Victoire républicaine dans le “Biden Land”?
Parmi les 36 courses au Sénat des États-Unis qui auront lieu le 2 novembre prochain, en voici une autre qui, en plus de celle au Nevada (voir mon billet du 1er mars dernier), mérite très certainement notre attention.
Je parle ici de la sénatoriale au Delaware, où les démocrates risquent de perdre le siège que Joe Biden avait quitté en janvier 2009 pour occuper la vice-présidence aux côtés de Barack Obama.
Biden y avait été élu pour la première fois en 1972 et avait été remplacé par son ancien conseiller Ted Kaufman après la présidentielle de 2008. Kaufman a toutefois décidé de quitter ses fonctions en janvier prochain. Les républicains espèrent donc reprendre ce siège qui appartient aux démocrates depuis près de quarante ans !
On parle ici d’une course qui, au départ, avait tout pour plaire aux 9412351023498174812 political pundits qui analysent habituellement les grandes messes électorales sur Fox News et MSNBC – ou encore aux experts en version holographique (à la manière Star Wars) qu’on a pu regarder sur CNN le soir de la présidentielle de 2008.
Vous savez, le genre d’histoire qui met en vedette le père et le fils…
Beau Biden, le fils ainé de Joe, convoitait le siège depuis plusieurs mois, mais a annoncé tout récemment qu’il y renoncerait pour se concentrer sur ses fonctions de secrétaire à la Justice de l’État du Delaware et, au premier chef, sur une cause impliquant un pédiatre soupçonné d’avoir agressé sexuellement une centaine de jeunes filles depuis 1998. Ce que Beau a omis de dire, toutefois, est que les sondages indiquaient qu’il aurait eu beaucoup de mal à convaincre les Delawareans de le promouvoir au poste de sénateur, une donnée qui n’est certainement pas étrangère à sa soudaine virevolte.
Pris de court, les démocrates donc dû trouver un substitut à Beau, et peuvent, pour l’instant, compter sur l’avocat et politicien Chris Coons, qui occupe le poste de chef du comté de New Castle au Delaware (County Executive, New Castle County) depuis 2004. Le problème de Coons est qu’il n’a aucune expérience de la politique nationale et qu’il donne le sentiment de provenir des ligues mineures, comme en témoigne, par exemple, son site de campagne au contenu squelettique et sur lequel Coons donne surtout le sentiment de quémander des fonds et l’aide de bénévoles. On ne sait pas encore si ses efforts seront fructueux, mais il est clair que son principal adversaire, le républicain Mike Castle, part avec une longueur d’avance sur le plan du financement, lui qui disposait déjà d’une cagnotte de près de 2 millions de dollars à laquelle s’ajoute un autre million en fonds recueillis plus récemment pour la course de 2010.
Castle est également bien connu des Delawareans, lui qui a été gouverneur du Delaware de 1985 à 1992 et qui occupe l’unique siège dont le Delaware dispose à la Chambre des représentants à Washington D.C. Et Castle a une autre corde à son arc : il est un républicain, mais a des positions modérées sur des enjeux comme l’environnement et le financement de la recherche sur les cellules souches, ce qui peut s’avérer un atout dans un État qui n’a pas voté républicain aux élections présidentielles depuis 1988, et dont les habitants ont voté à 62% pour Obama en 2008 (contre 37% pour McCain).
Cela veut-il dire que l’on peut d’ores et déjà miser sa chemise sur une victoire de Castle dans le Biden Land ? Plutôt tentant, je dirais, surtout quand on constate qu’il mène déjà par 20 points dans les sondages…
Comme l’indiquent ces chiffres, il semble donc que les Delawarians s’apprêtent à donner un nouveau sens au surnom de leur État. En effet, on appelle le Delaware le First State parce qu’il fut le premier à ratifier la Constitution des États-Unis au lendemain de la Convention de Philadelphie de 1787. Mais l’histoire retiendra peut-être qu’il fut aussi le « premier État » à quitter le navire démocrate au profit du camp républicain le soir des législatives de 2010.
Les opinions exprimées dans ce blogue sont strictement personnelles et ne reflètent pas nécessairement celles de Global Brief ou de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon.
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2 Responses to “Victoire républicaine dans le “Biden Land”?”

























Je partage votre incertitude face aux élections à venir. Mais à la lecture de l’ensemble de vos billets, vous semblez si pessimiste par rapport à l’avenir présidentiel de Obama… Est-ce une manière de signifier que Obama aura autant de difficulté à manÅ“uvrer que Clinton à partir de 1995 — et ce même si Obama continue d’avoir la majorité au sein des deux chambres? Y a-t-il réellement un parallèle à faire entre les deux présidences?
Chère Véronique. Merci pour ce commentaire et je pense effectivement que le parallèle entre Obama et Clinton est intéressant. En fait, tous les présidents ont beaucoup de difficulté à garantir l’adoption de leurs projets au Congrès et même George W. Bush n’a pas été épargné sur ce plan, surtout durant son deuxième mandat. Je pense qu’Obama aura, contrairement à Clinton après l’élection de 1994, la chance de disposer de majorités démocrates après l’élection de 2010. Les choses pourraient donc être un peu plus faciles pour lui que ce fut le cas pour Clinton. Mais les majorités démocrates seront très probablement réduites (d’une vingtaine de sièges à la Chambre et de 4 ou 5 sièges au Sénat?), ce qui rendra l’adoption de ses projets au Congrès encore plus difficile qu’en ce moment.