Rick Santorum et le retour des guerres culturelles

February 21, 2012     
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(Note: ce billet a Ă©tĂ© co-Ă©crit avec VĂ©ronique Pronovost, chercheure Ă  l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UniversitĂ© du QuĂ©bec Ă  MontrĂ©al. PremiĂšre auteure de ce billet, Madame Pronovost rĂ©dige actuellement un mĂ©moire de maĂźtrise sur l’influence locale de la droite chrĂ©tienne amĂ©ricaine)

Le 7 fĂ©vrier dernier, l’ancien sĂ©nateur de l’État de la Pennsylvanie, Rick Santorum, a remportĂ© de maniĂšre convaincante la primaire du Missouri et les caucus du Minnesota et du Colorado. Les rĂ©sultats obtenus dans ces trois États – ainsi qu’en Iowa – par le candidat favori des conservateurs moraux dĂ©montrent que le discours de la droite chrĂ©tienne trouve toujours Ă©cho chez une part importante de la population amĂ©ricaine.

Depuis le dĂ©part du prĂ©sident W. Bush et « l’Obamanie » de 2008, les conservateurs moraux ont paru plus discrets qu’à l’habitude sur la scĂšne politique amĂ©ricaine, mĂȘme s’ils n’ont pas hĂ©sitĂ©, pendant le dĂ©bat sur la rĂ©forme de l’assurance maladie proposĂ©e par Obama, Ă  affirmer qu’il fallait cesser de « gaspiller » l’argent du fĂ©dĂ©ral pour financer l’avortement. Les Ă©lections de mi-mandat de 2010 ont Ă©tĂ© l’occasion pour quelques un-e-s de faire les manchettes (dont Sharron Angle et Christine O’Donnell) et d’accĂ©der au CongrĂšs (notamment Ron Johnson, sĂ©nateur rĂ©publicain du Wisconsin opposĂ© Ă  l’avortement et au mariage gai). NĂ©anmoins, tiraillĂ©e entre les rĂ©publicains modĂ©rĂ©s et le mouvement de contestation du Tea Party, la droite chrĂ©tienne a semblĂ© perdre en importance sur la scĂšne politique amĂ©ricaine, Ă  un point tel qu’E.J. Dionne n’avait pas hĂ©sitĂ©, en dĂ©cembre 2009, Ă  annoncer un « cessez-le-feu dans les guerres culturelles amĂ©ricaines », ces batailles entre progressistes et conservateurs moraux sur des enjeux comme l’avortement et le mariage gai. Pour certains, les controverses et scandales impliquant des figures importantes associĂ©es Ă  la droite chrĂ©tienne auraient nui Ă  sa popularitĂ©. Il n’y a qu’à penser Ă  Par Robertson qui, en janvier 2010, au lendemain du tremblement de terre ayant tuĂ© des dizaines de milliers d’HaĂŻtien-ne-s, avait affirmĂ© que cette catastrophe Ă©tait une vengeance de Dieu en rĂ©action au pacte que les HaĂŻtien-ne-s auraient signĂ© avec le Diable pour les dĂ©barrasser de l’impĂ©rialisme français au dĂ©but du 19e siĂšcle. Le pasteur Ă©vangĂ©lique Ted Haggard a lui aussi fait les manchettes en 2011 lorsqu’il a admis sa bisexualitĂ© aprĂšs s’ĂȘtre fait prendre Ă  acheter de la drogue Ă  un travailleur du sexe.

MalgrĂ© de tels Ă©pisodes, nĂ©fastes pour la crĂ©dibilitĂ© du conservatisme moral, il est intĂ©ressant de constater que mĂȘme en l’absence de leaders charismatiques nationaux de la trempe d’un Jerry Falwell (dĂ©cĂ©dĂ© en 2007) et d’une campagne de mobilisation d’envergure, le discours conservateur chrĂ©tien a continuĂ© Ă  faire l’objet d’un appui considĂ©rable. En effet, les rĂ©centes victoires de Rick Santorum lors des primaires rĂ©publicaines en vue de la prĂ©sidentielle de 2012 tĂ©moignent d’une rĂ©ussite, Ă  tout le moins partielle, des conservateurs moraux. Ces victoires Ă©lectorales mettent Ă©galement en exergue la lĂ©gitimitĂ© accordĂ©e au discours conservateur chrĂ©tien au sein d’États se trouvant Ă  l’extĂ©rieur de la Bible Belt. Courtisant les conservateurs moraux, Rick Santorum, qui mĂšne dĂ©sormais la course Ă  l’investiture rĂ©publicaine si l’on se fie aux sondages nationaux, a mĂȘme annoncĂ©, il y a quelques heures, que « Satan a, depuis quelques annĂ©es, attaquĂ© les institutions de l’AmĂ©rique ». Un peu comme l’ultraconservateur Pat Buchanan qui, lors de la convention nationale du parti rĂ©publicain en 1992, avait incitĂ© ses partisans Ă  mener une « guerre religieuse » et morale contre la gauche, Santorum tente ainsi de galvaniser les troupes conservatrices en les convainquant que les États-Unis sont dĂ©chirĂ©s par une « guerre spirituelle » entre ceux qui veulent que l’AmĂ©rique reste bonne et puissante et ceux qui, comme Satan (et Obama?), veulent le contraire. E.J. Dionne aurait-il annoncĂ© un peu trop hĂątivement la fin des « guerres culturelles » amĂ©ricaines?

Les opinions exprimĂ©es dans ce blogue sont strictement personnelles et ne reflĂštent pas nĂ©cessairement celles de Global Brief ou de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon.

The opinions expressed in this blog are personal and do not necessarily reflect the views of Global Brief or the Glendon School of Public and International Affairs.

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