Que fera le Japon?

FEATURES | March 3, 2017     

ILLUSTRATION: DAVID PLUNKERTLa place d’honneur, le triangle, la dispersion et le temps qui court


Shinzo Abe dirige le Japon depuis 2012. Sauf imprĂ©vu, il continuera jusqu’en 2021. Pendant cette pĂ©riode, Abe entend arracher l’économie nippone Ă  la langueur qui l’accable depuis un quart de siĂšcle. Ses rĂ©sultats ne sont pas encore probants. Il veut aussi «en finir avec l’aprĂšs-guerre» – ce qui, pour la droite nationaliste dont il est le porte-drapeau, signifie enterrer dĂ©finitivement la question des crimes commis par les armĂ©es impĂ©riales, et amender la Constitution dictĂ©e en 1947 par le vainqueur amĂ©ricain. Abe a imposĂ© une «rĂ©interprĂ©tation» de son article 9, qui permet dĂ©sormais aux forces armĂ©es du Japon de soutenir celles de ses alliĂ©s si des attaques contre celles-ci reprĂ©sentent aussi une menace directe pour l’archipel. Mais il a lourdement Ă©chouĂ© en prĂ©tendant rĂ©gler Ă  sa maniĂšre le douloureux problĂšme des comfort women avec la CorĂ©e du Sud.

La troisiĂšme mission d’Abe est d’assurer au Japon une «place d’honneur» dans le monde. L’expression «place d’honneur» (meiyo aru chii) figure dans le prĂ©ambule de la Constitution japonaise comme un but national. Elle reflĂšte une vision de l’ordre international comme une stricte hiĂ©rarchie, dont la puissance dominante constitue «le centre du monde». Le Japon n’a jamais prĂ©tendu l’ĂȘtre. Ce qu’il a toujours cherchĂ©, y compris pendant son aventure impĂ©rialiste (1895-1945), c’est d’occuper un rang suffisant pour dissuader les infĂ©rieurs de l’agresser, tout en le mettant Ă  l’abri des empiĂštements de la puissance dominante, et qui lui permet soit d’ĂȘtre jugĂ© digne de ses bienfaits, soit d’ĂȘtre laissĂ© tranquille par elle, comme Ă  l’époque d’Edo (1604-1868).

Un monde sans centre dĂ©soriente le Japon. La vie Ă©tait simple pour lui dans l’Asie organisĂ©e autour de l’empire du Milieu. Quand l’Occident a dĂ©truit ce centre, l’archipel a dĂ» repenser en catastrophe son positionnement dans le monde. L’affaire s’est terminĂ©e par une dĂ©faite Ă©crasante. Les États-Unis se sont imposĂ©s Ă  lui comme nouveau centre de ce «monde libre» auquel sa dĂ©faite l’avait intĂ©grĂ©. Il a su en tirer d’énormes bienfaits, en termes de sĂ©curitĂ© et de croissance Ă©conomique, jusqu’à indisposer son protecteur, qui le lui fit savoir sans mĂ©nagement dans les annĂ©es 1980-1990 – notamment en le contraignant, sous peine de sanctions, Ă  dĂ©manteler les «obstacles structurels» qui protĂ©geaient son Ă©conomie.

Aujourd’hui, avec l’effondrement des blocs, le grand retour de la puissance chinoise, et les errements stratĂ©giques des États-Unis, le Japon retrouve son cauchemar d’un monde dĂ©pourvu de centre. C’est alors qu’en matiĂšre de relations internationales Abe est un rĂ©aliste, pour qui seuls comptent l’intĂ©rĂȘt national et les rapports de force. Les maĂźtres du moment – Trump, Poutine et Xi – le sont aussi, tout comme, en Asie, l’Indien Modi et le Philippin Duterte. À dĂ©faut de s’entendre, on se comprend. Abe devrait donc ĂȘtre Ă  l’aise. Pourtant, il vient de connaĂźtre coup sur coup deux Ă©checs rĂ©vĂ©lateurs.

