L’arrogance de la puissance

Interrogations sur l’attitude de la nouvelle Chine

 

DĂ©sormais reconnue comme puissance de premier plan, la Chine est-elle en passe de devenir arrogante, et quelles sont les consĂ©quences de cette nouvelle posture? Des empires coloniaux Ă  aujourd’hui, en passant par les États-Unis, ceux qui manipulent les outils de la puissance ont souvent donnĂ© libre cours Ă  leur arrogance, au point qu’on puisse s’interroger: la puissance s’accompagne-t-elle automatiquement d’un sentiment d’arrogance chez ceux qui la dĂ©tiennent? AppliquĂ©e aux individus, cette question s’insĂšre dans le champ de la sociologie. L’arrogance se trouve ici exprimĂ©e par le biais d’un sentiment de supĂ©rioritĂ© (qu’il soit ou non justifiĂ©) et du dĂ©sir de dominer l’autre. AppliquĂ©e aux États, elle invite Ă  la rĂ©flexion sur la recherche de l’hĂ©gĂ©monie et l’imposition d’une politique Ă©trangĂšre qui Ă©carte tout compromis, mais Ă©galement tout dialogue, et refuse en retour toute ingĂ©rence dans les choix et la conduite de la politique intĂ©rieure. Il s’agit donc de caractĂ©ristiques Ă  bien des Ă©gards identiques qui sont Ă©tudiĂ©es ici, en mettant l’accent sur le cas chinois et en Ă©tudiant les consĂ©quences – mais aussi les rĂ©ponses – liĂ©es Ă  l’arrogance grandissante de ce pays.

En fonction des fondements des diffĂ©rentes puissances et d’un contexte qui leur Ă©tait plus ou moins propice, l’arrogance s’est exprimĂ©e de multiples maniĂšres dans l’histoire des relations internationales. Mais elle s’articule systĂ©matiquement autour d’une situation propice Ă  l’un des acteurs, soit consĂ©cutivement Ă  des conquĂȘtes militaires, soit rĂ©sultant d’avancĂ©es technologiques majeures. Les civilisations dites les plus avancĂ©es (Ă  un moment particulier) furent ainsi, en plusieurs circonstances, en mesure d’imposer leurs vues Ă  des peuples ne bĂ©nĂ©ficiant pas des mĂȘmes moyens. Le dernier exemple historique de ce dĂ©calage permettant au plus puissant de laisser s’exprimer son arrogance fut l’aventure coloniale des puissances occidentales. Si la colonisation fut facilitĂ©e par la puissance de feu des empires, et par un niveau de technicitĂ© leur permettant de contrĂŽler de gigantesques territoires, elle fut justifiĂ©e par la «mission civilisatrice», slogan aux contours flous et caractĂ©risĂ© par une arrogance dĂ©passant trĂšs largement la domination militaire pour proposer une classification des cultures. Les plus avancĂ©es d’entre elles se voyaient ainsi lĂ©gitimĂ©es dans leur contrĂŽle des autres, quelles qu’en soient les conditions. La montĂ©e des nationalismes dans la premiĂšre moitiĂ© du 20e siĂšcle, en Europe comme au Japon, fut une des interprĂ©tations de cette classification, et l’affirmation la plus radicale de l’arrogance de la puissance, exprimĂ©e notamment par la haine de l’autre et la recherche de son assimilation ou Ă©limination.

Dans le monde contemporain, les contours de l’arrogance ont Ă©voluĂ© vers la manifestation de la domination Ă©conomique et financiĂšre, tandis que les critĂšres militaires, et mĂȘme civilisationnels ou culturels, se sont progressivement estompĂ©s, bien qu’ils restent prĂ©sents. L’arrogant est ainsi souvent assimilĂ© au riche, ce dernier dĂ©tenant les moyens financiers de la puissance. C’est pour cette raison que, dans les pays en dĂ©veloppement, les puissances occidentales sont perçues comme arrogantes, et coutumiĂšres de l’ingĂ©rence dans leur politique intĂ©rieure, au point d’ĂȘtre qualifiĂ©es de nĂ©ocoloniales. Ce constat Ă©voque l’idĂ©e selon laquelle l’arrogance est autant une question de perception qu’une rĂ©alitĂ©.

