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Après l’UMP

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Après l’UMP

Le parti de la droite républicaine créé après la réélection de Jacques Chirac en 2002, et qui servit notamment de levier à Nicolas Sarkozy pour préparer son élection en 2007, est au bord de l’implosion. Malgré les légitimes appels au calme de ses membres, il est probable qu’il ne se remette pas de l’élection présidentielle 2012, et le scrutin législatif qui suivra lui sera sans doute fatal. Il est possible qu’il disparaisse, et se voit remplacé par plusieurs courants politiques incarnant les différentes sensibilités de la droite. Et même en cas de survie, il est certain qu’il ne sera en rien comparable à ce qu’il fut au cours de la décennie écoulée. Petit tour d’horizon d’un parti qui restera quoi qu’il arrive comme le grand perdant de ce printemps électoral dont le 22 avril ne fut que le premier acte.

Deux scénarios pour un même résultat

Avant le premier tour de l’élection présidentielle, l’avenir assombri de l’UMP était déjà évoqué par les experts, les journalistes, mais aussi les principaux concernés, à savoir des cadres du parti. Mais cet avenir semblait conditionné au résultat de l’élection. En clair, en cas de succès de Nicolas Sarkozy, le parti avait toutes ses chances de conserver sa majorité à l’Assemblée nationale, et de se maintenir, malgré des divergences en interne (ce dont nous doutons, voir plus loin). C’est pourquoi chacun modérait ses critiques, préférant miser sur le président sortant et une sorte d’union sacrée au sein du parti, symbolisée par le soutien associé à une dose de réserve de l’ancienne ministre Chantal Jouanno. Le scénario a été considérablement modifié suite au résultat relativement médiocre de Nicolas Sarkozy le 22 avril (rappelons ici que l’UMP avait fixé pour objectif d’arriver en tête au premier tour, ce qui fut loin d’être le cas), mais surtout consécutivement aux appels du pied lancés par le président-candidat aux électeurs du Front National, que de nombreux membres modérés de l’UMP estiment dangereux, voire suicidaires.

A l’approche du second tour, deux scénarios (c’est la définition même d’un scrutin majoritaire en deux tours) sont possibles :

Premier scénario – qui semble presque écrit d’avance : François Hollande est élu le 6 mai, avec une marge assez importante sur Nicolas Sarkozy (qui pourrait rappelons-le réaliser le score le plus faible pour un candidat de la droite républicaine, mais aussi pour un président sortant, au second tour d’une élection présidentielle, après avoir été le premier président sortant à ne pas se hisser en tête au premier tour), ou même avec un score plus modeste que ce que les sondages prédisent (ce qui ne change rien au résultat final). Dans ce cas, l’implosion de l’UMP est elle-aussi écrite d’avance, et les esquisses sont même déjà sur la table. Nicolas Sarkozy se retirera de la vie politique (il n’a déjà annoncé à plusieurs reprises), et derrière lui chacun accusera l’autre de la défaite, en rassemblant son camp, et donc en divisant. La droite populaire s’en prendra, comme elle le fait déjà, à Nathalie Kosciusko-Morizet. La droite dite humaniste (selon les termes de Jean-Pierre Raffarin) se lâchera sur Patrick Buisson. Les proches de Nicolas Sarkozy connaitront le purgatoire (avec une durée dépendant de leur habilité à se « racheter », et pouvant pour certains s’éterniser). François Fillon comptera les points, mais sans pouvoir vraiment limiter les dégâts. Jean-François Copé sera suspecté par les uns d’avoir été trop proche du président-sortant, et par les autres de ne pas l’avoir suffisamment franchement soutenu. Bref, le parti implosera, peut-être même avant l’élection législative, qui marquera de toute façon sa fin, certains choisissant l’alliance avec le Front National, d’autres jugeant au contraire essentiel de maintenir un front républicain en passant des accords avec des candidats socialistes.