En 2015, Abe a cru en finir avec les comfort women moyennant 100 millions de yens: 750 000 euros pour qu’on n’en parle plus, et que disparaissent les statues Ă©rigĂ©es ici et lĂ  en leur mĂ©moire. Toutes proportions gardĂ©es, c’était comme si une Allemagne mal repentie demandait Ă  la France de fermer le MĂ©morial de la Shoah pour le prix d’un (bel) appartement parisien. Soit ignorance, soit mĂ©pris pour cet aspect des choses, Abe avait superbement ignorĂ© la charge Ă©motionnelle de cette question en CorĂ©e. Face au tollĂ© que souleva son offre, il la dĂ©cupla prĂ©cipitamment. La prĂ©sidente Park signa, mais l’affaire a tournĂ© Ă  la dĂ©bĂącle: affaiblissement et chute de Park, gel des nĂ©gociations Ă©conomiques et de sĂ©curitĂ© entre Tokyo et SĂ©oul, et rappel de l’ambassadeur japonais en dĂ©cembre 2016.

Le mĂȘme mois, autre Ă©chec cinglant face Ă  Poutine. Abe rĂȘvait d’obtenir un geste sur les «territoires du Nord» en Ă©change d’investissements japonais en SibĂ©rie. Les conversations prĂ©liminaires laissaient peu d’espoir. Abe, refusant de s’avouer battu, organisa nĂ©anmoins un face-Ă -face avec le maĂźtre du Kremlin Ă  Nagato, sa petite ville natale de province, en lui vantant «les spĂ©cialitĂ©s locales, les onsen et le beau cadre naturel». Poutine le paya d’un camouflet, en ne lĂąchant rien.

Les nationalistes japonais aiment Ă  penser que les vertus traditionnelles de leur pays sont un puissant Ă©lĂ©ment de soft power. Selon eux, c’est l’admiration du monde entier pour l’omotenashi qui a permis Ă  Tokyo d’obtenir les Jeux Olympiques de 2020. À Nagato, Abe Ă©tait peut-ĂȘtre lĂ©gĂšrement dupe de cette rhĂ©torique, mais surtout prisonnier de son style diplomatique.

La politique Ă©trangĂšre est le seul domaine oĂč les chefs de gouvernement japonais ont toujours joui d’une certaine libertĂ© de manƓuvre, parce que les parlementaires, face auxquels ils sont faibles, ne s’y intĂ©ressent guĂšre. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les inflexions majeures de la diplomatie nippone ont toujours Ă©tĂ© l’Ɠuvre d’un premier ministre. Abe a encore plus de libertĂ© que ses prĂ©dĂ©cesseurs, car il exerce sur sa majoritĂ© une autoritĂ© sans prĂ©cĂ©dent, et peut inscrire son action dans la durĂ©e.

Abe dĂ©ploie un activisme exceptionnel. En trois ans et demi, il a visitĂ© 92 pays diffĂ©rents, contre 78 en quatre ans et demi pour Hollande, et seulement 58 en huit ans pour Barack Obama. Abe a aussi repris le style de son mentor Junichiro Koizumi, premier ministre de 2001 Ă  2006. Koizumi est l’homme qui a acclimatĂ© le populisme moderne au Japon, y compris en matiĂšre diplomatique. Ses deux face-Ă -face Ă  Pyongyang avec Kim Jong-Il, en 2002 et 2004, sont un modĂšle du genre: effet de surprise, dramatisation, posture du leader rĂ©solu, succĂšs aussitĂŽt proclamĂ©, puis passage immĂ©diat Ă  une autre sĂ©quence.

Dans le seul mois de dĂ©cembre 2016, Abe a ainsi enchaĂźnĂ© quatre sĂ©quences fortes. Droit dans ses bottes nationalistes, il est allĂ© au clash avec SĂ©oul pour une statue. Incarnation des vertus nationales, il a offert sans sourciller le meilleur de l’omotenashi Ă  un Poutine malpoli. PĂ©tri de bonne volontĂ©, il s’est recueilli Ă  Pearl Harbour en prĂ©tendant ĂȘtre le premier dirigeant nippon Ă  le faire, quitte Ă  ĂȘtre dĂ©menti sur ce point. Hyper-rĂ©actif et intrĂ©pide, il s’est prĂ©cipitĂ© pour ĂȘtre le premier dirigeant Ă©tranger photographiĂ© avec le sulfureux Trump, Ă  peine Ă©lu.

