Le « Sommet de toutes les peurs »

February 26, 2010     

Non, je ne parle pas ici d’un nouveau roman de Tom Clancy ou de la suite de son livre catastrophe intitulé « La Somme de toutes les peurs ». Je fais plutôt référence à l’atmosphère qui régnait hier lors de la rencontre entre Barack Obama et 38 membres du Congrès (19 démocrates et 19 républicains) pour débloquer l’impasse sur la réforme de l’assurance maladie.

« Sommet de toutes les peurs » quand les républicains réitèrent leurs craintes de voir la réforme creuser le déficit et demandent que l’on recommence les discussions « à zéro ».

« Sommet de toutes les peurs » quand Obama et les démocrates n’ont toujours pas le courage d’imposer l’adoption de la réforme à la majorité simple au Sénat (51 voix) en recourant à une mesure extraordinaire connue sous le nom de « réconciliation » (reconciliation), mesure qui permettrait de contourner les manœuvres dilatoires républicaines.

« Sommet de toutes les peurs » quand 49% des Américains (contre 42%) ne veulent pas que le Congrès adopte le projet de réforme proposé par Obama; quand 52% des Américains (contre 39%) jugent que les démocrates ne devraient pas recourir à la manœuvre de la « réconciliation ».

Oublie-t-on, pourtant, que cette manœuvre a été utilisée 21 fois depuis 1981 (dont 16 fois sous majorité républicaine), et tout récemment par George W. Bush quand il a fait adopter sa réforme sur l’éducation et ses réductions d’impôts ?

La plupart des observateurs s’entendent déjà pour dire que le « Sommet de toutes les peurs » n’aura probablement servi à rien : Kim Strassel écrit qu’il n’a pas permis à Obama de gagner son pari, Carrie Budoff Brown note qu’il a été marqué par la confusion et les conflits, CNN titre qu’il ne s’est soldé par « aucune avancée significative », David M. Herszenhorn croit qu’il n’a pas permis de rallier tous les démocrates à la cause d’Obama, et Michael Tomasky explique qu’il prouve qu’on ne peut envisager de « grandes réformes » à cause de la rancœur partisane à Washington.

Le nouvel objectif fixé par Obama est de garantir l’adoption d’un texte de réforme à la fin mars, avant les vacances du Congrès. Ce ne sera possible que s’il troque son « audace d’espérer » pour une « audace de gouverner » avec la même fermeté et intransigeance qu’on reprochait souvent à George W. Bush! Les démocrates et Obama en paieront peut-être le prix aux élections de 2010. D’autres présidents avant lui ont nui à leur propre parti en allant de l’avant avec des réformes impopulaires dans certains milieux. Souvenons-nous de Lyndon Johnson, qui, lors de l’adoption du Civil Rights Act de 1964, dit de son propre aveu qu’il vient peut-être de donner le Sud des États-Unis aux républicains pour des années à venir…

Mais n’est-ce pas justement le genre de geste qui démontrerait qu’Obama est un véritable transformational president, un politicien de type nouveau qui fait passer ses valeurs et sa vision avant les considérations électorales ?

Les opinions exprimées dans ce blogue sont strictement personnelles et ne reflètent pas nécessairement celles de Global Brief ou de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon.

The opinions expressed in this blog are personal and do not necessarily reflect the views of Global Brief or the Glendon School of Public and International Affairs.

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One Response to “Le « Sommet de toutes les peurs »”

  1. Marie-Ève Dumas on February 27th, 2010 2:45 am

    Votre billet laisse croire que Obama se trouve dans une situation perdante-perdante, c’est-à-dire que peu importe qu’il agisse d’un côté ou de l’autre, il perd des appuis. S’il ne fait rien et que la réforme ne passe pas, les démocrates seront déçus par Obama. S’il force l’adoption par la réconciliation, l’opinion publique lui sera défavorable. Et même s’il ne la force pas, mais souhaite tout de même négocier pour tenter de la faire passer, cela ne pourrait déboucher à cause des luttes et rancœur partisanes. Mais quelle est donc la solution? Affirmez-vous vraiment que la situation est sans issue pour Obama actuellement? Pensez-vous vraiment que son équipe est à ce point si peu préparée à faire face à cette situation, qui était, malgré tout, prévisible?





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