Quel avenir pour le Liban?

FEATURES | October 6, 2015     

Quel avenir pour le Liban?Le pays oscille entre un échiquier régional brûlant, un Printemps arabe non abouti et une résilience interne «miraculeuse»

Depuis le dĂ©but du soulĂšvement populaire en Syrie en mars 2011, les observateurs regardent la situation au Liban avec intĂ©rĂȘt, inquiĂ©tude et interrogation: allons-nous vers une extrapolation confessionnelle de la situation syrienne vers le Liban? Allons-nous assister Ă  une confrontation chiite (alaouite)-sunnite au Liban reflĂ©tant schĂ©matiquement le conflit sanglant en Syrie entre les forces gouvernementales pro-alaouite et l’opposition armĂ©e sunnite?

En effet, les annĂ©es de tutelle syrienne exercĂ©e au Liban, depuis l’accord national de TaĂ«f conclu en 1989 en Arabie Saoudite jusqu’en 2005, ont laissĂ© des traces et des divisions au sein de la classe politique libanaise. L’administration publique du pays fonctionne au rythme de la corruption et du clientĂ©lisme politique; les partis politiques financĂ©s majoritairement par les puissances rĂ©gionales vivent selon le bon vouloir des autoritĂ©s rĂ©gionales; et un systĂšme politique chaotique s’impose en l’absence d’une rĂšgle de droit public arbitrant les conflits. Bref, les protagonistes rĂ©gionaux ont voulu depuis 1989 un État libanais dĂ©membrĂ© et servant leurs intĂ©rĂȘts.

En guise d’exemple: le prĂ©sident libanais est Ă©lu au suffrage universel indirect (par les dĂ©putĂ©s) aprĂšs avoir Ă©tĂ© choisi de facto par le prĂ©sident syrien (Hafez al-Assad puis son fils Bachar al-Assad). Les gouvernements libanais ont Ă©tĂ© composĂ©s avec l’aval – et l’intervention – du commissaire syrien en charge du dossier libanais (Ghazi Kanaan puis Rustum Ghazaleh). Les nominations dans la haute fonction publique sont Ă©galement tributaires de cette ingĂ©rence syrienne et du clientĂ©lisme politique libanais.

MalgrĂ© le retrait de l’armĂ©e israĂ©lienne du Liban-Sud en 2000 et celui de l’armĂ©e syrienne en 2005, suite Ă  l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri le 14 fĂ©vrier 2005 et du soulĂšvement populaire le 14 mars 2005, la situation politique au Liban est restĂ©e chaotique. Le Liban Ă©tait la scĂšne oĂč se rĂ©glaient – ou non – les tensions et conflits rĂ©gionaux entre les puissances sunnites d’un cĂŽtĂ© – l’Arabie Saoudite, l’Égypte, la Turquie – et les puissances alaouite et chiite de l’autre – l’Iran, la Syrie et l’Irak, sans oublier le spectre du conflit israĂ©lo-palestinien qui plane sur le pays du cĂšdre Ă  tout moment. (À cet effet, il convient de noter que le Liban accueille prĂšs de 500 000 rĂ©fugiĂ©s palestiniens – Ă  90 pour cent sunnites – sur son territoire, oĂč une partie de cette population est prise en otage par des extrĂ©mismes religieux dans la rĂ©gion et une autre partie implantĂ©e voire intĂ©grĂ©e dans la communautĂ© sunnite libanaise.) En l’absence d’une indĂ©pendance politique rĂ©elle et d’un systĂšme de droit public qui arbitre les conflits politiques internes, l’État libanais vivait au grĂ© de l’humeur rĂ©gionale.

Ce paysage de la vie politique au Liban doit ĂȘtre rappelĂ© afin de comprendre en quoi consiste le «miracle libanais» depuis mars 2011, date du soulĂšvement populaire syrien, et le risque d’enlisement de la situation politique Ă  l’intĂ©rieur depuis bientĂŽt deux ans.

La dĂ©rive armĂ©e et sanglante de la rĂ©volution syrienne fin 2011 coĂŻncida avec le retrait de l’armĂ©e amĂ©ricaine de l’Irak le 21 dĂ©cembre 2011. Dans l’ouvrage de Gilles Vandal et Sami Aoun, Vaincre Al-QaĂŻda, force est de reconnaĂźtre que l’action amĂ©ricaine a Ă©radiquĂ© Al-QaĂŻda en Irak. Or, ce mouvement terroriste et djihadiste fut ressuscitĂ© avec plus de violence et de dogmatisme aprĂšs le retrait amĂ©ricain sous le leadership d’Abou Moussab al-Zarqaoui.