Discorde avec SĂ©oul? Humiliation Ă  Nagato? Piques mĂ©diatiques Ă  Pearl Harbour? Rien qu’une photo Ă  Trump Tower? Peu importe: chaque coup de communication sitĂŽt fait, Abe est dĂ©jĂ  ailleurs – aux Philippines, en Australie, en IndonĂ©sie et au Vietnam du 12 au 18 janvier. Mais Ă  ce jeu, le risque de dispersion est grand


L’équation gĂ©ostratĂ©gique du Japon est simple: il est pris dans une relation triangulaire avec deux pays, dont chacun peut exercer une influence dĂ©cisive sur son destin. La Chine et les États-Unis ont pour lui une importance Ă©conomique vitale. La premiĂšre est la principale menace dans son environnement immĂ©diat, les seconds le protĂšgent, tout en lui reprochant de retirer tout le profit de leur relation. Dans ce jeu, le Japon a beaucoup perdu avec la fin de la Guerre froide, dans laquelle son protecteur ne pouvait pas le lĂącher. Il court dĂ©sormais un double risque: ĂȘtre abandonnĂ© si les deux gĂ©ants s’entendent sur leurs intĂ©rĂȘts nationaux en comptant les siens pour rien, ou ĂȘtre pris au piĂšge s’ils s’affrontent, et que son protecteur l’entraĂźne dans un conflit oĂč il aura tout Ă  perdre: «Quand les Ă©lĂ©phants se battent, ce sont les fourmis qui meurent».

Face Ă  la Chine, le Japon ne saurait user de la force pour se dĂ©fendre sans ĂȘtre assurĂ© du soutien des États-Unis. Ce soutien dĂ©pend de la perception que ces derniers ont de la menace chinoise pour leurs propres intĂ©rĂȘts. Si l’approche rĂ©aliste agressive de Trump envers PĂ©kin se concrĂ©tise, l’archipel pourrait bĂ©nĂ©ficier d’une garantie de sĂ©curitĂ© renforcĂ©e; mais il devra la payer de concessions Ă©conomiques, et d’un risque accru d’ĂȘtre entraĂźnĂ© dans un conflit oĂč il serait gĂ©ographiquement en premiĂšre ligne.

La stratĂ©gie internationale d’Abe repose donc sur trois piliers dont la soliditĂ© n’est pas Ă  toute Ă©preuve.

La capacitĂ© d’action militaire du Japon. Abe a fait beaucoup pour l’accroĂźtre: assouplissement des contraintes constitutionnelles, augmentation du budget (+7,5 pour cent depuis 2012) et accroissement des capacitĂ©s de projection. L’industrie d’armement est dĂ©sormais autorisĂ©e Ă  exporter, mais elle doit encore apprendre Ă  le faire en 2016 (la France lui a raflĂ© un Ă©norme contrat de sous-marins en Australie). Pour ses armements essentiels, l’archipel reste dĂ©pendant des États-Unis, qui ont mĂȘme parfois le doigt sur la gĂąchette Ă  la place des Japonais. Enfin, la majoritĂ© des Japonais risque fort d’ĂȘtre tĂ©tanisĂ©e si la perspective d’ĂȘtre entraĂźnĂ©e dans un conflit se prĂ©cisait.

La quĂȘte tous azimuts d’alliances contre la Chine. Abe courtise assidĂ»ment la Russie et l’Inde, malgrĂ© les rĂ©serves occidentales envers leurs dirigeants. Il arrose de crĂ©dits les rĂ©publiques d’Asie centrale. Tout autour de la mer de Chine du Sud, il distribue gratifications Ă©conomiques et garde-cĂŽtes d’occasion, et signe des accords de sĂ©curitĂ© plus ou moins Ă©laborĂ©s (Philippines, Vietnam, IndonĂ©sie). Mais ces alliĂ©s potentiels sont aussi rĂ©alistes qu’Abe. Duterte court de PĂ©kin Ă  Tokyo, dit Ă  chacun ce qu’il veut entendre, et Abe lui promet l’équivalent de huit milliards d’euros. L’IndonĂ©sie partage ses contrats de TGV entre Chinois et Japonais. Et ni l’Inde ni la Russie n’a le moindre intĂ©rĂȘt Ă  une croisade antichinoise. (Dans ces dĂ©marches, Tokyo peut servir de proxy Ă  Washington auprĂšs de pays qui ont une relation difficile avec les États-Unis, pour des raisons historiques (Vietnam) et de droits humains (Philippines), ou tenant Ă  une importante population musulmane (IndonĂ©sie)).