Plus spĂ©cifique, la question de l’arrogance de la puissance amĂ©ricaine fut de son cĂŽtĂ© posĂ©e avec insistance au cours de la dĂ©cennie Ă©coulĂ©e, en marge de l’aventurisme de la politique Ă©trangĂšre de l’administration Bush, notamment Ă  l’occasion de la crise irakienne et la campagne militaire engagĂ©e en mars 2003. L’unilatĂ©ralisme amĂ©ricain, auquel se joignit une petite cinquantaine d’États (un nombre qui comptait une grande majoritĂ© de membres n’apportant qu’un soutien politique, et qui diminua rapidement) sur la base d’une coalition et non d’une alliance, fut ainsi trĂšs vivement critiquĂ©, et assimilĂ© Ă  l’affirmation de l’arrogance de la premiĂšre puissance mondiale. C’est donc dans son comportement, et son usage trop poussĂ© de la puissance, que Washington fut critiquĂ©e pour son arrogance, les questions relatives Ă  la supĂ©rioritĂ© de la civilisation amĂ©ricaine restant totalement absentes, y compris dans les rangs des conservateurs les plus radicaux. LĂ  oĂč les empires coloniaux s’estimaient supĂ©rieurs par nature et en tous points, les États-Unis ont construit leur vision hĂ©gĂ©monique en s’appuyant essentiellement sur leur force de frappe et leur capacitĂ© d’influence, et ce malgrĂ© le qualificatif d’hyperpuissance utilisĂ© pour les dĂ©crire.

Le cas de la Chine se rapproche pour sa part davantage de l’exemple des puissances europĂ©ennes, colonialisme mis Ă  part, que de celui des États-Unis. L’arrogance chinoise repose ainsi sur un sentiment de supĂ©rioritĂ© culturelle et historique, qui accompagna d’ailleurs la Chine dans les heures les plus glorieuses de son histoire. ConsĂ©cutivement aux «traitĂ©s inĂ©gaux», les 150 derniĂšres annĂ©es, considĂ©rĂ©es comme humiliantes pour la Chine, ne seraient ainsi qu’une parenthĂšse dans la trajectoire arrogante d’un pays qui ne fait depuis quelques annĂ©es que reproduire des mĂ©thodes qu’elle a appliquĂ©es pendant des siĂšcles avec ses voisins, jugĂ©s infĂ©rieurs, voire vassaux. Dans le mĂȘme temps, PĂ©kin refuse de recevoir des leçons des autres puissances, et se positionne comme une sorte d’alternative Ă  l’Occident. AprĂšs avoir Ă©tĂ© l’une des principales victimes de l’arrogance appliquĂ©e aux civilisations, la Chine ne se contenterait ainsi pas de prendre sa revanche, mais poserait les bases de sa propre arrogance, mĂ©lange de fiertĂ© retrouvĂ©e et de sentiment de supĂ©rioritĂ© que son miracle Ă©conomique n’a fait qu’amplifier. Parce qu’elle dispose non seulement de moyens considĂ©rables, et dans le mĂȘme temps repose sur une culture plurimillĂ©naire – Ă  l’opposĂ© des États-Unis – la Chine est parfois qualifiĂ©e de «mĂ©gapuissance», dans un effort de comparaison entre les deux pays, et de surenchĂšre en rĂ©ponse Ă  l’hyperpuissance.

Pour autant, il semble dĂ©placĂ© de chercher Ă  comparer l’arrogance des États-Unis sous l’administration Bush et celle de la Chine contemporaine. En effet, l’arrogance amĂ©ricaine fut un choix politique, et depuis l’arrivĂ©e au pouvoir de Barack Obama, la premiĂšre puissance mondiale se montre d’ailleurs plus ouverte au dialogue, confirmant un vĂ©ritable changement d’attitude. CĂŽtĂ© chinois, l’arrogance rĂ©sulte Ă  l’inverse d’un processus qui s’est lentement mis en place, et qui est alimentĂ© par le miracle Ă©conomique et l’ascension spectaculaire de ce pays au cours des trois derniĂšres dĂ©cennies. Il s’agit donc d’un processus, encore inachevĂ©, et que les changements d’équipe dirigeante n’ont ni attĂ©nuĂ©, ni modifiĂ© depuis ces trois dĂ©cennies.