La rĂ©volution syrienne n’a pas tardĂ© Ă  prendre des couleurs confessionnelles: la masse sunnite s’est soulevĂ©e contre le rĂ©gime alaouite – alliĂ© des chiites en Irak et en Iran. En utilisant la violence et les armes contre les manifestants, le rĂ©gime syrien a induit petit Ă  petit la rĂ©volution dans une confrontation avec l’armĂ©e et les milices alaouites.

Les djihadistes irakiens d’Al-QaĂŻda virent ainsi la Syrie comme terre de djihad et de guerre sainte. Ils appelĂšrent d’autres djihadistes Ă  venir en Syrie et dĂ©fendre la oumma sunnite supposĂ©ment massacrĂ©e par les mĂ©crĂ©ants alaouites. Il va sans dire qu’il se trouve au Liban des salafistes sunnites sensibles Ă  l’appel du djihad et des extrĂ©mistes aveuglĂ©s par la haine des «mĂ©crĂ©ants» alaouites et chiites.

Un des Ă©pisodes marquant de la guerre syrienne a eu lieu en mai 2013, avec l’entrĂ©e en lice officielle du Hezbollah et sa victoire dans le champ de bataille syrien de Qousseir aux cĂŽtĂ©s des forces du rĂ©gime syrien contre les djihadistes d’Al-QaĂŻda. L’engagement du Hezbollah libanais en Syrie aux cĂŽtĂ©s des milices irakiennes et des forces du rĂ©gime syrien a remis en cause la stabilitĂ© sĂ©curitaire libanaise et la soi-disant neutralitĂ© libanaise par rapport Ă  la rĂ©volution syrienne.

En effet, le Hezbollah libanais est entrĂ© dans les structures politiques en 2005, Ă  l’issue des Ă©lections lĂ©gislatives oĂč il a rĂ©coltĂ© 14 dĂ©putĂ©s sur 128. Il obtient dans le gouvernement un ministre membre du parti (Mohammad Fneich, nommĂ© Ă  l’Énergie) et deux ministres qui lui sont associĂ©s (Faouzi Salloukh aux Affaires Ă©trangĂšres et Trad HamadĂ© au Travail). Cette entrĂ©e politique du Hezbollah et son nouvel engagement dans le dialogue national et le consensus politique libanais Ă©taient un gage de libanisation du Hezbollah, en vue de le dĂ©tacher de sa tutelle irano-syrienne.

En 2013, cette tutelle va cependant l’emporter sur la libanisation du Hezbollah: il entra en guerre contre les djihadistes afin de dĂ©fendre le rĂ©gime syrien et, au-delĂ , les intĂ©rĂȘts iraniens. Le Hezbollah plongea dans la guerre syrienne malgrĂ© son adhĂ©sion Ă  la DĂ©claration nationale de Baabda du 11 juin 2012, selon laquelle tous les partis libanais se sont engagĂ©s Ă  «[s]e tenir Ă  l’écart de la politique des axes et des conflits rĂ©gionaux et internationaux et Ă©viter les retombĂ©es des tensions et des crises rĂ©gionales pour prĂ©server les intĂ©rĂȘts supĂ©rieurs du Liban, son unitĂ© nationale et la paix civile».

Depuis, des djihadistes chiites du Hezbollah tuĂ©s en Syrie sont inhumĂ©s au Liban tandis que d’autres djihadistes sunnites libanais tuĂ©s en Syrie sont Ă©galement enterrĂ©s au Liban. Ces protagonistes sunnites et chiites se combattent en Syrie, gardant ainsi le Liban Ă  l’écart des confrontations civiles.

Il est clair qu’épargner le Liban d’une guerre fratricide sanglante ne relĂšve pas uniquement des protagonistes nationaux (le Hezbollah chiite, le Courant sunnite du Futur, les Salafistes, les Druzes, les ChrĂ©tiens de Michel Aoun, Samir Geagea et Amine Gemayel). Il s’agirait d’un consensus rĂ©gional et international Ă©pargnant, jusqu’à prĂ©sent, le Liban de la violence et la guerre civile.