L’alliance amĂ©ricaine rĂ©sistera certainement aux tensions rĂ©currentes autour des bases amĂ©ricaines d’Okinawa. Mais Trump entend la faire payer plus cher, financiĂšrement et en termes de soumission aux intĂ©rĂȘts nationaux amĂ©ricains. Peu lui importent ceux du Japon, comme le montre le retrait amĂ©ricain du Partenariat Transpacifique (PTP). C’est un camouflet majeur pour Abe, qui a fait ratifier le texte aux forceps, dans l’espoir de contraindre ainsi les entreprises nippones aux rĂ©formes structurelles qui leur rĂ©pugnent.

Quelles options pour Abe?

Bien Ă©videmment, le risque de l’effondrement dĂ©mographique menace tout ce qu’Abe entend bĂątir. NatalitĂ© en berne, le Japon pourrait perdre jusqu’à 40 millions d’habitants d’ici Ă  2060. Sa population vieillit massivement. Bizarrement, Abe l’accepte. Il entend seulement limiter la perte Ă  25 millions – ce qui donnerait un Japon de 100 millions d’habitants, dont prĂšs de 40 pour cent auraient plus de 65 ans. Moins de 50 pour cent seraient au travail, et la moitiĂ© d’entre eux aurait plus de 50 ans. Aux Ă©lections, le poids des personnes ĂągĂ©es sera Ă©crasant. Quels risques un tel pays sera-t-il disposĂ© Ă  prendre? Qu’en sera-t-il du dynamisme national? Comment recrutera-t-on l’armĂ©e? Comment sera-t-elle financĂ©e quand les dĂ©penses sociales siphonneront l’argent public?

En Asie, l’élection de Trump peut entraĂźner le pire: au plan gĂ©ostratĂ©gique, tentative d’interdire Ă  la Chine l’accĂšs aux ilots qu’elle a fortifiĂ©s en mer de Chine du Sud, dĂ©nonciation du principe d’une seule Chine, retour de forces amĂ©ricaines Ă  Taiwan et rĂ©plique chinoise; au plan Ă©conomique, guerre commerciale mettant Ă  mal tous les protagonistes. Le pire n’est jamais sĂ»r, mais c’est de cette hypothĂšse qu’il faut partir, tout en postulant que les enjeux et les risques sont tels que le rĂ©alisme imposera au final un deal sino-amĂ©ricain.

Gagner une place d’honneur au risque de l’abandon

Abe pourrait freiner le dĂ©rapage gĂ©ostratĂ©gique en refusant d’y associer le Japon: a minima, en restant fidĂšle au principe d’une seule Chine; fermement, en refusant de participer au blocus des ilots chinois; avec Ă©clat, en refusant l’usage du territoire japonais pour certaines opĂ©rations des forces amĂ©ricaines. En prenant ces risques pour modĂ©rer l’affrontement des gĂ©ants, le Japon d’Abe acquerrait une lĂ©gitimitĂ© et une autoritĂ© inĂ©dites sur la scĂšne internationale. Il accĂ©derait Ă  cette place d’honneur dont il rĂȘve, qui lui permettrait de se proposer, voire de se poser, en leader des autres fourmis d’Asie menacĂ©es d’ĂȘtre piĂ©tinĂ©es dans le combat des Ă©lĂ©phants.

Dans le mĂȘme temps, Abe proclamerait son attachement au libre-Ă©change, prenant la tĂȘte d’un PTP Ă  11, sans les États-Unis, comme l’Australie l’a demandĂ©. L’engagement du Japon, qui reprĂ©sente 44 pour cent du PIB des 11, conditionne toute cette tentative. En champion du libre-Ă©change, Abe pourrait se rapprocher activement de l’Union europĂ©enne, qui n’a elle non plus rien de trĂšs bon Ă  attendre de Trump. Et l’opinion publique japonaise ferait Ă  Abe une place d’honneur dans l’histoire.