Les succĂšs Ă©clatants de la Chine dans les rĂ©gions en dĂ©veloppement expliquent – mais ne justifient cependant pas – l’arrogance qu’elle manifeste Ă  l’égard de ceux qui se mettent encore en travers de son chemin, gĂ©nĂ©ralement des pays occidentaux. On a ainsi vu les autoritĂ©s chinoises critiquer avec insistance les dirigeants occidentaux dĂ©sireux de rencontrer le DalaĂŻ Lama, dĂ©noncer ce qu’elles estiment ĂȘtre une instrumentalisation par l’Occident de la question des minoritĂ©s et de la libertĂ© d’expression, s’opposer aux percĂ©es de Google en Chine (et d’une multitude d’autres entreprises Ă©trangĂšres, au bĂ©nĂ©fice des producteurs chinois), s’offusquer des rĂ©fĂ©rences Ă  la question des droits de la personne, ou encore reprocher Ă  des chefs d’État de ne pas se montrer suffisamment dociles Ă  l’égard de PĂ©kin. La visite de Stephen Harper Ă  PĂ©kin en 2010 fut ainsi un exemple criant des mĂ©thodes de la Chine, le Premier ministre canadien Ă©tant rappelĂ© Ă  l’ordre pour ne pas avoir montrĂ© suffisamment d’intĂ©rĂȘt pour son interlocuteur. Il y a encore quelques annĂ©es, PĂ©kin adoptait l’attitude exactement opposĂ©e, suivant les recommandations de Deng Xiaoping sur la nĂ©cessitĂ© de se montrer humble et discret sur la scĂšne internationale. Aujourd’hui, la Chine est dĂ©complexĂ©e, conquĂ©rante, et elle rĂ©pond aux critiques avec fermetĂ© et dĂ©dain. L’arrogance du gouvernement chinois est dĂšs lors devenue une rĂ©alitĂ© face Ă  laquelle il est de plus en plus difficile de rĂ©sister. Car PĂ©kin n’hĂ©site plus dĂ©sormais Ă  faire usage de sa puissance Ă©conomique pour menacer de reprĂ©sailles ceux qui se risqueraient Ă  ne pas se soumettre Ă  ses exigences. La NorvĂšge, pays hĂŽte de la remise du Prix Nobel de la Paix, dont l’édition 2010 fut dĂ©cernĂ©e au dissident Liu Xiaobo, fut ainsi rappelĂ©e Ă  l’ordre – sans succĂšs, cependant – par les dirigeants chinois, dĂ©sormais coutumiers du fait.

Au niveau rĂ©gional, l’arrogance de la Chine se double de la volontĂ© de s’imposer comme l’acteur principal, au risque de reproduire le systĂšme de vassalitĂ© de la pĂ©riode impĂ©riale, quand les royaumes voisins se voyaient dans l’obligation de prĂȘter allĂ©geance Ă  l’empire du Milieu. Cette ambition est sujette Ă  une grande crainte des autres pays d’Asie du Nord-est, qui se singularise comme Ă©tant la seule rĂ©gion au monde Ă  ne compter aucune architecture institutionnelle, que ce soit sur les questions Ă©conomiques et commerciales, politico-stratĂ©giques, ou mĂȘme culturelles. Mais dans le mĂȘme temps, les voisins de la Chine ne peuvent ignorer sa montĂ©e en puissance, et que ce soit Ă  Taipei, Ă  SĂ©oul ou mĂȘme Ă  Tokyo, les initiatives en vue de renforcer les relations bilatĂ©rales se multiplient, et la reconnaissance, mĂȘme implicite, de PĂ©kin comme puissance rĂ©gionale s’affirme de plus en plus. La crise Ă©conomique internationale et les rĂ©cents dĂ©boires du Japon ont un effet accĂ©lĂ©rateur sur ce processus de reconnaissance du rĂŽle majeur de la Chine dans la rĂ©gion, perçu par PĂ©kin comme une vĂ©ritable allĂ©geance. On peut dĂšs lors s’interroger sur les consĂ©quences de ce rapprochement Ă  moyen terme, tant il semble conforter PĂ©kin dans ses choix et l’inciter Ă  se montrer de plus en plus arrogante.

