Karl Rove et Édith Piaf
Qu’ont en commun Karl Rove et Édith Piaf ? Une drôle de question me direz-vous… Écoutez pourtant la légendaire chanson qui suit en lisant les mémoires publiés par Rove il y a quelques jours et vous comprendrez.
En effet, le livre Courage and Consequence: My Life as a Conservative in the Fight (Threshold Editions, 2010) ne nous apprend rien de bien neuf sur l’ancien conseiller de George W. Bush, et comme le dit la chanson : « Non ! Rien de rien. Non ! [Rove] ne regrette rien ».
Surtout pas la guerre en Irak, qui était absolument justifiée et nécessaire à son avis. Rove regrette encore moins que George W. Bush ait décidé de gouverner selon ses principes et ses convictions, sans céder sous la pression populaire et sans changer sa ligne de conduite en raison des sondages. La torture ? Il n’y a même pas matière à débat ici selon Rove, qui écrit que Bush n’a jamais autorisé celle-ci et qu’il a justement fait le contraire en s’assurant que les techniques d’interrogation des terroristes ne s’apparenteraient pas à des actes de torture. Comme l’explique mon collègue Tom Quiggin sur son propre blogue de Global Brief, Rove va même jusqu’à dire qu’il est fier que l’administration Bush ait recouru au simulacre de la noyade (waterboarding) dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.
En fait, plus on feuillette le livre et plus on se rend compte à quel point les propos de Rove font parfaitement écho à ceux tenus par George W. Bush lors d’une conférence qu’il donnait à Montréal le 22 octobre dernier. Comme Bush, Rove semble littéralement atteint d’un syndrome qui consiste à ne jamais admettre ses erreurs…
Courage and Consequence a donc ceci de frustrant : Rove y donne le sentiment que la présidence de Bush a été un succès incontestable sur pratiquement toute la ligne et, pire encore, que les difficultés rencontrées entre 2001 et 2009 sont surtout attribuables à d’autres individus qu’à Bush et à ses conseillers.
En parlant de la gestion calamiteuse de l’ouragan Katrina par exemple, Rove reproche à l’ancienne gouverneure de la Louisiane, Kathleen Blanco, ainsi qu’à l’ex-maire de la Nouvelle-Orléans, Ray Nagin, d’avoir bousillé la mise en œuvre des plans d’urgence et des mesures d’aide aux victimes de l’ouragan. Blanco et Nagin ne sont pas les seuls démocrates sur lesquels Rove tire à boulets rouges : Hillary Clinton, Harry Reid et Barack Obama font aussi partie des cibles de l’auteur de Courage and Consequence.
Les mémoires de Rove n’ont donc rien pour satisfaire ceux et celles qui s’attendent encore à voir Bush ou quelqu’un de son équipe faire des excuses semblables à celles faites par Nixon, en 1977, lors des célèbres Nixon Interviews avec le journaliste David Frost.
Courage et Consequence n’aura, en tout cas, visiblement pas plu à l’humoriste et satiriste Stephen Colbert qui, il y a quelques jours, affirmait que le visage de Rove ressemble curieusement à celle du contenu d’une boîte de jambon en conserve… (voir la photo de Rove en cliquant ici).
Et bonne lecture!
Les opinions exprimées dans ce blogue sont strictement personnelles et ne reflètent pas nécessairement celles de Global Brief ou de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon.
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