Toutefois, le Japon paierait probablement cher le deal rĂ©aliste final entre Trump et Xi. Vomi par le premier et jugĂ© faible par le second, il risquerait fort de les voir s’entendre sur son dos. Abe ne semble pas disposĂ© Ă  courir ce risque. Il a immĂ©diatement rejetĂ© la proposition australienne d’un PTP Ă  11. Il a rĂ©ussi Ă  ĂȘtre le premier dirigeant du monde reçu officiellement par Trump dans sa residence de luxe Mar-a-Lago. Quant Ă  l’Union europĂ©enne, en bon nationaliste, Abe n’y voit qu’une construction contre-nature, dont il n’attend rien.

Sauver les meubles au risque de prendre une balle

Le plus probable est donc qu’Abe suivra prudemment les États-Unis (sauf sur le principe de la Chine unique?), en pariant sur le rĂ©alisme des deux gĂ©ants pour se tester sans aller trop loin. Cela ne surprendrait pas Ă  PĂ©kin, et ne lui dĂ©plairait pas forcĂ©ment, car prendre seule la mesure de Trump avec ses propres forces porterait au zĂ©nith son influence rĂ©gionale. PĂ©kin pourrait aussi remercier Abe d’avoir enterrĂ© le PTP, laissant ainsi le terrain libre pour avancer en Asie les pions Ă©conomiques chinois (par exemple, la nouvelle Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures). Et il ne serait pas illogique que les deux puissances voisines nĂ©gocient en bilatĂ©ral pour minimiser les dĂ©gĂąts du protectionnisme trumpiste par une plus grande ouverture mutuelle de leurs Ă©conomies.

Paradoxalement, Trump pourrait ainsi, Ă  terme, rapprocher Xi et Abe. Mais en ne rompant pas l’accord de sĂ©curitĂ© avec les États-Unis, ce dernier aurait conservĂ© la garantie de sĂ©curitĂ© amĂ©ricaine pour l’archipel. Le Japon aurait ainsi sauvĂ© les meubles des deux cĂŽtĂ©s – au risque, toutefois, qu’un imprĂ©vu dans les frictions entre forces amĂ©ricaines et chinoises dĂ©gĂ©nĂšre en quelques missiles perdus; auquel cas le Japon courrait assurĂ©ment plus de risques que les États-Unis.

(Au sommet de Mar-a-Lago, bien aidĂ© par le radoucissement du ton de Trump envers la Chine et le ferme renouvellement de la garantie de sĂ©curitĂ© amĂ©ricaine au Japon, Abe a clairement choisi la continuitĂ© prudente en s’alignant sur le nouveau prĂ©sident amĂ©ricain, notamment en nĂ©gociant un traitĂ© de commerce bilatĂ©ral. Cela devrait faire du Japon le pilier du «monde selon Trump» en Asie, comme la Grande-Bretagne – dont la premiĂšre ministre a prĂ©cĂ©dĂ© Abe Ă  Washington – le sera en Europe. Une place d’honneur qui en vaudrait bien une autre…)

Dans le temps qui lui reste, Abe aura un agenda Ă©crasant: une, voire deux Ă©lections lĂ©gislatives, et un scrutin senatorial; la Coupe du monde de rugby et les Jeux Olympiques; amender la Constitution, son ambition suprĂȘme, ce qui impliquerait un rĂ©fĂ©rendum trĂšs risquĂ©; redĂ©marrer le parc nuclĂ©aire, toujours presque entiĂšrement arrĂȘtĂ©; se rĂ©concilier avec SĂ©oul; et, bien entendu, arbitrer les luttes fĂ©roces pour sa succession.

bioline

Jean-Marie Bouissou est directeur de recherche et représentant de Sciences Po au Japon. Son dernier ouvrage est Géopolitique du Japon.

(ILLUSTRATION: DAVID PLUNKERT)

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