Le retour des républicains

November 3, 2010     
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Pas de grande surprise lors des Ă©lections d’hier aux États-Unis. Les sondeurs et les experts ne se sont pas trompĂ©s; c’Ă©tait un peu comme si on connaissait le sexe du bĂ©bĂ© avant la naissance ! En effet, on prĂ©disait depuis des mois une victoire rĂ©publicaine et c’est exactement ce Ă  quoi on a eu droit. La victoire du Grand Old Party a Ă©tĂ© retentissante Ă  la Chambre des reprĂ©sentants (un gain total d’une soixantaine de siĂšges) et aux postes de gouverneurs d’États (les rĂ©publicains avaient, au moment d’écrire ces lignes, soutirĂ© un total de 8 siĂšges aux dĂ©mocrates, dont ceux en Ohio, en Pennsylvanie et au Tennessee). Mince consolation pour les dĂ©mocrates: ils ont rĂ©ussi Ă  sauver leur majoritĂ© au SĂ©nat et peuvent, Ă  ce titre, remercier le Tea Party de leur avoir permis de conserver les siĂšges au Delaware et au Nevada (celui du leader de la majoritĂ© Harry Reid). Les dĂ©mocrates ont aussi repris le poste de gouverneur de la Californie des mains des rĂ©publicains et d’Arnold Schwarzenegger. Cela dit, le rĂ©sultat du vote d’hier illustre le mĂ©contentement des Ă©lecteurs Ă  l’égard d’Obama et de son parti, de rĂ©formes comme celle sur l’assurance maladie et des difficultĂ©s de l’Ă©conomie. Alors que les experts tentent dĂ©jĂ , quelques heures Ă  peine aprĂšs le scrutin, d’évaluer la signification et l’impact de ces Ă©lections pour Obama et les AmĂ©ricains, je retiens pour ma part ceci :

1- Le Tea Party peut certes crier victoire, mais sa puissance au sein du nouveau CongrĂšs sera somme toute limitĂ©e. En effet, plusieurs « chouchous » du Tea Party ont enregistrĂ© des gains mĂ©morables hier, dont Rand Paul au Kentucky et Marco Rubio (une Ă©toile montante du cĂŽtĂ© rĂ©publicain) en Floride. Rand Paul a mĂȘme parlĂ© de crĂ©er un caucus du Tea Party au SĂ©nat, pour inciter le parti rĂ©publicain Ă  tenir compte des intĂ©rĂȘts du « mouvement ». Paul et les « tea partiers » du SĂ©nat auront toutefois les mains liĂ©es dans cette chambre, qui reste aux mains des dĂ©mocrates. Ainsi, mĂȘme si la Chambre des reprĂ©sentants sera tentĂ©e, par exemple, d’adopter des projets de loi chers aux « tea partiers », dont des mesures visant Ă  abroger la loi sur l’assurance maladie d’Obama, de telles mesures ont peu de chances de voir le jour au SĂ©nat. Qui plus est, Obama dispose d’un droit de veto pour bloquer l’adoption des projets de loi adoptĂ©s au CongrĂšs, veto que les rĂ©publicains ne seront pas assez nombreux pour renverser (il faut, pour ce faire, un vote de deux tiers des membres de chaque chambre).