Deuxième scénario – hautement improbable si on s’en tient aux sondages, et qui tiendrait presque du miracle : Nicolas Sarkozy est réélu de justesse (ou même avec une belle avance, ce qui est encore plus improbable) pour un deuxième mandat (et non un « second », comme on le voit trop souvent, la présidence n’étant pas limitée en France à deux mandats consécutifs, comme c’est le cas aux Etats-Unis, en Russie ou ailleurs). Déjouant tous les pronostics, le président-candidat verrait alors sa stratégie périlleuse – inspirée par Patrick Buisson – de séduction des électeurs de Marine Le Pen couronnée de succès. Mais il lui serait difficile de faire l’unanimité au sein de son propre parti, qui se verrait considérablement déplacé vers la droite. En clair, l’UMP ne serait plus ce grand parti de la droite républicaine rassemblant des sensibilités multiples, mais un parti très ancré à droite, et flirtant avec les thèmes du Front National au point de se confondre avec certains éléments de son programme. De quoi « effrayer » Dominique de Villepin, mais beaucoup d’autres avec lui.

Au final, et quel que soit le résultat du 6 mai, l’UMP ne sera plus l’UMP. Soit parce que la ligne officielle (si on peut dire) de ce parti n’aura plus rien à voir avec ce qu’elle fut depuis une décennie, soit tout simplement parce qu’il n’y aura plus de grand parti de la droite républicaine.

Un parti trop hétéroclite ?

Certains ne se cachent plus pour dénoncer les dérives d’un parti qu’ils imaginaient promis à un meilleur avenir. Chantal Jouanno a clairement pris ses distances (au point d’être vilipendée avec une rare violence par des membres de son parti, rappelant au passage qu’elle n’est pas une élue), Jean-Pierre Raffarin a, nous l’avons vu, fait part de ses inquiétudes dès le soir du 22 avril. Patrick Devedjian s’est lui-aussi rappelé au bon souvenir des amis du président sortant… D’autres comme Alain Juppé se montrent plus discrets, mais n’en pensent pas moins. Rappelons que le ministre des Affaires étrangères avait évoqué, avant le premier tour, la possibilité de voir François Bayrou devenir le Premier ministre de Nicolas Sarkozy (ce qui, au passage, était assez ridicule). Il s’est risqué plus récemment à indiquer qu’en cas de défaite (ou de victoire à la Pyrrhus ?) de Nicolas Sarkozy, il ferait tout son possible pour maintenir l’unité de son parti. Mais on imagine difficilement l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac se satisfaire d’un parti dont les valeurs n’auraient plus grand-chose avec celles qu’il défend, partager le pouvoir avec Thierry Mariani, Lionnel Lucas (le « Nicolas Canteloup » de l’UMP, comme il semble lui-même le revendiquer suite à ses propos indignes et critiqués unanimement) et la droite populaire, et passer des accords avec le Front National pour faire barrage à la gauche lors des élections législatives. Reste enfin la « majorité silencieuse » au sein du parti, pour reprendre une expression chère à Nicolas Sarkozy, qui sortira de son mutisme au lendemain du 6 mai. La meute sera lâchée, et elle ne fera qu’une bouchée de l’UMP. Faut-il s’en réjouir ? Certainement pas, compte-tenu des incertitudes qui entourent l’après.

Avant de se poser cette question essentielle, on pourrait se demander, au-delà de la campagne ratée (ne pas le reconnaître relèverait de l’aveuglement ou de la bêtise) de Nicolas Sarkozy et une dérive droitière dénoncée jusque dans son propre camp (on attend le soir du résultat du second tour pour voir ces dénonciations se multiplier), quelles sont les causes profondes de cette déroute, et un devoir de mémoire s’imposera incontestablement dans les prochains mois. Certains argueront que l’antisarkozysme n’a pas fait qu’une victime, mais de multiples dommages collatéraux. Mais l’antisarkozysme n’est qu’une construction intellectuelle (au bénéfice à la fois du principal intéressé et de ceux qui souhaitaient le remplacer à la tête de l’Etat), pas nécessairement une réalité, et fort d’un meilleur bilan, il y a fort à penser que le président-candidat aurait été dans de meilleurs dispositions, et que les électeurs lui auraient pardonné certains traits de son caractère. Bill Clinton avait bien raison quand il brandissait en 1992 le slogan « it’s the economy, stupid ! », et ce constat est universel. Le profil des candidats, leurs manies et même leur « crédibilité » (cette caractéristique restant à définir) s’effaçant derrière les réalités économiques et sociales, qui déterminent le plus souvent cette « rencontre » entre un candidat et les électeurs. Même Berlusconi parvint à rester au pouvoir beaucoup plus longtemps que ce que ne prédisaient ses détracteurs, avant d’être emporté par un bilan désastreux et une véritable faillite de son pays. Le bilan, parlons-en justement. Il n’est pas très bon, et nul ne saurait le nier. On pourrait palabrer longtemps sur l’état de la France si le président avait été, au cours des cinq dernières années, un autre que Nicolas Sarkozy, mais cela ne sert strictement à rien, sinon (une fois encore) à construire des réalités qui n’en sont pas.

