Le retour des républicains
Pas de grande surprise lors des Ă©lections dâhier aux Ătats-Unis. Les sondeurs et les experts ne se sont pas trompĂ©s; c’Ă©tait un peu comme si on connaissait le sexe du bĂ©bĂ© avant la naissance ! En effet, on prĂ©disait depuis des mois une victoire rĂ©publicaine et câest exactement ce Ă quoi on a eu droit. La victoire du Grand Old Party a Ă©tĂ© retentissante Ă la Chambre des reprĂ©sentants (un gain total d’une soixantaine de siĂšges) et aux postes de gouverneurs d’Ătats (les rĂ©publicains avaient, au moment dâĂ©crire ces lignes, soutirĂ© un total de 8 siĂšges aux dĂ©mocrates, dont ceux en Ohio, en Pennsylvanie et au Tennessee). Mince consolation pour les dĂ©mocrates: ils ont rĂ©ussi Ă sauver leur majoritĂ© au SĂ©nat et peuvent, Ă ce titre, remercier le Tea Party de leur avoir permis de conserver les siĂšges au Delaware et au Nevada (celui du leader de la majoritĂ© Harry Reid). Les dĂ©mocrates ont aussi repris le poste de gouverneur de la Californie des mains des rĂ©publicains et dâArnold Schwarzenegger. Cela dit, le rĂ©sultat du vote dâhier illustre le mĂ©contentement des Ă©lecteurs Ă lâĂ©gard dâObama et de son parti, de rĂ©formes comme celle sur lâassurance maladie et des difficultĂ©s de l’Ă©conomie. Alors que les experts tentent dĂ©jĂ , quelques heures Ă peine aprĂšs le scrutin, dâĂ©valuer la signification et lâimpact de ces Ă©lections pour Obama et les AmĂ©ricains, je retiens pour ma part ceci :
1- Le Tea Party peut certes crier victoire, mais sa puissance au sein du nouveau CongrĂšs sera somme toute limitĂ©e. En effet, plusieurs « chouchous » du Tea Party ont enregistrĂ© des gains mĂ©morables hier, dont Rand Paul au Kentucky et Marco Rubio (une Ă©toile montante du cĂŽtĂ© rĂ©publicain) en Floride. Rand Paul a mĂȘme parlĂ© de crĂ©er un caucus du Tea Party au SĂ©nat, pour inciter le parti rĂ©publicain Ă tenir compte des intĂ©rĂȘts du « mouvement ». Paul et les « tea partiers » du SĂ©nat auront toutefois les mains liĂ©es dans cette chambre, qui reste aux mains des dĂ©mocrates. Ainsi, mĂȘme si la Chambre des reprĂ©sentants sera tentĂ©e, par exemple, dâadopter des projets de loi chers aux « tea partiers », dont des mesures visant Ă abroger la loi sur lâassurance maladie dâObama, de telles mesures ont peu de chances de voir le jour au SĂ©nat. Qui plus est, Obama dispose dâun droit de veto pour bloquer lâadoption des projets de loi adoptĂ©s au CongrĂšs, veto que les rĂ©publicains ne seront pas assez nombreux pour renverser (il faut, pour ce faire, un vote de deux tiers des membres de chaque chambre).