En effet, la sĂ©curitĂ© et la protection de 10 000 soldats casques bleus de maintien de la paix au Liban-Sud (majoritairement des EuropĂ©ens) et la situation gĂ©opolitique du Liban constituent des garde-fous qui ont contribuĂ© jusqu’ici Ă  Ă©carter le conflit du territoire libanais. Par exemple, si les puissances occidentales dĂ©claraient la guerre au rĂ©gime al-Assad, il est probable qu’il y aurait des reprĂ©sailles contre les casques bleus europĂ©ens vu qu’ils sont stationnĂ©s au Liban-Sud, rĂ©gion sous contrĂŽle du Hezbollah. À ce calcul il faudrait Ă©videmment ajouter la complexitĂ© apportĂ©e par l’apparente prĂ©sence grandissante d’effectifs russes sur le territoire syrien.

En concentrant les combats entre djihadistes (Hezbollah et Al-QaĂŻda-Daech) dans les montagnes libanaises et syriennes loin de la cĂŽte mĂ©diterranĂ©enne, les protagonistes libanais veulent empĂȘcher ces extrĂ©mistes de s’approcher de la cĂŽte libanaise (278 kilomĂštres), l’une des plus grandes au Proche-Orient. Il s’agit d’une situation semblable en Syrie, oĂč la ville de LattaquiĂ© et la cĂŽte mĂ©diterranĂ©enne syrienne sont Ă  l’écart des combats.

La situation gĂ©opolitique de la cĂŽte mĂ©diterranĂ©enne libanaise constitue donc aujourd’hui une zone de sĂ©curitĂ© que les pays du nord de la MĂ©diterranĂ©e veulent renforcer afin d’éviter deux flĂ©aux – le premier Ă©tant de voir des djihadistes de Daech et/ou Al-QaĂŻda s’emparer du sud de la MĂ©diterranĂ©e, et le second Ă©tant de se servir de cette cĂŽte pour contrĂŽler une fuite massive des rĂ©fugiĂ©s syriens, irakiens et palestiniens vers le nord de la MĂ©diterranĂ©e.

Si aujourd’hui le Liban est parmi les seuls pays au Proche-Orient qui ne souffrent pas de guerre civile, il lui faudrait capitaliser sur ses atouts afin de consolider sa sĂ©curitĂ© – cette derniĂšre restant extrĂȘmement fragile. Le moindre faux pas ou provocation du Hezbollah chiite Ă  l’endroit des forces sunnites – ou bien quelconque autre provocation – au Liban pourrait faire sauter en Ă©clats le verrou de la paix civile au Liban.

Or, la situation politique intĂ©rieure reflĂšte tous les maux institutionnels et administratifs libanais et l’incapacitĂ© de faire face aux Ă©chĂ©ances nationales, de petite et grande envergure. Pourquoi parlons-nous d’échĂ©ances? Le Liban n’a plus de prĂ©sident de la RĂ©publique depuis mai 2014. Depuis l’indĂ©pendance en 1943, c’est la plus longue pĂ©riode pendant laquelle le pays du cĂšdre n’arrive pas Ă  Ă©lire un prĂ©sident. La premiĂšre magistrature du pays est aussi vacante. Les forces politiques libanaises n’arrivent pas Ă  s’entendre sur le prĂ©sident Ă  Ă©lire par les dĂ©putĂ©s suite Ă  l’expiration du mandat du PrĂ©sident M. Sleiman – elles lui ont prĂ©fĂ©rĂ© la vacance jusqu’à nouvel ordre. Le conseil des ministres exerce donc «collĂ©gialement» les pouvoirs du prĂ©sident, trahissant ainsi une autre problĂ©matique: une situation chaotique au sein du gouvernement, commandĂ©e par le confessionnalisme.

