Qui succédera au « Governator » ?
La Californie est l’un des États les plus touchés par la crise économique aux États-Unis et on ne compte plus les mauvaises nouvelles qui, chaque jour, rappellent aux Californiens combien les « happy ending » hollywoodiennes se produisent plus souvent au grand écran que dans la réalité. À titre indicatif, le taux de chômage en Californie est de 13% (soit 3,5% au dessus de la moyenne nationale), les universités ont augmenté les frais de scolarité de 20% depuis janvier 2009, les banques ont repris 750 000 propriétés résidentielles en 2008 et 2009 et 35% des propriétaires résidentiels ont actuellement une hypothèque dont la valeur dépasse celle de leur habitation. C’est donc dans une atmosphère pour le moins morose que les électeurs californiens s’apprêtent à choisir le successeur de l’actuel gouverneur de l’État, Arnold Schwarzenegger, qui ne peut servir pour un troisième mandat en vertu de la Constitution de la Californie.
La course pour le poste de gouverneur en Californie, qui aura lieu le 2 novembre prochain, attirera sans doute fortement l’attention des médias américains. En effet, la Californie est non seulement l’État le plus populeux de l’Union (avec une population équivalent à celle du Canada !), mais les Californiens ont souvent, depuis 1945, élu de véritables étoiles de la politique américaine à la tête de leur État. L’exemple du « Governator » est particulièrement probant à cet égard, tout comme ceux d’Earl Warren et de Ronald Reagan, qui devinrent respectivement juge en chef de la Cour Suprême et président des États-Unis après leurs mandats à Sacramento.
Le problème, cette année, est que l’économie de la Californie est en si piteux État qu’il n’est pas exagéré d’affirmer que pratiquement personne ne veut prendre le relais de celui qui, en 1984, jouait le rôle d’un assassin cyborg dans un film de science-fiction réalisé par James Cameron.
Du côté démocrate, le seul candidat réellement crédible pour l’instant est Jerry Brown. Né à San Francisco en 1938, Brown a une grande expérience de la politique dans le Golden State : il est l’actuel secrétaire à la Justice (Attorney General) au sein de l’administration du « Governator », et a été maire de la ville d’Oakland de 1999 à 2007 et secrétaire d’État de la Californie de 1971 à 1975. Qui plus est, il a déjà occupé le poste de gouverneur de la Californie pendant deux mandats, de 1975 à 1983, mais peut être élu à nouveau à ce poste, car la limite de deux mandats prévue par la Constitution s’applique uniquement aux gouverneurs ayant été élus après novembre 1990.
Comme l’illustre cette publicité de campagne de Brown, les problèmes auxquels les Californiens sont confrontés sont nombreux (rancœur partisane paralysante dans la législature de Sacramento, budgets déficitaires, pertes d’emploi, etc.). Or, Brown jure avoir l’expérience nécessaire pour aider la Californie à retrouver le droit chemin…
Il devra toutefois convaincre les Californiens de ne pas être tentés par l’aventure républicaine que leur proposent plusieurs candidats qui s’affronteront lors d’une élection primaire prévue le 8 juin. Parmi eux, Meg Whitman (ancienne présidente et directrice générale de la compagnie eBay) et Steve Poizner (ancien entrepreneur de Silicon Valley et actuel Commissaire aux Assurances (California Insurance Commissioner) au sein de l’administration Schwarzenegger) ont les meilleures chances de remporter l’investiture du Grand Old Party en vue de la course du 2 novembre. Whitman, qui a reçu l’appui officiel de grosses pointures du parti comme John McCain, Mitt Romney et Dick Cheney, mène actuellement par une quinzaine de points dans les sondages. Or, Poizner a effectué une remontée ces dernières semaines quand les électeurs ont appris que Whitman n’avait jamais vraiment voté aux élections américaines de sa vie ! Le duel Whitman/Poizner a d’ailleurs donné lieu à plusieurs publicités extrêmement négatives jusqu’à présent, comme en témoignent les exemples suivants :
Une course à surveiller donc, et un résultat difficile à prédire, car les sondages illustrent que Brown et son adversaire républicain seraient au coude à coude si l’élection générale se tenait ce soir.
Pour ce qui est du « Governator », il avouait récemment qu’il raffole encore de politique et qu’il se présenterait volontiers à l’élection de novembre si la Constitution de la Californie le permettait. Qui plus est, celui que l’on surnomme parfois « Schwarzy » confiait récemment à Jay Leno qu’il briguerait sans contredit la présidence américaine si les Pères fondateurs n’avaient pas interdit à toute personne née à l’extérieur des États-Unis d’occuper cette fonction. Arnold ne refuserait donc sans doute pas un poste politique d’envergure à l’avenir. Un poste de secrétaire au sein d’une future administration républicaine peut-être ?
Chose certaine, la sortie prochaine du film hollywoodien intitulé The Expendables porte à croire que le « Governator » flirte aussi avec l’idée de renouer avec sa carrière d’acteur au terme de son règne à Sacramento.
Les mauvaises langues diront sans doute qu’il ne lui serait pas très difficile d’être plus populaire après un retour dans l’industrie du spectacle qu’en politique, lui qui fait l’objet d’un embarrassant taux d’approbation de 25% en Californie à l’heure actuelle… Et qui sait, peut-être lui offrira-t-on bientôt de jouer le rôle du président des États-Unis dans un film ou une future série à grand succès? Une mince consolation pour un personnage qui serait possiblement un sérieux aspirant au poste ultime à la Maison-Blanche si les Américains amendaient un jour le texte sacré de la Constitution.
Les opinions exprimées dans ce blogue sont strictement personnelles et ne reflètent pas nécessairement celles de Global Brief ou de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon.
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