2- Les rĂ©sultats d’hier nous informent peu sur ce qui pourrait se produire en 2012. C’est clichĂ© de le dire, mais deux ans en politique, c’est long ! AprĂšs l’élection de 2004, tous prĂ©sidaient le dĂ©but d’une Ăšre conservatrice rĂ©publicaine. Et pourtant
 Les rĂ©publicains avaient perdu les deux chambres du CongrĂšs deux ans plus tard ! MĂȘme chose en 2008 : on prĂ©disait le dĂ©but d’une Ăšre dĂ©mocrate, idĂ©e que les Ă©lections d’hier nous obligent Ă  nuancer. Barack Obama et les dĂ©mocrates ont donc encore de trĂšs bonnes chances de gagner en 2012, malgrĂ© le rĂ©sultat d’hier, et ce, un peu comme Truman et Clinton l’avaient respectivement fait en 1948 et en 1996, aprĂšs avoir perdu le contrĂŽle des deux chambres du CongrĂšs lors des midterms de 1946 et de 1994. Lorsque le nouveau CongrĂšs entamera ses travaux en janvier prochain, la majoritĂ© rĂ©publicaine de la Chambre des reprĂ©sentants sera dans une situation aussi dĂ©licate qu’Obama : elle devra livrer la marchandise et Ă  son tour tenter de tenir des promesses Ă©lectorales. Mais sa puissance sera si limitĂ©e qu’il lui sera difficile de ne pas dĂ©cevoir, ce qui pourrait aider Obama en vue de 2012, d’autant que les candidats pressentis en vue de la prochaine prĂ©sidentielle, dont Sarah Palin, Mike Huckabee et Mitt Romney, sont loin d’enchanter une majoritĂ© d’AmĂ©ricains. À surveiller Ă©galement d’ici 2012 : une Sarah Palin sera-t-elle tentĂ©e, si elle perd l’investiture rĂ©publicaine, de se prĂ©senter comme troisiĂšme candidate prĂ©sidentielle, aux cĂŽtĂ©s d’Obama et d’un rĂ©publicain modĂ©rĂ©, et, ainsi, de se faire la porte-parole des intĂ©rĂȘts du Tea Party ? Cela diviserait bien sĂ»r le vote rĂ©publicain et garantirait la victoire d’Obama. Or, Palin et les partisans du Tea Party pourraient y voir un moyen d’atteindre un autre objectif Ă  moyen terme, c’est-Ă -dire forcer le parti rĂ©publicain Ă  se positionner encore plus Ă  droite Ă  l’avenir, et ce, notamment en vue des Ă©lections de 2014 et de 2016. Dans une entrevue accordĂ©e au Fox Business Network il y a quelques jours, Sarah Palin affirmait d’ailleurs ceci Ă  ce propos : « If Republicans start compromising and going along with a liberal agenda that the American public is not embracing then I could see that third party movement rising up but there isn’t a need for that yet. I would be very disappointed if Republicans stray from the principles within the party. If I were to leave the Republican party a whole lot of people would leave too ».

3- Pour ce qui est des relations entre le QuĂ©bec et les États-Unis, les Ă©lections d’hier Ă©taient Ă©galement intĂ©ressantes parce qu’elles ont marquĂ©, comme prĂ©vu, l’arrivĂ©e de plusieurs nouveaux visages aux postes de reprĂ©sentants, sĂ©nateurs et gouverneurs parmi ceux que l’on retrouve Ă  proximitĂ© de notre frontiĂšre. À ce titre, il sera intĂ©ressant, au cours des prochaines semaines, d’examiner le nouvel Ă©tat des forces politiques aux États-Unis pour identifier ceux et celles qui, parmi les dizaines de nouveaux Ă©lus, pourraient reprĂ©senter des alliĂ©s (ou non) sur les dossiers chers au gouvernement du QuĂ©bec et Ă  plusieurs QuĂ©bĂ©cois et QuĂ©bĂ©coises (reconnaissance de l’hydroĂ©lectricitĂ© comme une source d’énergie verte, construction d’un train Ă  « grande vitesse » entre MontrĂ©al, Boston et New York, etc.). Bien sĂ»r, l’immobilisme qui s’annonce au CongrĂšs n’est pas de trĂšs bon augure pour ceux et celles qui espĂ©raient des avancĂ©es rapides, Ă  Washington, sur ces questions. Cela dit, seulement aux postes de gouverneurs, les Ă©lections d’hier se sont soldĂ©es par des victoires de plusieurs nouveaux Ă©lus dans les États voisins du QuĂ©bec (Andrew Cuomo dans l’État de New York, le « tea partier » Paul Lepage au Maine et – possiblement – le dĂ©mocrate Peter Shumlin au Vermont). Il sera intĂ©ressant de voir ce qu’ils auront Ă  dire Ă  propos du QuĂ©bec et s’ils dĂ©montreront un plus grand intĂ©rĂȘt Ă  l’égard des grands dossiers des relations QuĂ©bec/États-Unis que leurs prĂ©dĂ©cesseurs.

Les opinions exprimĂ©es dans ce blogue sont strictement personnelles et ne reflĂštent pas nĂ©cessairement celles de Global Brief ou de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon.

The opinions expressed in this blog are personal and do not necessarily reflect the views of Global Brief or the Glendon School of Public and International Affairs.

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