L’arrogance des puissances occidentales (en tant qu’entitĂ©s Ă©tatiques) est cependant souvent mise en relation avec l’arrogance, supposĂ©e celle-ci, qui serait celle des Occidentaux Ă  l’égard du reste du monde. Dans ce cas, peut-on Ă©galement considĂ©rer que les Chinois sont aujourd’hui arrogants, ou ne s’agirait-il au contraire que de la maniĂšre dont la montĂ©e en puissance de la Chine est perçue, le plus souvent avec crainte, par les Occidentaux? On remarque ainsi que c’est tout autant la maniĂšre dont la Chine se comporte sur la scĂšne internationale que la frustration que les Occidentaux (investisseurs notamment) manifestent en rĂ©ponse Ă  son refus de se plier Ă  leurs exigences qui caractĂ©rise la montĂ©e en puissance chinoise. Dans ce dĂ©cor, les Chinois ne seraient que des acteurs arrogants opposĂ©s Ă  d’autres arrogants, gĂ©nĂ©rant des situations conflictuelles dans lesquelles ils ont une part de responsabilitĂ© certaine, mais pas exclusive. De mĂȘme, dĂšs lors que l’arrogance de la Chine s’opposerait Ă  celle des puissances occidentales, nous pouvons nous interroger sur les consĂ©quences d’une lutte d’influence et d’hĂ©gĂ©monie Ă  grande Ă©chelle. Les puissances arrogantes se sont, Ă  de multiples reprises, affrontĂ©es dans l’histoire (notamment Ă  l’occasion de la PremiĂšre Guerre mondiale), mais le contexte est ici particulier, puisqu’elles ne revendiquent pas les mĂȘmes racines culturelles. C’est sans doute ce qui justifie les craintes qui entourent la montĂ©e en puissance de la Chine et les tentations hĂ©gĂ©moniques de PĂ©kin.

La Chine est donc arrogante, mais qu’en est-il des Chinois? Les empires coloniaux Ă©taient ainsi arrogants dans la maniĂšre dont ils se positionnaient Ă  l’égard des autres peuples, mais les colons n’en Ă©taient pas moins l’incarnation de cette arrogance. Le cas amĂ©ricain est en revanche moins pertinent, car si Washington fut arrogante pendant la parenthĂšse de la prĂ©sidence de George W. Bush, les AmĂ©ricains ne se sont pas montrĂ©s plus arrogants pendant cette pĂ©riode, Ă  l’exception d’un groupe limitĂ© de conservateurs. Dans le cas de la Chine, on relĂšve une association de ces deux tendances. PĂ©kin se montre ainsi de plus en plus arrogante, mais dans le mĂȘme temps, les Chinois, plus sĂ»rs d’eux-mĂȘmes et – enfin – libĂ©rĂ©s de leurs complexes d’infĂ©rioritĂ© consĂ©cutifs aux humiliations du 19e siĂšcle, se comportent parfois comme le faisaient les colons des empires coloniaux. L’arrogance n’est ainsi pas uniquement une pratique de politique Ă©trangĂšre, mais un phĂ©nomĂšne nettement plus large, et qui s’appuie sur la maniĂšre dont les Chinois perçoivent la montĂ©e en puissance de leur pays, et se voient au centre du monde. Si la Chine est aujourd’hui dĂ©complexĂ©e, c’est aussi et surtout parce que les Chinois le sont, et cette tendance pourrait aller crescendo.