Le mandat du parlement libanais arrivait Ă  terme en mai 2013: faute d’élections lĂ©gislatives, les dĂ©putĂ©s ont prorogĂ© leur mandat Ă  deux reprises, et peut-ĂȘtre une troisiĂšme fois prochainement. À dĂ©faut d’avoir organisĂ© des Ă©lections lĂ©gislatives en 2013 et afin d’éviter les dĂ©bats politiques et les tensions communautaires entre les diverses communautĂ©s et factions, le parlement a votĂ© une loi prorogeant le mandat des actuels dĂ©putĂ©s. D’un cĂŽtĂ©, le pays est dotĂ© d’un parlement qui ne jouit pas du consensus national et de la lĂ©gitimitĂ© populaire. D’autre part, son pouvoir lĂ©gislatif est mis Ă  dĂ©faut puisqu’il ne pourra se rĂ©unir que pour Ă©lire le prĂ©sident de la RĂ©publique.

Faute de consensus sur la nomination d’un nouveau chef de l’armĂ©e, le chef actuel a vu son mandat renouvelĂ© Ă  deux reprises par le gouvernement. Et puisque l’équilibre confessionnel exige la prise en compte des intĂ©rĂȘts communautaires, le chef maronite de l’armĂ©e a vu le mandat de ses proches collaborateurs (des gĂ©nĂ©raux sunnite, chiite et druze) se renouveler de facto.

Il convient de noter que le gouvernement du Premier ministre sunnite Tammam Salam tentait jusqu’ici de conduire une politique de concordance et de compromis, ne mettant pas en pĂ©ril les forces chiites libanaises ainsi que leurs alliĂ©s chrĂ©tiens (Hezbollah et le Courant patriotique libre). Cela dit, Salam rĂ©ussit de moins en moins Ă  rĂ©unir son cabinet. Entre autres, il est accusĂ© de saboter «les droits des ChrĂ©tiens» en exerçant abusivement les pouvoirs du prĂ©sident «maronite» de la RĂ©publique (adoption de plus de 50 dĂ©crets prĂ©sidentiels, convocation continue du conseil des ministres, etc.).

Dans ce contexte national et institutionnel, force est de relever l’incapacitĂ© de la classe politique et du gouvernement au Liban Ă  trouver des solutions face Ă  la rĂ©cente crise nationale de la collecte des dĂ©chets. Le contrat de la SociĂ©tĂ© Averda, en commande de l’entreprise Sukleen chargĂ©e du ramassage et de l’enfouissement des ordures, est arrivĂ© Ă  terme le 17 juillet 2015. Depuis, les dĂ©chets s’entassent Ă  Beyrouth et dans le Gouvernorat du Mont-Liban. Le dossier des dĂ©chets et de leur traitement, avec des retombĂ©es financiĂšres considĂ©rables, a Ă©tĂ© encore une fois politisĂ© (la SociĂ©tĂ© Averda serait proche de la famille Hariri). Les acteurs politiques Ă©tant incapables de s’entendre et d’attribuer ce marchĂ© public Ă  d’autres sociĂ©tĂ©s, les citoyens sont dĂ©laissĂ©s face Ă  ce flĂ©au.

En effet, chaque fois qu’il y aurait une brĂšche d’entente entre les acteurs politiques sur un marchĂ© public, la prise de dĂ©cision est bloquĂ©e, car d’autres acteurs constateraient qu’il y a de la corruption dans cette attribution de marchĂ© public ou bien qu’ils y sont Ă©cartĂ©s. Il en est de mĂȘme concernant les avancements et les promotions dans la fonction publique civile et militaire. D’autres flĂ©aux chroniques viennent s’ajouter Ă  cette crise – par exemple, les coupures continues d’eau et d’électricitĂ©.

Dans le contexte de ce vide institutionnel, un mouvement citoyen «apolitique» baptisĂ© «Vous puez», en provenance d’associations Ă©cologiques, humanitaires et culturelles, s’est mobilisĂ© Ă  Beyrouth, rĂ©clamant la transparence dans l’attribution du marchĂ© public des dĂ©chets et la rĂ©solution d’une crise qui est devenue sanitaire. Des heurts ont eu lieu, le 22 aoĂ»t dernier, entre manifestants et forces de la police faisant des blessĂ©s civils. Or, c’est l’une des rares fois oĂč un tel mouvement citoyen rĂ©clame le changement du rĂ©gime libanais – rĂ©gime de plus en plus incapable de faire face Ă  des crises sociales, sanitaires, Ă©conomique et encore moins politiques.