Et si la cause de la défaite se trouvait dans l’UMP elle-même ? Certes, Nicolas Sarkozy a mené une campagne en solitaire, ne s’entourant que d’une garde rapprochée (mal) triée sur le volet, et n’écoutant visiblement que quelques (mauvais) conseillers. Mais l’explication ne saurait se limiter à l’égo du personnage. Si Nicolas Sarkozy ne s’est pas franchement appuyé sur l’UMP pour cette élection, c’est sans doute aussi en raison de l’impossibilité de ce parti à proposer un véritable projet de société faisant l’unanimité dans ses rangs. Fondé sur le principe d’une coalition de droite, ce grand parti a vu au cours des dernières années se cristalliser des mouvements parfois très divergents les uns des autres, au point de semer le doute chez les électeurs, et de provoquer des situations absurdes dans lesquelles des orientations politiques sont immédiatement critiquées en interne. Au départ uni dans la nécessité de maintenir la majorité, l’UMP s’est ainsi progressivement mué en une sorte de Parti libéral démocrate japonais, cet immense parti au pouvoir ininterrompu entre 1955 et 1993, mais qui depuis deux décennies se déchire en interne et ne présente plus un visage cohérent. Comme toutes les coalitions, l’UMP parvient à rassembler ses troupes sur certains projets de société, mais n’est pas en mesure de définir une ligne politique claire. Les hésitations de la campagne de Nicolas Sarkozy sont révélatrices de cette difficulté à plaire à l’ensemble d’un parti dont on pourrait à première vue considérer qu’il l’aurait suivi unanimement. La renaissance d’un Front National en partie dédiabolisé sous la houlette de Marine Le Pen, dont on ne peut que reconnaître l’adresse politique en comparaison avec son père, les incompréhensions d’un électorat du centre droit déçu d’Hervé Morin et de Jean-Louis Borloo et orphelin d’un digne représentant au sein de la majorité présidentielle, et la méthode Sarkozy lors de la campagne ont fini d’anéantir les espoirs de voir ce parti se regrouper.

Cette situation est d’autant plus critique qu’il n’y avait pas de candidat capable de rivaliser avec Nicolas Sarkozy à droite à l’occasion de ce scrutin. On pourrait en effet s’interroger sur le score du président sortant dans le cas d’une multiplication de candidatures susceptibles d’empiéter sur son score, et pourquoi pas de le mettre en difficulté face à Marine Le Pen. Au lieu de cela, la campagne donna l’illusion d’un rassemblement de la droite républicaine face à une gauche plus fragmentée. En d’autres termes, l’implosion de l’UMP aurait pu être possible il y a déjà quelques mois, mais elle fut simplement repoussée, sans pour autant qu’une réponse à son caractère inéluctable ne puisse être apportée.

La tentation de l’extrême droite conseillée par Patrick Buisson et manifestée par Nicolas Sarkozy pendant cette campagne ne fut ainsi qu’une attaque de plus, mais la dernière, contre un parti ayant perdu son essence. L’ironie de cette trajectoire de l’UMP est que ce parti fut créé dans le but d’empêcher un « 21 avril à l’envers », à savoir une défaite du candidat de la droite républicaine au premier tour d’un scrutin présidentiel. De fait, le succès fut au rendez-vous, Nicolas Sarkozy arrivant nettement devant Le Pen père et fille en 2007 comme en 2012. Mais une élection se gagne sur deux tours, et ne saurait se limiter à la simple gestion – quoi qu’essentielle de l’électorat de l’extrême droite. En 2007, le succès de François Bayrou (dont le résultat fut malgré l’élimination au premier tour, rappelons-le, plus important que ceux de Jacques Chirac et Edouard Balladur en 1995, ou Jean-Marie Le Pen et Lionel Jospin en 2002) illustrait déjà les limites d’un grand parti hétéroclite et aux valeurs mal définies. La présidence de Nicolas Sarkozy n’a en rien répondu à ces limites, et la campagne n’a fait que les accentuer.

