Des consoles XBOX dans l’armée américaine?
Un chroniqueur de la revue WIRED publiait un billet fort intéressant il y a quelques jours à propos de la volonté de l’armée américaine de se doter de consoles XBOX 360 pour l’entraînement des boys à l’aide de simulateurs de guerre. Comme le note l’auteur du billet, on recourt déjà à des ordinateurs PC dans les centres d’entraînement de l’armée américaine, mais remplacer ces appareils par des consoles XBOX 360 permettrait de faire des économies considérables.
Ce billet est intéressant, car il rappelle la pertinence de la problématique soulevée dans le livre de James Der Derian intitulé Virtuous War (Boulder : Westview Press, 2001). Pour Der Derian, les liens entre l’armée américaine et l’industrie du divertissement sont de plus en plus étroits : les soldats américains ont jadis utilisé des versions modifiées du jeu Doom pour leur entraînement; or ils sont désormais directement impliqués dans la confection des jeux que l’on consomme dans nos foyers.
À titre d’exemple, le président de la compagnie Infinity Ward, qui produit la fort populaire série de jeux de guerre intitulée Call of Duty, expliquait dans une entrevue que son équipe consulte des représentants de l’armée américaine pour s’assurer du réalisme de ses jeux. Parfois, c’est l’armée américaine elle-même qui crée les jeux, comme c’est le cas avec la série America’s Army, qui invite le joueur à se mettre dans la peau d’un soldat américain et à détruire des équivalents virtuels des vrais ennemis que les États-Unis combattent en Afghanistan et ailleurs.
Comme l’ont soulevé plusieurs observateurs, dont le professeur David Leonard (lire « Unsettling the Military Entertainment Complex: Video Games and a Pedagogy of Peace », Studies in Media & Information Literacy Education, Novembre 2004), une réflexion s’impose quant aux liens dont parlait James Der Derian quand on constate que la série America’s Army a déjà permis un meilleur recrutement militaire aux États-Unis. Jusqu’à quel point voulons-nous que les jeux vidéos deviennent le véhicule des valeurs du Pentagone ? Jusqu’à quel point sommes-nous capables de consommer des jeux comme America’s Army et Call of Duty tout en gardant un certain recul par rapport à leur penchant pour une vision militariste de la politique étrangère des États-Unis ? Voici quelques-unes des questions qui me traversèrent l’esprit, il y a quelques jours, lorsque mon personnage de Call of Duty tentait d’anéantir une horde d’ennemis venus envahir Washington D.C.
Les opinions exprimées dans ce blogue sont strictement personnelles et ne reflètent pas nécessairement celles de Global Brief ou de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon.
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