2- Les rĂ©sultats dâhier nous informent peu sur ce qui pourrait se produire en 2012. Câest clichĂ© de le dire, mais deux ans en politique, câest long ! AprĂšs lâĂ©lection de 2004, tous prĂ©sidaient le dĂ©but dâune Ăšre conservatrice rĂ©publicaine. Et pourtant⊠Les rĂ©publicains avaient perdu les deux chambres du CongrĂšs deux ans plus tard ! MĂȘme chose en 2008 : on prĂ©disait le dĂ©but dâune Ăšre dĂ©mocrate, idĂ©e que les Ă©lections dâhier nous obligent Ă nuancer. Barack Obama et les dĂ©mocrates ont donc encore de trĂšs bonnes chances de gagner en 2012, malgrĂ© le rĂ©sultat dâhier, et ce, un peu comme Truman et Clinton lâavaient respectivement fait en 1948 et en 1996, aprĂšs avoir perdu le contrĂŽle des deux chambres du CongrĂšs lors des midterms de 1946 et de 1994. Lorsque le nouveau CongrĂšs entamera ses travaux en janvier prochain, la majoritĂ© rĂ©publicaine de la Chambre des reprĂ©sentants sera dans une situation aussi dĂ©licate quâObama : elle devra livrer la marchandise et Ă son tour tenter de tenir des promesses Ă©lectorales. Mais sa puissance sera si limitĂ©e quâil lui sera difficile de ne pas dĂ©cevoir, ce qui pourrait aider Obama en vue de 2012, dâautant que les candidats pressentis en vue de la prochaine prĂ©sidentielle, dont Sarah Palin, Mike Huckabee et Mitt Romney, sont loin dâenchanter une majoritĂ© dâAmĂ©ricains. Ă surveiller Ă©galement dâici 2012 : une Sarah Palin sera-t-elle tentĂ©e, si elle perd lâinvestiture rĂ©publicaine, de se prĂ©senter comme troisiĂšme candidate prĂ©sidentielle, aux cĂŽtĂ©s dâObama et dâun rĂ©publicain modĂ©rĂ©, et, ainsi, de se faire la porte-parole des intĂ©rĂȘts du Tea Party ? Cela diviserait bien sĂ»r le vote rĂ©publicain et garantirait la victoire dâObama. Or, Palin et les partisans du Tea Party pourraient y voir un moyen dâatteindre un autre objectif Ă moyen terme, câest-Ă -dire forcer le parti rĂ©publicain Ă se positionner encore plus Ă droite Ă lâavenir, et ce, notamment en vue des Ă©lections de 2014 et de 2016. Dans une entrevue accordĂ©e au Fox Business Network il y a quelques jours, Sarah Palin affirmait dâailleurs ceci Ă ce propos : « If Republicans start compromising and going along with a liberal agenda that the American public is not embracing then I could see that third party movement rising up but there isnât a need for that yet. I would be very disappointed if Republicans stray from the principles within the party. If I were to leave the Republican party a whole lot of people would leave too ».
3- Pour ce qui est des relations entre le QuĂ©bec et les Ătats-Unis, les Ă©lections dâhier Ă©taient Ă©galement intĂ©ressantes parce quâelles ont marquĂ©, comme prĂ©vu, lâarrivĂ©e de plusieurs nouveaux visages aux postes de reprĂ©sentants, sĂ©nateurs et gouverneurs parmi ceux que lâon retrouve Ă proximitĂ© de notre frontiĂšre. Ă ce titre, il sera intĂ©ressant, au cours des prochaines semaines, dâexaminer le nouvel Ă©tat des forces politiques aux Ătats-Unis pour identifier ceux et celles qui, parmi les dizaines de nouveaux Ă©lus, pourraient reprĂ©senter des alliĂ©s (ou non) sur les dossiers chers au gouvernement du QuĂ©bec et Ă plusieurs QuĂ©bĂ©cois et QuĂ©bĂ©coises (reconnaissance de lâhydroĂ©lectricitĂ© comme une source dâĂ©nergie verte, construction dâun train à « grande vitesse » entre MontrĂ©al, Boston et New York, etc.). Bien sĂ»r, lâimmobilisme qui sâannonce au CongrĂšs nâest pas de trĂšs bon augure pour ceux et celles qui espĂ©raient des avancĂ©es rapides, Ă Washington, sur ces questions. Cela dit, seulement aux postes de gouverneurs, les Ă©lections dâhier se sont soldĂ©es par des victoires de plusieurs nouveaux Ă©lus dans les Ătats voisins du QuĂ©bec (Andrew Cuomo dans lâĂtat de New York, le « tea partier » Paul Lepage au Maine et â possiblement â le dĂ©mocrate Peter Shumlin au Vermont). Il sera intĂ©ressant de voir ce quâils auront Ă dire Ă propos du QuĂ©bec et sâils dĂ©montreront un plus grand intĂ©rĂȘt Ă lâĂ©gard des grands dossiers des relations QuĂ©bec/Ătats-Unis que leurs prĂ©dĂ©cesseurs.
Les opinions exprimĂ©es dans ce blogue sont strictement personnelles et ne reflĂštent pas nĂ©cessairement celles de Global Brief ou de lâĂcole des affaires publiques et internationales de Glendon.
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