Une nouvelle donne politique

Revenons à présent à la question essentielle : à quoi pourrait donc ressembler le paysage politique français post-UMP ? La réponse se trouve dans les orientations des électeurs plus que dans des stratégies politiques plus ou moins intelligentes. A ce titre, Nicolas Sarkozy et François Hollande ont tous deux raison quand ils estiment nécessaire de tenir compte des électeurs du Front National, et du message qu’ils ont adressé le 22 avril. Il n’y a pas de mauvais électeurs, juste de mauvais candidats (ou plus exactement de mauvaises idées que ces candidats véhiculent), et c’est au nom de ce principe plein de bon sens que les deux finalistes de cette élection jugent nécessaire de s’adresser aux électeurs de Marine Le Pen. Le problème viendrait donc plutôt de la manifestation de ces appels du pied de la part d’un candidat de la droite républicaine qui a, pour beaucoup, franchi la ligne rouge en adoptant le même ton, en se victimisant à outrance et en dénonçant un système dont sa fonction devrait pourtant en faire le principal garant (voir l’éditorial du Monde du 26 avril sur ce point). Entre s’adresser aux électeurs du Front National et adopter la même rhétorique que la direction du Front National, il y a une différence que le président sortant n’a pas suffisamment clairement établie, au point qu’on peut parler d’une erreur de stratégie.

Au niveau de la réorganisation des partis, on pourrait considérer que la disparition de l’UMP signifierait une sorte de retour à la normale, avec la composition de forces politiques susceptibles de s’allier lors de scrutins, mais proposant des programmes différents. En d’autres termes, ce que furent le RPR et l’UDF pendant un quart de siècle. Le problème est que l’équation ne sera pas aussi facile, avec un Front National susceptible d’arriver, lors de scrutins locaux, devant ces deux forces politiques (et même plus, si on ajoute souverainistes, radicaux, et d’autres sensibilités plus ou moins affirmées). Là serait donc le dilemme : si l’UMP disparaît, c’est le principal barrage au Front National qui saute avec lui, avec non plus des triangulaires un peu partout, mais des duels Parti socialiste – Front National. Compte-tenu du refus affiché de membres de l’UMP (la droite populaire, encore et toujours) de soutenir un candidat socialiste, nous n’en avons pas fini d’être « effrayés ». Plus fondamentalement, une explosion (et non seulement une implosion) de la droite républicaine serait inquiétante, à la fois en ce qu’elle marquerait l’absence de véritable opposition structurée, et qu’elle offrirait sur un plateau à Marine Le Pen le statut de leader de l’opposition auquel elle prétend. La principale intéressée, consciente des opportunités uniques qui s’offrent à son parti, et que son père n’a jamais été en mesure d’espérer, n’hésite pas à mentionner que le Front National va « tout casser » suite aux élections législatives. Tout un programme.

Dans la durée, le salut de la droite républicaine ne semble finalement se trouver que dans l’émergence d’une personnalité politique forte (on la cherche), capable de réunir des courants dispersés en maintenant une ligne claire et rassembleuse, mais sans pour autant prétendre à la constitution d’un nouveau grand parti trop difficile à gérer. Ou dans le désaveu d’une politique de gauche peinant à offrir de bons résultats. En d’autres termes, après une alternance qui semble inéluctable et, si elle est intelligemment gérée, pourrait finalement être salutaire pour la droite républicaine.

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2 Comments

  1. Remi April 30, 2012

    Bonjour,
    Merci pour cet article éclaircissant, même si l’on devine très bien ce qui va arriver à la droite républicaine, qui ne semble plus avoir de légitimité au yeux des français de droite.
    J’ai quand même une précision mineure à apporter à votre article :
    – en France depuis la réforme constitutionnelle de 2008, on ne peut pas cumuler deux mandats consécutifs à la présidence : http://fr.wikipedia.org/wiki/Article_6_de_la_Constitution_de_la_Cinquième_République_française.

  2. Merci pour cette précision Rémi. J’ai réalisé mon erreur trop tard… Sans doute ai-je vécu trop longtemps hors de France, et n’ai pas suivi d’assez près cette réforme, qui au passage ne me semble pas très pertinente d’ailleurs, mais c’est un point de vue personnel.

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