La crise de dĂ©chets est donc le symptĂŽme d’un systĂšme politique confessionnel libanais qui repose, en toutes choses, sur le consensus. Ce consensus, qui devait ĂȘtre politique au dĂ©part pour des questions nationales de premier ordre (guerre et paix, indĂ©pendance du Liban, systĂšme politique, etc.), est devenu le mot d’ordre pour les moindres mesures administratives qui devaient ĂȘtre adoptĂ©es en conseil des ministres.

Inutile de trouver un responsable, car les acteurs politiques engagĂ©s dans le gouvernement et dans la vie politique libanaise cherchent Ă  prĂ©server ce systĂšme de blocage et Ă  en tirer un maximum de profit, chacun Ă  sa maniĂšre caractĂ©risĂ©e par le clientĂ©lisme, le confessionnalisme, la corruption et le populisme. L’un des maux majeurs du pays est que les milices libanaises qui se sont entretuĂ©es durant la guerre civile sont au commande du pouvoir du pays (Amal, Parti progressiste druze, Hezbollah, phalangistes, Hezbollah, etc.). Diriger un pays ou une administration publique comme on dirigeait les milices engendre le clientĂ©lisme, la corruption, l’absence de transparence, le blanchiment d’argent, les pots de vin, etc.

Face aux rĂ©clamations et slogans des manifestants et du mouvement citoyen «Vous puez», la classe politique et ses militants dĂ©fendent le systĂšme politique confessionnel en reconnaissant qu’il est dĂ©suet, mais se demandent: quelle serait l’alternative?

La situation politique et sociale au Liban est manifestement marquĂ©e par un vide et un chaos gĂ©nĂ©ralisĂ©. Qu’est-ce qui empĂȘcherait de passer de ce vide Ă  un autre rĂ©gime? Le systĂšme politique libanais repose effectivement sur les appartenances communautaires des acteurs politiques, ainsi que militaires, judiciaires et diplomatiques. Dans un contexte rĂ©gional extrĂȘmement tendu au niveau confessionnel, la masse cherche la protection derriĂšre leur «zou’ama», dirigeants et seigneurs politiques (ou confessionnels). Soit cette masse profite de la corruption et du clientĂ©lisme, soit elle cherche l’identification communautaire entre elle et son leader politique (Nabih Berry et Hassan Nasrallah pour les Chiites, Saad Hariri pour les Sunnites, Walid Joumblatt pour les Druzes, Michel Aoun, Samir Geagea, Soleimane FrangiĂ© et Amin Gemayel pour les ChrĂ©tiens).

En consĂ©quence, le mouvement citoyen qui se veut apolitique et cherche Ă  se dĂ©tacher des appartenances communautaires, risque d’ĂȘtre Ă©touffĂ© par la masse qui cherche Ă  rendre l’adversaire politique responsable du blocage du systĂšme, au lieu de mettre en cause le systĂšme lui-mĂȘme.

Les acteurs politiques n’ont pas ainsi besoin de dĂ©fendre le systĂšme politique qui consacre leur emprise sur la vie politique, Ă©conomique et sociale du pays. Leurs militaires et sympathisants confessionnels s’en chargent.

Le systĂšme politique libanais est donc aujourd’hui bloquĂ©, dĂ©suet, obsolĂšte, mais il continue de servir les intĂ©rĂȘts clientĂ©listes des acteurs politiques. Pour les puissances rĂ©gionales ayant d’autres prioritĂ©s, la crise des dĂ©chets, ne fut-ce qu’un symptĂŽme d’un mal plus grand, ne les intĂ©resse pas.

Dans ce contexte national et rĂ©gional, le rĂ©gime politique libanais ne verra pas prochainement de changement ou un printemps arabe. L’appartenance de la masse libanaise est ailleurs. Est-ce que l’arrivĂ©e d’une nouvelle classe politique saura convaincre la masse de se dĂ©tacher de leur zou’ama et de prĂŽner la renaissance politique au Liban? Peut-ĂȘtre oui, mais pas dans l’immĂ©diat.

bioline

Fady Fadel est doyen de l’American Business School of Paris (ABSParis) et professeur titulaire en droit public et en sciences politiques.

Cynthia Eid est conseillĂšre en pĂ©dagogie universitaire et chargĂ©e de cours Ă  l’UniversitĂ© de MontrĂ©al.

(PHOTOGRAPHIE: LA PRESSE CANADIENNE / APA IMAGES / REX SHUTTERSTOCK)

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