fie aux sondages nationaux, a mĂȘme annoncĂ©, il y a quelques heures, que « Satan a, depuis quelques annĂ©es, attaquĂ© les institutions de lâAmĂ©rique ». Un peu comme lâultraconservateur Pat Buchanan qui, lors de la convention nationale du parti rĂ©publicain en 1992, avait incitĂ© ses partisans Ă mener une « guerre religieuse » et morale contre la gauche, Santorum tente ainsi de galvaniser les troupes conservatrices en les convainquant que les Ătats-Unis sont dĂ©chirĂ©s par une « guerre spirituelle » entre ceux qui veulent que lâAmĂ©rique reste bonne et puissante et ceux qui, comme Satan (et Obama?), veulent le contraire. E.J. Dionne aurait-il annoncĂ© un peu trop hĂątivement la fin des « guerres culturelles » amĂ©ricaines?
Les opinions exprimĂ©es dans ce blogue sont strictement personnelles et ne reflĂštent pas nĂ©cessairement celles de Global Brief ou de lâĂcole des affaires publiques et internationales de Glendon.
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