Reste Ă  savoir quel serait l’antidote Ă  l’arrogance, et comment les États parviendraient Ă  s’imposer sans imposer, et Ă  renforcer leur influence sur la scĂšne internationale sans ĂȘtre immĂ©diatement perçus comme impĂ©rialistes ou agressifs. En d’autres termes, que doivent faire les puissances pour ne pas donner l’impression d’ĂȘtre trop tentĂ©es par l’arrogance? Le politologue amĂ©ricain Joseph Nye s’est attardĂ© sur cette question il y a deux dĂ©cennies, et a identifiĂ© le soft power, qui est pour lui «la capacitĂ© Ă  changer ce que les autres veulent en raison de sa force d’attraction», s’opposant ainsi au hard power, qui est «la capacitĂ© Ă  changer ce que les autres font». Construite en tirant les leçons de la Guerre froide, cette notion n’en reste pas moins trĂšs actuelle, et trouve mĂȘme avec la Chine un exemple qui confirme sa pertinence. DĂ©tail intĂ©ressant, PĂ©kin mise en effet sur la force de son soft power – Ă©rigĂ©e depuis 2007 au rang de stratĂ©gie politique officielle – pour assurer sa montĂ©e en puissance, mais n’en demeure pas moins arrogante, et se sert mĂȘme de sa capacitĂ© d’influence pour asseoir son hĂ©gĂ©monie et renforcer sa capacitĂ© d’influence. Le soft power peut ainsi, selon la maniĂšre avec laquelle il est utilisĂ© et les moyens qui lui sont allouĂ©s, attĂ©nuer les effets contre-productifs en termes d’image de l’arrogance, mais sans nĂ©cessairement en rĂ©duire la portĂ©e. De mĂȘme, si PĂ©kin cherche Ă  soigner son image, la coexistence du soft power et de l’arrogance pourrait Ă  terme poser problĂšme, et le paradoxe d’une politique Ă©trangĂšre parfois schizophrĂ©nique sera exposĂ© aux rĂ©alitĂ©s de sa mise en pratique. Pour l’heure, la Chine est bien acceptĂ©e par les pays dans lesquels elle se montre de plus en plus prĂ©sente, mais on peut aisĂ©ment imaginer des situations dans lesquelles l’empire du Milieu serait qualifiĂ© de nĂ©ocolonialiste et arrogant afin de dĂ©fendre ses intĂ©rĂȘts ou d’imposer ses vues, Ă  la maniĂšre des critiques que reçoivent gĂ©nĂ©ralement les puissances occidentales. De mĂȘme, la nature du rĂ©gime chinois et l’absence de libertĂ© d’expression, que les rĂ©centes arrestations de dissidents en marge du mouvement qualifiĂ© de «rĂ©volution du jasmin» ont confirmĂ©e, met en avant les paradoxes d’un pays qui souhaite plus que tout soigner son image, mais qui reste dans le mĂȘme temps inflexible sur des questions sensibles. Pour ces raisons, PĂ©kin se voit dans l’obligation de contrĂŽler son arrogance et de miser sur son soft power, au risque de voir son image se dĂ©grader aussi rapidement qu’elle s’est consolidĂ©e au cours des derniĂšres annĂ©es.

Enfin, quelles devraient ĂȘtre les attitudes face Ă  l’arrogance de la Chine? Compte tenu de la puissance chinoise, dĂ©clinĂ©e dĂ©sormais sous de multiples formes, s’y opposer frontalement peut gĂ©nĂ©rer des consĂ©quences nuisibles. À l’inverse, l’accepter de maniĂšre systĂ©matique reviendrait Ă  jouer le jeu de PĂ©kin. L’attitude la plus souvent adoptĂ©e par les puissances occidentales, qui consiste Ă  rĂ©pondre Ă  l’arrogance chinoise par une autre arrogance, est non seulement malvenue, mais elle est aussi inquiĂ©tante en ce qu’elle provoque un choc des arrogances et gĂ©nĂšre des tensions qui pourraient s’amplifier. Plus que l’attitude d’une puissance comme la Chine, c’est la façon dont elle est perçue et les rĂ©ponses qui y sont apportĂ©es qui peuvent potentiellement crĂ©er des situations conflictuelles. Il est par consĂ©quent nĂ©cessaire de repenser la maniĂšre de rĂ©agir face Ă  l’arrogance chinoise, en Ă©tablissant une distinction entre les nĂ©cessaires critiques visant les mĂ©thodes du rĂ©gime et le lĂ©gitime sentiment de fiertĂ© retrouvĂ©e de la population chinoise qui n’est de son cĂŽtĂ© pas critiquable, Ă  condition qu’il ne dĂ©gĂ©nĂšre pas en sentiment de supĂ©rioritĂ©. Ainsi, si l’arrogance doit ĂȘtre contenue par le puissant, la perception de la puissance par l’autre est tout aussi dĂ©terminante, et elle doit ĂȘtre bien contrĂŽlĂ©e.

bioline

Barthélémy Courmont est professeur au département de science politique à Hallym University (Chuncheon, Corée du Sud) et rédacteur en chef de la revue trimestrielle Monde chinois, nouvelle Asie.

(Illustration: Chris Buzelli)

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One Response to “L’arrogance de la puissance”

  1. “The century’s key language(s) will be… : Global Brief on June 29th, 2011 2:21 AM

    [...] Lavoie 
les langues de la Chine, si l’on rĂ©fĂšre au poids dĂ©mographique important et grandissant de leurs locuteurs. Alors que [...]